Sénat : pourquoi si peu de femmes ?

Les différents groupes du Sénat doivent se réunir ce mardi pour décider de leurs candidats pour la présidence de la haute assemblée renouvelée à moitié dimanche. Parmi les candidats, une candidate. Le Sénat ne compte qu'un quart de femmes, pourquoi ?

(25% de femmes au Sénat © Maxppp)

Point commun : homme. Age moyen : 65 ans. Le profil type du sénateur n'a pas changé dimanche soir lors du renouvellement de la moitié des élus. 40 femmes et 139 hommes ont été élus ou réélus. Le nouveau Sénat compte donc 87 femmes et 261 hommes, soit 25% de femmes. L'Assemblée nationale compte elle 26,9% de femmes depuis les législatives de 2012, soit un tout petit peu plus. "Si la sous-présence des femmes est un phénomène qui touche tous les domaines de la sphère politique française, c’est au Sénat qu’elle est la plus flagrante " indiquait un groupe de chercheurs dans laRevue des droits de l'Homme en 2012

Un quart de femmes donc, seulement, alors que la France célébrait cette année les 70 ans du droit de vote des femmes et par là même leur éligibilité (selon l'article 17 de l'ordonnance du 21 avril 1944 portant organisation des pouvoirs publics en France). En 1946, 21 femmes entrent au Sénat, sur 315 sièges, dans l'"indifférence générale " indique le site de l'instance, pas un mot sur cette nouvelle présence. Puis leur nombre décroît jusqu'en 1971 où elles ne sont plus que quatre, avant de regrimper depuis, à une vitesse plus que modeste. 25% de femmes aujourd'hui, alors que la précédente assemblée en comptait 22,1% après le renouvellement de 2011.

 

Graphique : Stéphanie Berlu - Si vous êtes sur mobile cliquez ici

En 2000, la loi sur la parité ouvre (un peu) le Sénat aux femmes

On le voit sur ce graphique, l'année 2000 représente une étape-clé dans l'accès des femmes à une instance telle que le Sénat, avec la loi du 6 juin 2000 sur la parité. Cette loi contraint les partis politiques à présenter une moitié de femmes pour les élections qui ont lieu sur un scrutin de liste à la proportionnelle. Ce qui est alors le cas en partie pour les sénatoriales, en ce qui concerne les plus gros départements (pour les plus petits départements, il s'agit non pas d'une liste mais d'un seul candidat).

 

Après une réforme en 2003 -liste proportionnelle uniquement pour les départements à quatre sièges et plus-, une nouvelle réforme en 2013 a rétabli la proportionnelle pour les départements élisant trois sénateurs, élargissant donc le nombre de départements concernés par la parité. La proportionnelle (et la parité) étaient donc en vigueur dans 29 départements (119 sièges) lors de l'élection dimanche, contre 11 auparavant. Redonnant ainsi une chance à l'entrée de femmes grâce à des listes paritaires, même si l'évolution n'est pas pour autant spectaculaire. "La question du mode de scrutin utilisé lors des élections sénatoriales est importante, car elle est intrinsèquement liée à celle de la parité ", indiquait le groupe de chercheurs dans la Revue des droits de l'Homme .

"Les femmes sont là grâce à la proportionnelle"

Pour preuve, dimanche, 34 femmes sur 119 sièges ont été élues grâce au scrutin proportionnel, et seulement 4 sur 59 élues grâce au scrutin nominal (3 PS et 1 Divers droite, 0 à l'UMP ou l'UDI) ! Il faut dire que dans ce cas, la majorité des têtes de liste était des hommes. On retrouvait donc les femmes en très grand nombre côté suppléantes, puisque candidat et suppléant doivent être de sexe opposé.

 

Si vous êtes sur mobile cliquez ici

"C'est dramatique, visiblement tout ce qui a été scrutin majoritaire a été très défavorable aux femmes… Les femmes sont au Sénat grâce à la proportionnelle ",  indique Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice PC élue en 2011 et jusqu'ici présidente de la délégation du Sénat au droit des femmes (poste qui va changer avec l'élection de dimanche). "Si dans le domaine du scrutin majoritaire nous avons peu de femmes qui sont élues, c'est parce qu'on ne leur laisse pas la première place" , ajoute-t-elle. "Le Sénat a complètement raté la parité, encore ce coup-là ", ajoute Nathalie Goulet, sénatrice UDI-UDC de l'Orne, et candidate à la présidence de l'instance, prônant une interdiction du cumul des mandats et une limitation dans le temps, pour renouveler les élus.

Le "machisme décomplexé" du Sénat

 "Ce résultat décevant s’explique par des contournements scandaleux de la parité, permettant aux sénateurs de maintenir l’hégémonie masculine au Sénat en toute conformité avec la loi ", explique de son côté Osez le Féminisme dans un communiqué, dénonçant le "machisme décomplexé " du Sénat. Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes a précisé cette idée lundi : "dans un certain nombre de départements concernés par le scrutin de liste, des sénateurs sortants ont préféré conduire une liste dissidente et, ainsi, être tête de liste, plutôt que d'être placés en troisième position, derrière une femme ". "Dans cinq départements à trois sénateurs de droite sortants, où l'élection se déroule désormais à la proportionnelle, la droite a déposé trois listes avec des têtes de liste hommes, le plus souvent sortants, pour contourner la parité. C'est le cas dans l'Eure, l'Eure-et-Loir, la Saône-et-Loire, la Sarthe et la Haute-Savoie ", pointait également EELV, qui peut se vanter d'avoir deux groupes paritaires à l'Assemblée (9femmes/9hommes) et au Sénat (5 femmes/5 hommes).

  

Mais en ce qui concerne la place des femmes au Sénat, le mode de scrutin n'est pas le seul en cause… "Il faut agir sur les mentalités ",  indique Brigitte Gonthier-Maurin.  "Forcément quand vous êtes extrêmement minoritaire vous le ressentez au quotidien. Vous savez quand on a un débat qui concerne la parité, les dérapages sont souvent là, les propos machistes aussi ", ajoute la sénatrice PC. "C'est une chambre extrêmement conservatrice ", ajoute-t-elle, avec les implications politiques qui en découlent : "Je pense que s'il y avait davantage de femmes, les questions d'égalité et donc aussi de transformation du pouvoir, des textes législatifs, avanceraient mieux" . "Quand une femme arrive au Sénat, son groupe l'envoie d'abord à la Culture ou aux Affaires sociales ", complète Nathalie Goulet, sénatrice UDI-UDC.

 

87 sénatrices sur 348 élus, deux vice-présidentes sur huit, une présidente de groupe (PC) sur six… Ces chiffres vont-ils évoluer après cette nouvelle élection ? Verra-t-on des femmes à la tête d'importances commissions ? A quand une femme présidente du Sénat ? Même si elle n'y croit qu'assez peu, Nathalie Goulet, sénatrice de l'Orne, fait partie des candidats à la présidence pour "donner une autre image de la maison ". Dans une lettre publié sur son site pour expliquer sa candidature, elle indique qu'elle est : "femme, non encartée, ne cumulant aucun mandat, je suis exactement à l’opposé du portrait-robot du prochain président du Sénat ". Sur son elle se dit également prête à affronter les "Sumos du Sénat", fait-elle référence aux carrures de Jean-Pierre Raffarin et Gérard Larcher, les deux favoris dans la course à la présidence ?