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"Nous lançons un appel à François Hollande pour révoquer Robert Ménard"

Après la publication d'une vidéo montrant le maire de Béziers en train de demander à des migrants de quitter les logements qu'ils occupaient illégalement, des députés PS lancent une pétition demandant la révocation de Robert Ménard.

Article rédigé par Ilan Caro - Propos recueillis par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le député PS du Cher, Yann Galut, à Bourges, en octobre 2012. (MAXPPP)

"Vous n'êtes pas les bienvenus !" lançait Robert Ménard, la semaine dernière, en s'invitant dans des appartements occupés illégalement par des migrants. La vidéo, tournée par les services du maire de Béziers (Hérault), a été vue plus de 285 000 fois en une semaine sur YouTube, et a suscité de nombreux commentaires.

Indignés par cette nouvelle "outrance", les députés socialistes du collectif la Gauche forte ont lancé une pétition, mercredi 16 septembre, demandant à François Hollande la révocation de Robert Ménard. Une mesure extrême qui ne peut se prendre qu'en Conseil des ministres. Yann Galut, député PS du Cher, explique à francetv info pourquoi, selon lui, Robert Ménard, élu en 2014 avec le soutien du Front national, a "franchi la ligne rouge".

En quoi la vidéo publiée par Robert Ménard la semaine dernière justifie-t-elle qu'il soit révoqué de son mandat de maire ?

Yann Galut : Sa dernière action – aller avec d'autres élus, ceint de l'écharpe tricolore, avec le renfort de policiers municipaux armés, pour tenter d'expulser manu militari des migrants qui étaient dans des logements – est totalement illégale. Vous ne pouvez pas aller chez les gens, sonner chez eux, et leur dire de partir. Ce n'est pas possible. Dans notre République, pour expulser des gens, il faut une décision de justice. Robert Ménard a bafoué les règles, et le symbole véhiculé par cette action est très fort. Nous lançons un appel à François Hollande et au gouvernement afin que soit examinée la possibilité de révoquer ce maire, comme la loi le permet.

Le maire de Béziers est déjà à l'origine de nombreuses polémiques. Celle-ci vous paraît-elle plus grave que les autres ?

On ne compte plus les polémiques déclenchées par Robert Ménard : atteinte au principe de laïcité, fichage des enfants musulmans dans les cantines scolaires [l'affaire a été classée sans suite, début juillet, par le parquet de Béziers], détournement d'une photo représentant des réfugiés en couverture du journal municipal… Il n'en est certes pas à son coup d'essai, mais il exagère de plus en plus. A chaque fois, il pousse un peu plus loin sa logique de coups médiatiques et de violence à l'encontre des plus faibles, des étrangers, des migrants, des musulmans…

Jusqu'à présent, l'outrance n'était que verbale ou symbolique. Cette fois, il a franchi un palier dans la mesure où il a agi physiquement, en se déplaçant personnellement. Imaginez le choc pour des migrants qui sont en difficulté sociale, isolés, dans un pays étranger, de voir un maire débarquer chez eux. On n'imagine pas la violence que ces gens ont pu ressentir. A la Gauche forte, cette vidéo nous paraît être la goutte qui fait déborder le vase.

La révocation d'un maire est une sanction extrêmement rare et grave, puisqu'elle remet en cause la volonté du peuple...

Le fait d'être élu au suffrage universel ne vous donne pas tous les pouvoirs. En tout cas, cela ne vous permet pas d'agir comme Robert Ménard le fait en ce moment. Ses agissements sont inacceptables. Robert Ménard salit les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. On peut être en désaccord avec la politique du gouvernement, avec l'accueil des migrants. Mais faut-il aller les agresser, les poursuivre, les pourchasser ? Mesurons son acte, et ne le banalisons pas. C'est la première fois dans l'histoire récente de la République qu'un maire agit ainsi à l'égard d'une population qui ne fait que fuir la guerre et les violences.

Si votre demande aboutit, une révocation de Robert Ménard ne risque-t-elle pas de le victimiser et donc de le renforcer médiatiquement ?

C'est un argument qui peut être entendu. Nous nous sommes d'ailleurs posé la question au sein de la Gauche forte avant de lancer cette pétition. C'est sans doute aussi pour cela que le gouvernement n'a pas lancé de procédure de révocation après l'affaire du fichage des élèves. 

Mais nous considérons qu'il a désormais franchi la ligne rouge. Nous voulons donc porter le débat publiquement sur les agissements de Robert Ménard. Ils ont été dénoncés, mais comme une outrance parmi d'autres. Nous en appelons à un réveil des consciences des Français et de la gauche.

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