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La "garde biterroise" de Ménard va-t-elle devoir rendre les armes avant même d'avoir vu le jour ?

Ces patrouilles, ouvertes aux anciens militaires, policiers, gendarmes ou pompiers, seront censées prévenir la police municipale ou nationale en cas d'incivilités dans les rues de la ville.

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Le maire de Béziers (Hérault) Robert Ménard, proche du FN, lors d'un meeting de Louis Aliot, candidat FN aux régionales en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, le 9 décembre 2015. (PGUYOT / AFP)

Le conseil municipal de Béziers (Hérault) a voté, mardi 15 décembre. Le principe d'une "garde biterroise" a été adopté à 35 voix contre 13. Ouverte aux anciens militaires, policiers, gendarmes ou pompiers, elle devrait patrouiller dans les rues de la ville. Sa mission : prévenir la police municipale ou nationale en cas d'incivilités. Au micro de France Bleu Hérault, le maire, Robert Ménard, a évoqué des "hommes et femmes (...) qui se proposent bénévolement d'aider la police nationale et municipale à assurer une meilleure sécurité dans la ville." Mais qui sont-ils ?

Pour se porter candidat, il suffit d'adresser un e-mail à une adresse dédiée. Ancien militaire, Julien* s'est décidé après l'annonce de l'élu proche du FN, le 1er décembre. Et il prend sa future mission très au sérieux : "Ce ne sont pas des voisins qui se réunissent pour faire une ronde dans le quartier !" Sa candidature a été retenue à l'issue d'un court entretien, début décembre, destiné à "clarifier les choses". "On nous a dit que c'était bénévole et qu'on n'allait pas jouer aux shérifs. Comme c'est chapeauté par la police municipale et le maire, ça n'est pas n'importe quoi." En fait, la délibération dit l'inverse : "Les citoyens appelés à rejoindre la Garde Biterroise ne relèvent pas de l'autorité fonctionnelle du chef de la police municipale."

Voici le détail de leurs missions, telles qu'elles sont présentées dans le compte-rendu (PDF) du conseil municipal de Béziers :

Leurs missions consistent essentiellement en des gardes statiques devant les bâtiments publics et des déambulations sur la voie publique. Ils devront alerter les forces de l'ordre (police nationale et police municipale) en cas de troubles à l'ordre public ou de comportements délictueux.

Délibéré du conseil municipal de Béziers

"Ce que fait Ménard, c'est nouveau, c'est frais"

Mais où seront envoyés les volontaires ? Pour le moment, Julien l'ignore. Et l'ancien militaire peine à décrire les contours réels de sa mission. "Aujourd'hui, on a besoin de plus de sécurité. Ce n'est pas forcément lutter contre le terrorisme, même si, éventuellement, on peut s'apercevoir de choses sur le terrain. C'est davantage pour lutter contre les incivilités, tout ce qui nuit à la vie des gens." La durée des patrouilles n'est pas encore connue, ni le nombre de bénévoles réunis lors des missions. "Ce n'est pas pour parler aux gens, surtout pas, mais pour les surveiller, les rassurer, et avertir la police", ajoute-t-il.

La mairie de Béziers a lancé un appel à candidatures dans le journal municipal, mardi 15 décembre 2015. (JOURNAL DE BEZIERS)

Selon Julien, une trentaine de volontaires seront choisis dans un premier temps. "Je fais partie des 80 [présélectionnés], mais je ne fais pas forcément partie des 30 premiers. S'il y a des gens encore plus compétents, je leur laisserai ma place." Quand on évoque avec lui les inquiétudes suscitées par une telle "garde", il botte en touche. "C'est encadré, non armé et sans intervention. Ceux qui s'inquiètent sont de faux inquiets, qui font de la politique. Et la politique, on en a marre. Ce que fait Ménard, c'est nouveau, c'est frais", martèle-t-il.

Le conseiller municipal d'opposition Aimé Couquet (PCF) trouve, au contraire, la formule ancienne et rance. Lors du conseil municipal, mardi soir, il a même brandi un petit écriteau pour dénoncer la "milice". Et il menace déjà : "Si Robert Ménard donne suite à sa garde prétorienne, nous constituerons une brigade populaire avec des jeunes. Ce n'est pas pour aller à l'affrontement, mais bon, il faudra bien des gens pour surveiller. On n'aura pas besoin de sortir obligatoirement dans la rue en rang par deux, mais ce sera de façon diffuse dans la ville, avec de jeunes volontaires, au-delà des appartenances politiques." A terme, à Béziers, une brigade pourrait donc surveiller la garde, qui elle-même surveillerait les habitants...

Un énième coup de communication ?

Stéphane Navarro, délégué SGP-police sur Béziers, est plutôt sceptique concernant les chiffres communiqués par la mairie de Béziers. Ceux-ci sont d'ailleurs impossibles à vérifier. A sa connaissance, aucun ancien de la maison n'est allé frapper à la porte de la mairie pour se porter volontaire. "Certains vont chercher un billet pour arrondir les fins de mois comme réservistes, mais si c'est bénévole, ils n'iront jamais. Dans les villages, on a déjà du mal à faire vivre les associations pour organiser une fête, alors là..." Selon lui, un autre facteur peut jouer contre cette "garde biterroise" : l'absence de protection et d'encadrement. "A la première emmerde, c'est sûr, ils vont arrêter", lance-t-il.

Encore faut-il que cette "garde" existe réellement un jour. Le préfet de la région Languedoc-Roussillon, Pierre de Bousquet, a demandé plusieurs fois à Robert Ménard de renoncer à son projet controversé. Au lendemain du vote, l'élu lui a répondu, face aux caméras de France 2 : "J'espère que, logique avec lui-même, il va saisir le tribunal administratif." Mercredi soir, ce n'était pas encore le cas. "Nous n'avons pas encore reçu le texte de la délibération, dans le cadre du contrôle de la légalité", précise la préfecture, contactée par francetv info. Avant une éventuelle réaction, celle-ci doit encore étudier le texte en détail.

Et ensuite ? La procédure pourrait prendre des mois, alors que le délibéré évoque "un contexte marqué par l'état d'urgence", pour le moment reconduit pour trois mois. Conclusion ? Cette "garde biterroise" a de fortes chances de ne jamais voir le jour. Après le linge aux fenêtres, la guerre aux kebabs, le couvre-feu pour les mineurs, la charte des mosquées, il s'agirait là d'un énième coup de communication du polémique édile de Béziers.

*Le prénom a été modifié

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