Remaniement : le temps de Jean Castex est "extrêmement compté", il doit aller vite pour montrer "que ce changement de Premier ministre a été utile"

Chercheur au Cevipof et professeur à Sciences po, le politologue Bruno Cautrès analyse dimanche sur franceinfo les enjeux du remaniement pour le nouveau Premier ministre.

Le Premier ministre Jean Castex lors de sa première visite dans une entreprise de l’Essonne fabriquant des composants électroniques au Coudray-Montceaux.
Le Premier ministre Jean Castex lors de sa première visite dans une entreprise de l’Essonne fabriquant des composants électroniques au Coudray-Montceaux. (JULIEN DE ROSA / EPA)

Alors que le Premier ministre Jean Castex dévoilera les noms de ses 20 ministres lundi, le politologue Bruno Cautrès estime dimanche 5 juillet sur franceinfo que son "temps est extrêmement compté" car "il y a un impératif pour lui d'aller vite de manière à montrer aux yeux des Français que ce changement de Premier ministre a été utile", explique le chercheur au Cevipof et professeur à Sciences po.

franceinfo: le nouveau gouvernement comportera une vingtaine de ministres, alors que le gouvernement devait être plus resserré. Êtes-vous surpris ?

Bruno Cautrès : Je ne suis pas vraiment surpris parce que ce n'est pas la première fois qu'on annonce un gouvernement resserré. Emmanuel Macron lui-même avait souhaité au début de son mandat un gouvernement composé d'une quinzaine de piliers, et d'autres chefs de l'Etat avant lui l'avaient également souhaité. Mais c'est très difficile parce que ça passe par des regroupements, non seulement d'intitulés des ministères, mais aussi des regroupements des services centraux d'administration, tout ceci est tout sauf simple à faire. C'est consommateur de temps, alors que le temps est compté au Premier ministre. Il a moins de deux ans et par ailleurs, il a lui-même indiqué vouloir être opérationnel très vite. Donc, cela veut dire qu'on n'a peut-être pas non plus le temps de mettre en œuvre des regroupements de départements ministériels.

Seuls les noms des ministres seront annoncés lundi, pas ceux des secrétaires d'Etat. Pour quelle raison ?

Sans aucun doute pour permettre aux nouvelles têtes d'affiche de se faire mieux connaître et d'être mieux identifiées par les Français. C'est vrai que c'était une des problématiques du gouvernement d'Édouard Philippe. On connaissait bien un certain nombre de têtes d'affiche, par contre, de très nombreux ministres avaient un niveau de notoriété qui était relativement modeste. Donc peut-être que là il y a l'idée de laisser le temps au gouvernement d'imprimer sa marque dans l'opinion pour ne pas trop brouiller le message et donner le sentiment qu'on revient à un gouvernement de 30 ou 40 noms.

Est-ce Jean Castex ou Emmanuel Macron qui choisira réellement les membres du gouvernement ?

Le Premier ministre a toujours son mot à dire, mais ce qu'on lit dans tous les témoignages d'anciens Premiers ministres, c'est qu'au moment où ils prennent leur fonction, il y a quand même déjà un casting qui a été préempté par le président de la République, par les services de l'Elysée. On doit sans doute être dans ce cas de figure. Évidemment, le Premier ministre a son mot à dire, il peut mettre son veto parfois sur certains noms ou essayer d'infléchir telle décision, peut-être aussi sur les affectations de telle ou telle personnalité. Donc, c'est une décision qui se fait à deux, avec évidemment une prédominance du chef de l'Etat.

Est-ce délicat de faire un remaniement ?

Oui, c'est délicat et là particulièrement délicat parce qu'on a dépassé le mi-mandat. Emmanuel Macron a effectué aujourd'hui plus de 60% de son mandat. Le temps est extrêmement compté. Il reste moins de deux ans au nouveau gouvernement pour essayer de montrer ses lignes de force, pour que ses politiques et ses actions se traduisent concrètement dans la vie de tous les jours de l'économie et des Français. C'est un temps extrêmement court. Dans un an et quelques mois, peut-être 15 mois maximum, tout le monde sera déjà dans la présidentielle et dans la pré-campagne présidentielle. Donc le temps va être extrêmement court. (…) Il faut que Jean Castex passe vite à la vitesse supérieure, notamment sur l'économie, avec en toile de fond la crise à l'automne, les suppressions d'emplois, les jeunes sortis du système scolaire qui vont arriver sur le marché de l'emploi. Il y a un impératif pour lui d'aller vite de manière à montrer aux yeux des Français que ce changement de Premier ministre a été utile.