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Quelles cibles ont été atteintes par le tweet boomerang de la compagne de François Hollande ?

Le spectaculaire tweet de soutien de Valérie Trierweiler à Olivier Falorni a permis à la compagne du président de dépasser Ségolène Royal en nombre de followers. Pour le reste, il écorne l'image de sérieux qu'a voulu bâtir François Hollande.
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Valérie Trierweiler (AFP/Joël Saget)

Le spectaculaire tweet de soutien de Valérie Trierweiler à Olivier Falorni a permis à la compagne du président de dépasser Ségolène Royal en nombre de followers. Pour le reste, il écorne l'image de sérieux qu'a voulu bâtir François Hollande.

Nul ne sait encore si l'ultra-médiatique tweet de Valérie Trierweiler, envoyé vers midi mardi 12 juin a atteint son but : favoriser l'élection à La Rochelle du dissident Olivier Falorni aux dépens de la candidate du PS Ségolène Royal, mère des quatre enfants de François Hollande.

La compagne du chef de l'Etat peut se féliciter au passage d'avoir désormais dépassé en nombre d'abonnés l'ancienne candidate à l'Elysée : 91 768 pour à 9h 55, mercredi, contre 81 763 à.

Pour le reste, la journaliste du très people hebdomadaire Paris Match a torpillé en 140 signes l'image de sérieux tissée pendant des mois de campagne par un responsable politique voulant rompre avec l'ère Sarkozy, dont la vie conjuguale a fait les délices de la presse pendant cinq ans. Inventaire des dégâts.

Divine surprise pour la droite

Le tweet-missile signé Trierweiler a été d'évidence accueilli comme une divine surprise par l'UMP alors que le PS a - avait ? - à l'issue du premier tour toutes les cartes en main pour obtenir la majorité à l'Assemblée.

Sourire jusqu'aux oreilles, un Eric Raoult hilare félicitait mardi sur BFMTV "une nana qui en a", le député Eric Ciotti ironisait sur le "vaudeville" à l'Elysée" et le sénateur UMP des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi se demandait dans un communiqué : "Que n'eut-on dit s'il s'était agi d'une Première Dame de droite qui était intervenue aussi directement dans les élections législatives, contre son président ?".

Valérie Pécresse enfonçait perfidement le clou mercredi sur twitter : "Avant une élection cruciale pour le pays on ne devrait pas se demander si @fhollande peut gérer son couple mais s'il peut gérer la crise!"

La crise sous le tapis ?

La crise ... Pendant que la presse généraliste se délectait de cette scène de ménage au grand jour, Le Monde consacrait mardi après-midi sa Une à l'Italie qui inquiète les marchés et le Huffington Post notait au passage que 100 milliards ne suffiront pas à sauver l'Espagne.

Au 20 heures de France 2, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé n'a pas manqué de relever l'incroyable décalage entre la "futilité" du "tweetweiler" surmédiatisé et une crise passée à la vitesse supérieure en Europe.

"Vous vous rendez compte que (pendant) cette élection majeure qu'est l'élection législative dans un climat de crise - attendez ! L'Italie quasiment au dépôt de bilan, l'Espagne qui a un renflouement de 100 milliards d'euros pour ses banques, une crise dont François Hollande ne parle pas - on nous demande de faire des commentaires sur quelque chose qui, excusez-moi, n'est pas du niveau".

Les petits accommodements avec le FN sous le boisseau

Autre bénéfice net pour l'UMP : ses petits accommodements avec le FN ont été occultés.

Le candidat aux législatives dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône Roland Chassain qui annonce son désistement en faveur du FN pour le second tour et dont François Fillon réclame l'exclusion de l'UMP ?

Le sénateur UMP Philippe Marini jugeant que "la république ne sera pas transformée" si quelques députés Front national sont élus ? L'appel aux électeurs du FN renouvelé dans le journal d'extrême-droite Minute par Nadine Morano ? Silence radio ou presque dans le grand tintamarre du buzz Trierweiler.

La gauche accablée

A gauche, Jean-Louis Bianco, soutien de Ségolène Royal, un des plus prompts à réagir mardi, ne décolérait pas." Nous n'avons pas élu Valérie Trierweiler, nous avons élu François Hollande. Donc je demande : 'De quoi se mêle-t-elle' ? Moi j'ai travaillé avec Danielle Mitterrand qui était une grande dame, qui avait des causes pour lesquelles elle croyait. Jamais elle ne se serait permis de se mêler de politique intérieure."

Et Libération de citer mercredi un député socialiste en campagne : "c'est ridicule pour Hollande dont le défi quotidien est de montrer son autorité. Son image personnelle est abîmée, mais je ne crois pas à la sanction politique pour une image de nana".

C'est toute la question : quel impact sur le 2e tour dimanche ? La droite espère que le tweet meurtrier de Valérie Trierweiler jouera le même rôle que la hausse de la TVA annoncée par Jean-Louis Borloo en 2007 juste avant le second tour des législatives et lui permettra de gagner des sièges donnés perdus.

Elle surjoue désormais le sérieux, comme l'a fait mardi sur France 2 Jean-François Copé, lui-même en campagne pour sa réélection en Seine-et-Marne.

Le féminisme en victime collatérale

Dernier dégât collatéral du message Trierweiler : le féminisme. Les médias surenchérissent sur "la bataille de dames" ou "le crêpage de chignons", expressions fleurant bon la misogynie et escamotant au passage, comme le rappelle le blog Olympe et le plafond de verre, l'écrasante légitimité politique de Ségolène Royal.

Faut-il rappeler que celle-ci a gravi tous les échelons en politique : ministre, députée, présidente de région et ancienne candidate de son camp à l'Elysée? En République française, "première dame" n'est pas un statut reconnu et sa parole politique ne vaut rien.

A l'arrivée, le tweet de Valérie Trierweiler sert désormais de premier marqueur "people" du quinquennat. Même sans suite politique immédiate, il offre à "la présidence normale" sa première fissure. Une fissure à colmater rapidement : la crise qui s'annonce ne poussera pas l'opinion à l'indulgence.

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