Rentrée du Parti socialiste : "Entre le retour de Hollande et la tentation Mélenchon, ce parti a du mal à trouver une ligne"

Rémi Lefebvre, professeur et chercheur en sciences politiques à l'université de Lille, dresse jeudi sur franceinfo un état des lieux du PS qui se retrouve en université d'été à la Rochelle. "On a l'impression qu'il a été relégué, déclassé. Ce n'est plus le PS dominant qu'on a connu pendant des décennies".

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste.
Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste. (JOEL SAGET / AFP)

Après le gouvernement mercredi, le PS fait sa rentrée jeudi 23 août, avec son université d'été à la Rochelle. La gauche est aujourd'hui totalement dispersée, le PS se bat pour garder sa position historique de leader de l'opposition. "Ce parti a du mal à trouver une ligne, le rebond attendu n'a pas eu lieu", affirme sur franceinfo Rémi Lefebvre, professeur et chercheur en sciences politiques à l'université de Lille.

franceinfo : Dans quel état le PS fait-il sa rentrée ?

Rémi Lefebvre : C'est une université d'été au format très réduit, puisqu'elle est réservée aux élus. C'est le signe d'un parti qui n'a pas rebondi depuis l'élection présidentielle. Il y a eu le congrès d'Aubervilliers, où une nouvelle équipe était promue, c'était le dernier événement important de l'histoire du PS. Olivier Faure a été désigné Premier secrétaire du parti après une période de latence assez longue. Depuis ce congrès, le PS a certes clarifié sa ligne auprès d'Emmanuel Macron, il est dans l'opposition, mais le rebond attendu n'a pas eu lieu et entre le retour de François Hollande et la tentation de la gauche du parti de rejoindre Jean-Luc Mélenchon, ce parti a du mal à trouver une ligne, et n'est en tout cas pas très audible. Il veut s'opposer mais on entend beaucoup plus Jean-Luc Mélenchon que le PS.

On a le sentiment que le PS cherche ses nouveaux leaders, est-ce que c'est un vrai problème pour les socialistes ?

Le problème de l'incarnation et du leadership n'est pas le problème principal du parti. Aujourd'hui, le PS n'est pas en situation de penser à la prochaine élection présidentielle. Le problème, dans notre démocratie médiatique, c'est que la parole d'un parti doit être portée. Olivier Faure est une personnalité encore peu affirmée, pas très charismatique, pas très rompue à l'exercice de la communication. L'absence d'une ligne politique lisible et une communication qui n'est pas incarnée dans un véritable leader font que le PS perd au change sur tous les tableaux. On a l'impression qu'il a été relégué, déclassé. Cce n'est plus le PS dominant qu'on a connu pendant des décennies.

Jean-Luc Mélenchon dit qu'il veut détrôner les monarques. On a l'impression qu'il est davantage en guerre contre le PS que contre le gouvernement en ce moment ?

Jean-Luc Mélenchon a quitté le PS et pendant très longtemps, la bataille principale pour lui, c'était le leadership à gauche, il fallait qu'il passe devant le Parti socialiste, qui bénéficiait du vote utile et qui était la force d'attraction de la gauche. Ce qui est toujours important pour Jean-Luc Mélenchon, c'est d'affirmer ce leadership. Il va y avoir des élections européennes, c'est une échéance électorale majeure. Jean-Luc Mélenchon veut incarner la gauche donc il tape sur le PS pour affirmer son leadership. Il n'a que 17 députés, le PS en a le double. Il y a toujours chez Mélenchon la volonté d'affirmer son autorité sur le camp de gauche.