"Cette élection a été organisée à l'arrache" : des présidents de bureaux de vote racontent les ratés de la primaire

Après le cafouillage des chiffres de la participation, des responsables locaux ont raconté les coulisses de la primaire de la gauche à franceinfo.

Une personne vote pour le premier tour de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017, à Paris.
Une personne vote pour le premier tour de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017, à Paris. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Julie* n'est pas surprise. Au lendemain du premier tour de la primaire de la gauche, lundi 23 janvier, cette présidente d'un bureau de vote parisien s'attendait au cafouillage sur les résultats. "Cette élection a été organisée à l'arrache. Par exemple, contrairement aux autres élections, nous n'avons pas eu le temps de faire remonter nos questions ou d'éventuelles défaillances", explique la jeune femme, habituée à diriger un bureau de vote.

Elle cite pêle-mêle les 20 kilos de matériel électoral –"certains responsables n'ont pas pu aller chercher leur caisse" –, l'impossibilité d'empêcher les électeurs qui ont changé d'adresse en 2016 de voter deux fois –"c'est marginal, mais nous n'avions aucun moyen de contrôler" – et surtout l'application mobile utilisée pour remonter les résultats. "Cela a fonctionné pour moi, mais deux bureaux de vote de mon arrondissement n'ont pas reçu le code confirmant que leurs résultats avaient été reçus", explique-t-elle.

Zones blanches et ratures sur les PV

Nicolas*, permanent d'une fédération d'un département rural, a lui aussi constaté des dysfonctionnements : "A vue de nez, le système de remontée des résultats depuis les bureaux de vote vers Paris via une application et un audiotel [la solution de secours] n'a pas fonctionné dans 60 % des bureaux de vote du département. La plupart sont situés dans des zones blanches sans réseau téléphonique."

Ce système suppose en outre que tous les présidents de bureau, même les plus âgés, soient équipés d'un smartphone. Le mandataire d'un candidat voit une autre source de problème dans le procédé, qui repose aussi sur les photographies des procès-verbaux des résultats des votes dans chaque bureau : "Il suffit qu’il y ait une rature ou un pâté sur le PV pour que la machine ne le lise pas correctement. Il faut alors le traiter manuellement."

"Ce n'était pas une élection digne d'une république bananière"

Néanmoins, certains présidents de bureau contactés par franceinfo n'ont pas constaté de dysfonctionnement. "Ce n'était pas une élection digne d'une république bananière, c'était un vrai vote", explique Nathanaël depuis Albi (Tarn). Le jeune homme de 20 ans ne relève, comme accroc, que le président d'un bureau voisin, un homme âgé, dont le "téléphone datait de Mathusalem". Rien à signaler non plus dans la Marne, dans le bureau de vote d'Antoine, 22 ans. "On avait une connexion internet, la mairie avait fait le nécessaire", raconte-t-il.

Pour Flavien, 23 ans, tout s'est bien passé dans la Vienne. Mais le jeune militant estime que le scrutin a été organisé "avec précipitation". "On est restés très longtemps sans information et tout s'est accéléré la semaine dernière", raconte-t-il, avant de citer un exemple : "L'application, on l'a découverte vendredi pour dimanche." Le jeune homme confie avoir "un peu ramé au début" pour assimiler toutes les consignes.

"On passe pour des incompétents"

Cette précipitation et ces ratés sont peut-être à l'origine du bidouillage des chiffres reconnu par le président du Comité national d'organisation de la primaire, Christophe Borgel. "C'est pathétique, mais je pense que c'est un simple cafouillage", estime Julie. Antoine est plus circonspect : "Est-ce que la direction a fait cela pour cacher la faible mobilisation ? Cela nous décrédibilise. J'ai compté quatre fois les signatures de mon bureau mais, au final, on passe pour des incompétents."

Un dépit largement partagé par Nicolas, le permanent fédéral : "On a bossé comme des Turcs et quand on voit les articles de presse sur les soupçons sur la sincérité des résultats, les militants sont déboussolés". Lundi soir, la Haute autorité de la primaire a promis de publier, "dans les 24 heures", les résultats complets et définitifs.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande de nos interlocuteurs.