Au Creusot, fief de la gauche, on juge que Benoît Hamon "n'a pas les pieds sur terre"

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle est en visite ce vendredi dans une région traditionnellement à gauche : l'ancien bassin minier du Creusot, en Saône-et-Loire. Même là, il n'est pas accueilli de manière chaleureuse.

Le centre-ville du Creusot.
Le centre-ville du Creusot. (Mathilde Lemaire)

Benoît Hamon est en visite chez son ami Arnaud Montebourg, ce vendredi : au Creusot, en Saône-et-Loire. Un ancien bassin minier, ancré traditionnellement à gauche. Mais à l'image de sa faible popularité, le candidat PS n'y est pas vraiment le bienvenu.

Un thème phare : le nucléaire

En cause notamment, ses positions sur le nucléaire : Benoît Hamon veut réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % d'ici seulement huit ans. Il veut surtout une sortie définitivement d'ici 2050, un engagement pris au terme de son accord avec Yannick Jadot, d'Europe Ecologie les Verts. Un engagement que ne digèrent pas les salariés qu'on rencontre sur le parking du site Areva du Creusot : "Mr Valls et Mr Macron sont passés chez nous, et nous disent qu'ils croient en la filière nucléaire du Creusot. Là, d'un coup, c'est M. Hamon le candidat de la gauche qui veut arrêter le nucléaire plus vite, c'est compliqué" juge Emmanuel, tourneur dans l'atelier d'usinage. 

Les positions de Benoît Hamon sur le nucléaire passent mal dans un département où Areva est le premier employeur.
Les positions de Benoît Hamon sur le nucléaire passent mal dans un département où Areva est le premier employeur. (Mathilde Lemaire)

Areva est le premier employeur du département, les pièces des premières centrales nucléaires ont été construites ici, en 1976. Plusieurs syndicalistes ont demandé à rencontrer Benoît Hamon ce vendredi, au cours de sa visite pour lui dire les choses en face. 

Qu'est-ce qu'on va faire si ça ferme ?Emmanuel, tourneur chez Arevaà franceinfo

Une terre historiquement à gauche

Les travailleurs dans cet ancien bassin minier votent traditionnellement à gauche. Ici, Ségolène Royal a fait 55 % en 2007, François Hollande 62 % en 2012. Mais cette fois-ci, cela pourrait être plus compliqué, selon Patrick Merliaud, délégué CFDT (syndicat majoritaire) chez Area : "Si Benoît Hamon est élu président, il faut fermer les usines tout de suite, parce que ce que l'on produit, c'est pour après 2025, dont autant arrêter maintenant. C'est difficile de mettre un bulletin dans l'urne contre votre emploi. Si on voulait se priver des voix de gauche, on ne s'y prendrait pas autrement.

Même son de cloche chez les salariés des usines qui existent ici grâce à la filière nucléaire : Snecma, CreusotLoire, Général Electrics, Industeel... Benoît Hamon a d'ailleurs eu du mal à trouver une usine pour l'accueillir. Toutes les grandes sociétés ont refusé. Le candidat PS visite finalement deux PME : l'une fabrique des pièces pour tablettes tactiles, l'autre des mâts pour éoliennes : une provocation diront certains.

Un programme économique qui inquiète

Parmi les autres habitants, hors travailleurs du nucléaire, on ne peut pas non plus parler d'un enthousiasme pour accueillir le candidat du parti socialiste. Il y a bien un certain respect pour lui parce qu'il est le seul des onze candidats à venir ici. Quelques habitants disent apprécier sa ligne à la gauche du PS. Mais beaucoup lui reprochent de "ne pas avoir les pieds sur terre en matière économique et industrielle". Alors que l'industrie c'est 40 % des emplois au Creusot, 4500 personnes. "Cela m'inquiète beaucoup parce que sans les usines au Creusot il n'y a plus d'embauches, plus d'intérim, le chômage va empirer. C'est désespérant ! Moi qui cherche du travail aujourd'hui, je me dis que c'est une grosse faute de sa part. Il faut qu'il revérifie son programme" juge un Creusotin, qui se dit pourtant plutôt de gauche. 

Stop, arrêtez vos bêtises Mr Hamon ! L'écologie c'est une chose, mais le progrès c'est autre chose.Un jeune habitant du Creusot, au chômageà franceinfo

Un accueil plus que mitigé, même chez les élus de gauche 

Certains seront là, c'est la politesse républicaine. Mais ils ne vont pas chercher à apparaître à tout prix à ses côtés sur les photos. Le maire PS du Creusot, David Marti, par exemple : lors de la primaire, il a soutenu Manuel Valls. Il s'est ensuite rangé derrière Hamon, mais son soutien au candidat PS est timide : "Le sujet du nucléaire est un sujet fort. C'est un point que Benoît Hamon doit éclaircir. Quand on veut être président de la République, il faut être courageux, il faut venir s'expliquer. Si c'est pour effectivement sortir à terme du nucléaire, je ne le soutiendrais pas." 

Hamon, je souhaitais qu'il ne vienne pas au Creusot. Il n'avait pas le droit de venir dans cette ville industrielle.Ivan Kharaba, secrétaire de la section PS du Creusot qui a rejoint Emmanuel Macronà franceinfo

De nombreux militants PS dans le secteur, trop mal à l'aise, ont eux clairement tourné le dos à Benoît Hamon. Parmi eux, l'organisateur de la primaire de la gauche dans la ville, le secrétaire de section du PS creusotin. Après 14 ans de militantisme, Ivan Kharaba a rendu sa carte et fondé le comité local En marche ! avec Emmanuel Macron : "Quand on laisse tomber la valeur travail,  ne serait-ce qu'à travers cette idée totalement saugrenue du revenu universel, je ne peux pas adhérer à cette idée. Benoît Hamon, ce qu'il est en train de faire, c'est de détruire le tissu industriel. C'est quelqu'un qui n'est pas désirable sur ce territoire vu ses prises de position."

La présidente de la région Bourgogne Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, a opéré ce même revirement, en rejoignant il y a deux jours Emmanuel Macron. Le candidat d'En Marche! raflera-t-il la mise au Creusot et en Bourgogne ? Ce sera une région à regarder de près. Mais certains observateurs craignent qu'une déroute locale du PS bénéficie aussi au Front national. 

Le reportage franceinfo au Creusot de Mathilde Lemaire
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