Primaire PS : succès politique et médiatique

Nées aux États-Unis il y a plus d’un siècle, les "primaires" ont depuis traversé l’Atlantique pour s'implanter en Grèce, en Italie et en France. Visant à choisir le candidat d'un parti, elles transforment en profondeur la vie démocratique.

Le 1er tour de la primaire socialiste a mobilisé près de 2,5 millions de Français.
Le 1er tour de la primaire socialiste a mobilisé près de 2,5 millions de Français. (AFP - Anne-Christine Poujoulat)

Nées aux États-Unis il y a plus d'un siècle, les "primaires" ont depuis traversé l'Atlantique pour s'implanter en Grèce, en Italie et en France. Visant à choisir le candidat d'un parti, elles transforment en profondeur la vie démocratique.

Saluée par de nombreux observateurs, la primaire socialiste fera date.

Visant, à l'instar des "américaines" et "des italiennes", à tisser un pont entre le parti et la société civile, la primaire socialiste a répondu à une grande attente de "politique" des citoyens, d'où le niveau de mobilisation et les résultats en termes d'audience.

Visibilité maximum...

Ce n'était pourtant pas le premier ballon d'essai. En 1995, le PS avait déjà eu recours à une élection primaire dite fermée, soit réservée aux seuls militants, en vue de la présidentielle. Lionel Jospin l'avait alors emporté face à Henri Emmanuelli. Deuxième tentative en 2006 où une procédure d'inscription à cotisation réduite (20 euros) avait alors permis aux nouveaux adhérents du PS de désigner leur candidate, en l'occurrence Ségolène Royal, préféré à Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn.

Le PS a franchi une nouvelle étape lors de sa Convention nationale sur la rénovation, en adoptant le principe des primaires "ouvertes" sur le mode "italien". Selon ce principe, toutes personnes inscrites sur les listes électorales, ou tous adhérents au Parti socialiste ou au Mouvement des jeunes socialistes de plus de 15 ans, peuvent participer au vote du candidat, moyennant un euro et la signature de la charte aux valeurs de gauche.

Bingo. La témérité politique s'est soldée par un succès médiatique sans précédent dans l'Hexagone. Outre les scores des débats télévisés, la primaire socialiste a envahi tous les supports : Unes et pages intérieures des quotidiens, hebdomadaires et mensuels, ondes radiophoniques et réseaux sociaux.

Une publicité tant inespérée qu'inattendue que la droite n'est jamais parvenue à contrer.

... mais pas sans risque

A la différence de la France, il n'y pas eu de confrontation télévisée en Italie. Et pour cause, les premières primaires, qui remontent à 2005, visaient à désigner le candidat représentant la grande coalition de l'Olivier et de la gauche aux législatives. Difficile dans un tel scrutin, d'organiser un grand show télévisé sur une chaîne nationale.

Il n'empêche. Les citoyens, au départ sceptiques, ont été emballés et depuis, les primaires ont été généralisées à tous les niveaux par le parti démocratique et la coalition de centre gauche.

Le Parti socialiste français ne devrait pas échapper à ce processus. "Si c'est un gros succès, le PS aura du mal à justifier d'une non généralisation à toutes les élections", soulignait -on à la veille du premier tour.

Mais comme tout dispositif démocratique, les primaires ne sont pas sans risque. "Le danger, c'est que ce sont les électeurs les plus militants, les plus passionnés, les plus déterminés qui se déplacent" et choisissent les candidats les plus extrémistes qui n'ont ensuite aucune chance lors des scrutins nationaux, explique ainsi Nicole Bacharan, politologue spécialiste des Etats-Unis. "C'est ce que craint l'appareil républicain avec les "Tea parties"", ajoute-t-elle.

Le PS français n'en est pas encore là.

Pour l'heure, son unique objectif est de gérer, avec doigté, l'entre-deux tours et le vote du 16 octobre prochain, afin de transformer cette première démocratique en une puissante rampe de lancement vers l'Elysée.