UMP : le succès du "Sarkothon" n'est pas celui de l'unité retrouvée

Le parti ne fera pas faillite, mais les dissensions n'ont pas pour autant disparu.

Le président de l\'UMP, Jean-François Copé, le 3 juillet 2013 à Paris. 
Le président de l'UMP, Jean-François Copé, le 3 juillet 2013 à Paris.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Unis dans l'adversité. Ou pas. Nicolas Sarkozy a beau être "infiniment reconnaissant" envers les donateurs de la collecte organisée par l'UMP après l'invalidation de ses comptes de campagne, le ciel du parti n'est pas sans nuages. Oui, l'UMP a pu renégocier son prêt avec la Société Générale et obtenir un délai pour éviter la faillite. Mais non, elle n'a pas retrouvé le calme et l'ordre de bataille. Retour sur un succès en demi-teinte.

La division dès le début de l'opération 

A peine la décision du Conseil constitutionnel annoncée, c'est le branle-bas de combat rue de Vaugirard, à Paris. Premier à dégainer, François Fillon, qui dans un communiqué appelle sa "famille politique" à "assumer de manière solidaire les conséquences financières de cette décision émanant de la plus haute juridiction de notre République". Dans la foulée, Jean-François Copé réplique en lançant une grande souscription nationale qui s'adresse à tous les Français – militants, sympathisants ou non – et dénonce une "décision grave" des Sages. 

Chacun y va de son petit calcul : pour réunir les 11 millions d'euros necéssaires, il faudrait que les 16 millions d'électeurs de Nicolas Sarkozy donnent chacun un euro, ou bien 35 euros par adhérent du parti. La course aux chèques s'engage, un million d'euros sont récoltés en 24 heures, 4,3 millions en une semaine. L'UMP retrouve des couleurs et ses responsables tweetent leur euphorie. Mais pas de quoi calmer les esprits : les différentes branches du parti jouent à "c'est-qui-qui-a-donné-le-plus".

L’Association des amis de Sarkozy, qui a le statut de parti politique et dont les dons ne sont pas plafonnés, annonce ainsi qu'elle va offrir 20 000 euros. Et en profite pour souligner, dans le JDD, que chacun des membres de son bureau a donné "deux fois plus que François Fillon". Mais c'est l'ancien chef de l'Etat lui-même qui concentre le plus les critiques. Choisissant de ne pas verser d'argent directement à la banque, il a signé un chèque de 7 500 euros. "Il aurait pu faire un effort supplémentaire", s'agace le député Bernard Debré. "C'est une opération de com' culottée, pour laquelle il enfile le costume de la victime et où il se la joue solidaire (…) il se fout de notre gueule", s'énerve un autre élu dans Le Monde.

Des militants agacés, la gauche qui se gausse 

En attendant, les militants subissent un véritable harcèlement. SMS quotidiens, courriels tous sur le même modèle ("La voix de l’UMP ne s’éteindra pas, faites un don !" signés "JF Copé") ; certains destinataires en ont ras-le-bol, rapporte Europe 1. La radio révèle que même des sympathisants de gauche et un élu exclu de l'UMP sont sollicités.

Et les militants ne sont pas les seuls à n'apprécier que modérément cette opération : un tiers des parlementaires UMP n'a pas donné le moindre euro, de l'aveu même de la trésorière du parti, Catherine Vautrin.

Pendant ce temps, le côté opposé de l'échiquier politique s'esclaffe. Et s'offre quelques coups de pub. Comme la section du PCF d'Oullins (Rhône), qui a envoyé un euro symbolique à la fédération UMP locale. Non sans humour, relève Metronews "Cela n'a pas été aisé de rassembler cette somme, les militants communistes ne faisant pas partie de ceux qui ont profité de la crise", dit la missive qui accompagne le chèque. Et les communistes d'en remettre une couche : "Prenez bien soin de cet euro et (…) n'oubliez pas que ce qui fait la force de notre pays, c'est son système de solidarité." L'UMP a aussi pu compter sur 150 euros envoyés au nom du pluralisme politique par Christian Bourquin, président socialiste de la région Languedoc-Roussillon. 

Nicolas Sarkozy presque épargné

C'est le grand paradoxe. Sa campagne est épinglée par le Conseil constitutionnel, mais il en sort presque indemne. Mettant en scène un non-retour en politique très médiatique, Nicolas Sarkozy a obligé tous les ténors de l'UMP à se repositionner. En premier lieu François Fillon, lancé coûte que coûte dans la course à la présidentielle de 2017. De quoi agacer les grandes figures du parti, déjà lassées du match.

Et les parlementaires vont avoir du mal à discuter des idées et faire l'inventaire de l'échec de 2012. Les sénateurs ont décidé de boycotter les journées parlementaires à Saint-Raphaël (Côte d'Azur), qu'ils jugent trop onéreuses. Résultat : elles sont annulées. Restent les militants qui trépignent. "On tente de l'abattre. Il n'y a pas mieux pour nous motiver à le soutenir à 300% ! Et je suis sûr qu'il n'y a pas mieux aussi pour le motiver à revenir !", confiait l'un d'entre eux lors de la Fête de la violette. Un retour que 70% des Français anticipent, mais qui pourrait attendre un peu que Nicolas Sarkozy retourne dans l'ombre. Pour mieux ressortir si le contexte est propice.