L'affaire Jouyet-Fillon en six actes

Francetv info reprend le fil de cette nouvelle affaire.

Jean-Pierre Jouyet, actuel secrétaire général de l\'Elysée et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, et François Fillon, alors Premier ministre, le 12 novembre 2008 à Paris.
Jean-Pierre Jouyet, actuel secrétaire général de l'Elysée et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, et François Fillon, alors Premier ministre, le 12 novembre 2008 à Paris. (GERARD CERLES / AFP)

La position de Jean-Pierre Jouyet était devenue intenable. Après avoir éludé et démenti les propos qui lui sont prêtés par deux journalistes du Monde, le secrétaire général de l'Elysée a changé de version, dimanche 9 novembre. Il a admis, dans une déclaration à l'AFP, que l'ancien Premier ministre François Fillon lui avait parlé de Bygmalion et des pénalités de la campagne de Sarkozy lors d'un déjeuner. François Fillon l'accuse de mentir.

Vous êtes perdu ? Francetv info reprend le fil de cette affaire.

Acte 1 : le livre "Sarko s'est tuer" révèle l'affaire

Tout commence jeudi 6 novembre. L'Obs publie les bonnes feuilles de Sarko s'est tuer (Stock), un livre écrit par deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. L'ouvrage raconte la haine que suscite l'ancien président de la République dans son propre camp.

Une anecdote, rapportée par Jean-Pierre Jouyet, retient l'attention. Le secrétaire général de l'Elysée raconte comment, lors d'un déjeuner le 24 juin 2014, François Fillon lui a demandé d'accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy. L'ancien Premier ministre ne digère pas que l'UMP ait payé à la place du candidat les pénalités pour le dépassement du compte de campagne en 2012. "Mais tapez vite, tapez vite ! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir. Alors agissez !", aurait déclaré Fillon. Le livre précise que l'Elysée n'a pas donné suite à cette demande.

Acte 2 : Fillon et Jouyet démentent

La réponse ne se fait pas attendre. Dès jeudi, François Fillon, candidat à la primaire UMP pour 2017, dément "formellement" avoir tenu de tels propos et effectué la démarche. "J'ai effectivement déjeuné à sa demande avec Jean-Pierre Jouyet qui fut ministre de mon gouvernement, déclare-t-il. Le procédé qui consiste à me prêter la volonté de m'appuyer sur les plus hautes autorités de l'État pour faire pression sur l'autorité judiciaire est méprisable."

Le secrétaire général de l'Elysée apporte lui aussi son démenti. "Je démens qu'il ait tenu les propos" qui lui sont attribués dans ce livre, déclare Jean-Pierre Jouyet. "Nous avons parlé d'autre chose, (…) il ne m'a, bien entendu, pas demandé une quelconque intervention, démarche par ailleurs inimaginable", précise-t-il.

Acte 3 : les auteurs du livre dévoilent l'existence d'un enregistrement

Vendredi, les auteurs du livre et leur éditeur précisent dans un communiqué que les propos de Jean-Pierre Jouyet ont été enregistrés. Le lendemain, Le Monde publie le contenu de cet enregistrement. "En gros, son discours, c'était de dire : 'Mais tapez vite, Tapez vite !' (...) Et puis il me dit : 'Mais Jean-Pierre, t'as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir ?' (...) Faut aller vite (…) pour lui casser les pattes avant'", raconte aux deux journalistes le secrétaire général de l'Elysée.

Dans cet enregistrement, Jean-Pierre Jouyet commente ensuite la démarche de François Fillon, tout en répétant qu'il n'y a pas donné suite. "Il voulait me faire passer vraiment le message : il était très choqué de ce qu'il avait vu. Et je connais Fillon, il n'aime pas Sarkozy, mais enfin, je ne l'ai jamais vu quand même balancer sur des affaires", raconte-t-il à propos de l'affaire des pénalités. "Il pense toujours, et tout le monde pense, je vous parle très franchement, que l'Elysée a toujours une main invisible sur la justice. (…) Mais là ce n'est plus le cas, je n'y peux rien ! Même les trucs de Sarkozy…" Et d'ajouter : "François [Hollande] m'a dit : 'Non, non, on ne s'en occupe pas'."

Les journalistes réservent l'enregistrement à la justice.

Acte 4 : François Fillon annonce qu'il va porter plainte

François Fillon est furieux. Selon son entourage à un journaliste de France 2, il décide de porter plainte contre le journal et ses deux journalistes. Un proche explique que "quelles que soient les distances prises avec Sarkozy, jamais François Fillon ne se livrerait à ce type de manipulation".

 

 

François Fillon s'estime même victime d'un complot. Il dit "ne pas croire que le secrétaire général de l'Elysée ait pu tenir aux journalistes du Monde les propos qui lui sont prêtés" lors de ce déjeuner. Mais, prévient-il, "si c'était le cas, ce serait une affaire d'Etat d'une extrême gravité".

Acte 5 : Jouyet modifie sa version

Pour Jean-Pierre Jouyet, la situation devient très délicate. En démentant jeudi les informations du Monde, le numéro 2 de l'Elysée s'est tiré une balle dans le pied. D'un côté, les deux journalistes du Monde disent détenir un enregistrement accablant qu'ils réservent à la justice. De l'autre, à l'UMP, on somme Jean-Pierre Jouyet de s'expliquer. "C'est une affaire d'Etat s'il [Jean-Pierre Jouyet] a tenu ces propos : vous ne pouvez pas jeter des accusations de ce genre à la face de l'opinion sans avoir quelques preuves qui permettent de les étayer, ce n'est pas le rôle du secrétaire général de l'Elysée", tempête ainsi le député UMP Henri Guaino.

L'affaire est d'autant plus regrettable pour la majorité qu'elle alimente les soupçons de "cabinet noir" à l'Elysée, véhiculés par des proches de Nicolas Sarkozy. "C'est du pain bénit" pour l'ex-chef de l'Etat, soupire un proche de François Hollande.

Finalement, Jean-Pierre Jouyet doit lâcher du lest et modifie sa version. Il admet qu'il a été question des affaires Sarkozy lors du déjeuner. Dimanche après-midi, dans une déclaration lue à l'AFP, Jean-Pierre Jouyet reconnaît que "François Fillon [lui] a fait part de sa grave préoccupation concernant l'affaire Bygmalion". "Il s'en est déclaré profondément choqué. (...) Il a également soulevé la question de la régularité du paiement des pénalités payées par l'UMP pour le dépassement des dépenses autorisées dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy", ajoute-t-il.

Acte 6 : Fillon accuse Jouyet de "mensonge"

Dimanche soir, sur le plateau de TF1, François Fillon campe sur ses positions. Il dément avoir évoqué avec Jean-Pierre Jouyet les pénalités payées par l'UMP pour la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy. Il accuse de "mensonge" le secrétaire général de l'Elysée. Et de prévenir : "Je rendrai coup pour coup."

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