DOCUMENT FRANCEINFO. La réponse cinglante de Nicolas Hulot à Brigitte Bardot : "Je ne supporte plus les démagos de tout poil !"

Après avoir été qualifié de "lâche" par Brigitte Bardot, le ministre de la Transition écologique a tenté de s'expliquer par téléphone avec l'ancienne actrice. Mais la conversation a tourné court.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, le 7 juin 2018 à Paris.
Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, le 7 juin 2018 à Paris. (ARTHUR HERVE / REA)

Rien ne va plus entre Nicolas Hulot et Brigitte Bardot. Après son interview dans Var Matin où elle qualifiait le ministre de la Transition écologique et solidaire de "lâche de première classe (...) qui ne sert à rien", l'ancienne actrice a reçu un coup de téléphone du ministre, dimanche matin. Sur Twitter, Brigitte Bardot assure qu'elle a été réveillée à 10 heures du matin par un Nicolas Hulot "en rage" la traitant "de lâche", et "avouant que ses dossiers étaient bloqués par l'Elysée". Joint par franceinfo, le numéro trois du gouvernement a tenu à donner sa version des faits, et adresse à Brigitte Bardot une réponse cinglante.

Franceinfo : Confirmez-vous avoir appelé Brigitte Bardot dimanche matin ?

Nicolas Hulot : Oui, je vous confirme avoir appelé Brigitte Bardot dans la matinée, en tout cas pas aux aurores. J'ai simplement l'habitude quand je suis contrarié par des déclarations que je trouve injustes et injurieuses d'appeler les gens en direct. C'est comme ça que je fonctionne. Il n'y a rien de mieux et de plus utile qu'une conversation franche et spontanée, que visiblement Brigitte Bardot n'a pas souhaitée prolonger puisqu'à partir du moment où j'ai développé un certain nombre d'arguments, madame Bardot a préféré raccrocher.

Elle affirme sur Twitter que vous l'avez traîtée de "lâche", "de mielleuse vis-à-vis du président". Confirmez-vous ces propos ?

Le contenu de cette conversation privée n'a pas à être détaillé, simplement il ne faut pas inverser les choses : si vous regardez ce qu'elle a exprimé encore très récemment dans Var Matin, c'est moi qu'elle a traité de "lâche de première classe". Donc je veux bien supporter toutes les attaques, les injures... 

Mais enfin, où est la lâcheté quand on injurie à distance tranquillement de sa propriété tropézienne et qu'on fait de la démagogie sur les animaux ?Nicolas Hulot à franceinfo

Je suis convaincu que madame Bardot a fait œuvre utile dans le temps qu'elle a consacré à la protection des animaux, mais elle ne les a pas toujours servis : on ne peut pas parler de la condition animale tout en ignorant la condition humaine. Et la défense des animaux, c'est plus complexe qu'on ne le croit. Si on fait abstraction de l'humain, évidemment c'est facile de donner des conseils à distance. Quand on prend en compte les réalités humaines, c'est plus difficile. C'est simplement ce que j'ai voulu dire à madame Bardot.

Et je n'ai pas de leçon à prendre parce que quand on doit aller discuter avec des éleveurs à propos du loup ou à propos de l'ours, je ne suis pas accompagné de beaucoup de défenseurs de la cause animale. Donc je n'ai pas de leçon à prendre. Je lui accorde une vraie sincérité, mais encore une fois on n'a pas deux cœurs : il faut un cœur pour les animaux, un cœur pour les humains. Voilà ce que j'ai simplement voulu dire à madame Bardot ce matin.

Vous semblez très remonté contre Brigitte Bardot...

Je ne supporte plus les démagos de tout poil. Je ne doute pas qu'elle s'est beaucoup investie, et elle l'a fait parfois avec courage et brio.

Il y a un moment ou un autre où il faut arrêter de céder à la simplicité, de donner des conseils à distance, tout ça avec vue sur la Méditerranée. C'est très sympathique, mais ça ne fait pas avancer la cause.Nicolas Hulotà franceinfo

Elle a été voir le président de la République il y a de ça quelques jours. Il l'a écoutée, comme il m'écoute depuis très longtemps sur ce sujet-là, mais elle a bien vu au sortir de son entretien que les choses n'étaient pas aussi simples. Et qu'il ne suffisait pas de frapper sur la table pour que les choses avancent. Il faut engager une vraie réflexion sur la condition animale, et le président m'a demandé de la faire à partir de l'automne. On va aborder le sujet en profondeur, d'une manière rationnelle, et sans stigmatiser qui que ce soit parce que ce n'est pas en stigmatisant, comme le fait à répétition madame Bardot, qu'on fera avancer les choses. L'idée n'est pas de confronter les uns contre les autres, mais l'idée c'est de regarder dans la même direction et ensemble.

Qu'avez-vous à dire désormais à Brigitte Bardot ? Le dialogue est-il rompu ?

Ce que j'avais à lui dire, je lui ai dit ce matin. Moi, je n'utilise pas les médias pour épancher mes ulcères. Ce que je lui ai dit n'avait pas vocation à être publié. 

Madame Bardot n'a visiblement pas supporté que j'ai une explication directe avec elle, elle a tenu à en informer la presse... Ce n'est pas comme ça que je fonctionne, mais si elle préfère fonctionner comme ça, sur ce terrain elle me trouvera.Nicolas Hulotà franceinfo

Avec Madame Bardot, ça n'a plus aucun intérêt, tout est dans l'excès, tout est dans l'invective et l'humain n'est jamais présent. Moi, je veux arriver à ne pas confronter les uns contre les autres. Il y a beaucoup, y compris dans sa propre fondation, d'interlocuteurs qui me semblent beaucoup plus pertinents.