"Exécution politique", "système judiciaire macronien"... Comment Mélenchon se défend dans les médias avant son procès

Le chef de file de La France insoumise occupe le terrain et publie un livre, jeudi 19 septembre, jour où débute son procès à Bobigny pour les incidents survenus lors de la perquisition de son mouvement, en octobre 2018.

Le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, s\'exprime le 25 juin 2019 à l\'Assemblée nationale, à Paris.
Le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, s'exprime le 25 juin 2019 à l'Assemblée nationale, à Paris. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

La meilleure défense, c'est l'attaque. Un dicton qui sert de ligne de conduite à Jean-Luc Mélenchon avant son procès, jeudi 19 septembre, devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Le président du groupe La France insoumise (LFI) à l'Assemblée nationale est poursuivi pour "actes d'intimidation envers l'autorité judiciaire, rébellion et provocation" près d'un an après les incidents survenus lors de la perquisition de son mouvement, en octobre 2018.

Avant de comparaître devant la justice, le député LFI des Bouches-du-Rhône se démultiplie. Il a donné le 12 septembre une conférence de presse à la maison de l'Amérique latine, à Paris, au retour de son voyage dans ce continent. Il accorde le 15 septembre une longue interview au Journal du dimanche, et il publie, jeudi 19 septembre, un livre intitulé Et ainsi de suite (éd. Plon). Franceinfo passe en revue ses arguments. 

Il décrit son procès comme une "exécution politique"

Dans le Le journal du dimanche daté du 15 septembre, Jean-Luc Mélenchon développe la thèse du "procès politique" qu'il martèle depuis le début. A la question : "Comment vous préparez-vous au procès ?", il répond : "C'est une bataille politique. On a vu les fuites organisées des pièces de l'instruction dans la presse, trois jours avant les élections européennes. On a vu les peines encourues : dix ans de prison, 150 000 euros d'amende. On a vu qu'Éric Dupond-Moretti était l'avocat des parties civiles, payé par le gouvernement. On a compris : ils nous convoquent dans un procès politique spectaculaire pour être condamnés. Ce n'est ni du droit ni de la justice. C'est juste une exécution politique."

Dans cette même interview, il réfute le terme même de justice. "Quelle 'justice'? Il s'agit de guerre politique. Le but est de nous nuire le plus longtemps possible. C'est une mise en scène, qui précède un meurtre politique. J'en ai pris conscience. […] Nous sommes condamnés d'avance." Dans une note de blog publiée le 9 septembre, il précisait : "Dans quelques jours, le système judiciaire macronien compte me détruire."

Il compare son cas à celui de l'ex-président brésilien Lula, emprisonné depuis avril 2018

Pour renforcer sa thèse d'une justice qui serait le bras armé du pouvoir politique, il compare, dans Le JDD, son cas à celui de l'ex-président brésilien de gauche Lula,  emprisonné depuis avril 2018. Il l'avait déjà fait dans une tribune publiée le 7 septembre dans le même journal, signée par plus de 200 personnalités, dont Lula lui-même et le prix Nobel de la paix argentin Adolfo Perez Esquivel. Tous dénonçaient "la tactique du 'lawfare'", c'est-à-dire, selon eux, "l'instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques". Ils citaient le cas de Lula, mais aussi celui de Jean-Luc Mélenchon en France.

Lundi 8 septembre, la ministre de la Justice a estimé qu'assimiler le procès de Jean-Luc Mélenchon à un "procès politique" relevait d'un "amalgame insupportable et inacceptable".

Il attaque directement la ministre de la Justice, Nicole Belloubet

Toujours dans l'interview au Journal du dimanche, Jean-Luc Mélenchon s'en prend à la Garde des Sceaux. Il s'étonne qu'elle "n'ouvre aucune enquête contre les violations du secret de l'instruction" dans l'affaire des perquisitions et avance que la ministre a "peur de ses subordonnés". Quand l'hebdomadaire demande de quoi Nicole Belloubet aurait peur, il répond : "Une hypothèse : les oublis fâcheux dans sa déclaration de patrimoine ?"

Le leader de LFI fait ainsi allusion aux révélations de presse, selon lesquelles la ministre de la Justice a dû modifier, en 2017, sa déclaration de patrimoine, jugée sous-évaluée par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Nicole Belloubet avait "omis de déclarer 330 000 euros pour deux appartements à Paris et une maison dans l’Aveyron", peut-on lire dans Le Figaro

Dimanche 15 septembre, la ministre de la Justice lui a répondu dans "Le Grand jury" RTL-Le Figaro-LCI : "Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont absurdes et même indignes" "en ce qu'ils attaquent les magistrats et mettent en cause leur probité et leur indépendance". "Il est dans l'invective, dans le fantasme, dans le complot. (...) C'est une erreur grave", a-t-elle ajouté. Elle a par ailleurs précisé avoir rectifié sa déclaration de patrimoine, et affirme être désormais en règle : "La Haute autorité de la vie publique a considéré que les choses s'arrêtaient là."

Il proclame son innocence dans l'affaire des perquisitions

Toujours dans Le journal du dimanche, Jean-Luc Mélenchon affirme : "Nous sommes innocents et nous risquons dix ans de prison pour avoir crié sur le palier de notre siège." Sur BFMTV, il avait déclaré, le 13 septembre : "Pour 10 secondes où je parle fort, tout le reste est laissé de côté."

Un de ses proches, Alexis Corbière, a estimé dans une conférence de presse que les images diffusées mercredi 11 septembre par l'émission "Quotidien" sur TMC montraient "les choses telles qu'elles se sont déroulées" lors de la perquisition. Celle-ci était menée dans le cadre d'enquêtes préliminaires sur des soupçons d'emplois fictifs d'assistants au Parlement européen et sur les comptes de la campagne de 2017. 

Mercredi, à 18 heures, "Quotidien" a mis en ligne ces images, sans montage. Prise dans sa totalité, la séquence alterne les moments de calme et de dialogue avec des scènes de tension extrême et de bousculades lorsque les "insoumis" tentent d'avoir accès à la partie des locaux où a lieu la perquisition. "Nous ne faisions aucunement obstacle à cette perquisition, c'est un dialogue qui a eu lieu", a déclaré Alexis Corbière, au vu de ces images.

Il réaffirme le "caractère inviolable du député" 

"Face à un juge ou à un policier, la République, c'est bien moi", écrit Jean-Luc Mélenchon dans son livre Ainsi de suite, qui paraît le 19 septembre aux éditions Plon, le jour même de l'ouverture du procès.

Il assume ainsi la phrase proférée pendant la perquisition du siège de LFI en 2018. "La République, c'est moi", avait-t-il crié au visage d'un policier en faction devant les locaux perquisitionnés.Il avait aussi dit : "Ma personne est sacrée." "Face à quelque juge ou policier que ce soit, la République c'est bien moi, et ils me doivent le respect dû à ceux que je représente, leur maître, le peuple souverain", souligne le chef de file de La France insoumise dans son ouvrage.

"Je suis la République devant tout autre corps et notamment ceux du 'maintien de l'ordre', comme ils disent. Tout simplement parce que la loi qui les commande est proposée et votée par des gens comme moi, députés de la Nation toute entière", argumente-t-il. "Le caractère inviolable du tribun ou du député est l'incarnation de la souveraineté du peuple", poursuit-il.

Les bonnes feuilles ont été publiées dans la presse quotidienne régionale (Le Dauphiné, le Progrès, Le Républicain Lorrain...). Dans son livre, Jean-Luc Mélenchon estime que ses propos ont été caricaturés, notamment à la télévision. "J'aurais dû mieux choisir mon public, écrit-il. Car les commentateurs troncs des plateaux de télé ont réduit mon propos à leur propre dimension mesquine et à l'esprit monarchique du maître qu'ils servent en la personne du président de la Ve République."