Ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen : "Une première et un tournant dans l'histoire du Front national"

Le sociologue Vincent Tiberj estime que le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen avant le second tour de l'élection présidentielle peut être "un tournant" dans l'histoire du Front national.

Nicolas Dupont-Aignan, à Paris, le 28 avril 2017.
Nicolas Dupont-Aignan, à Paris, le 28 avril 2017. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Nicolas Dupont-Aignan a annoncé, vendredi 28 avril, son ralliement à Marine Le Pen avant le second tour de l'élection présidentielle le 7 mai. Pour la première fois, Marine Le Pen réussit à récupérer un soutien hors de sa sphère d'influence traditionnelle, a souligné, samedi 29 avril sur franceinfo, Vincent Tiberj, sociologue spécialiste du comportement électoral. "C'est peut-être un tournant dans l'histoire du Front national", a-t-il ajouté. Bien que Nicolas Dupont-Aignan ne soit "pas un soutien de poids", il peut suffire à "enclencher une dynamique de ralliement, notamment de la part d'un certain nombre de responsable des Républicains", a-t-il précisé.

franceinfo : À quoi est dû ce ralliement Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen ?

Vincent Tiberj : Il s'explique par des logiques partisanes, mais aussi par des logiques face à l'Europe proches entre les deux personnalités politique. Et il y a naturellement, un lien d'antagonisme vis-à-vis d'Emmanuel Macron qui, pour Nicolas Dupont-Aignan, incarne l'Europe libérale, les élites.

Cette prise de position peut-elle amener des électeurs à voter Front national ?

C'est plus compliqué que cela parce qu'on voit bien qu'il y a une ligne de cassure. Certains des électeurs de droite réfléchissent et hésitent, notamment dans le courant de la Manif pour tous. Du côté de Nicolas Dupont-Aignan, il y avait pendant longtemps une forte réticence à s'allier avec le Front national. Il y avait la volonté de rester en dehors de l'extrême droite. Là, il a clairement changé de pied. Mais les consignes de vote sont parfois extrêmement compliquées à appliquer du côté des électeurs. Ces derniers sont libres.

La non-prise de position de Jean-Luc Mélenchon favorise-t-elle Marine Le Pen ?

Mécaniquement, cela favorise Marine Le Pen. Mais il faut bien voir que derrière, il y a la responsabilité de 15 ans de vie politique française. En 2002, il y avait une vraie volonté de faire barrage au Front national. Mais qu'en ont fait les grands partis ? Il n'y a pas de volonté d'Emmanuel Macron d'aller vers les électeurs de droite et de gauche. Donc, quelque part, cet appel à l'abstention ou ce refus de prendre position est aussi en conformité avec une partie des électeurs qui ont du mal à choisir une politique qu'ils avaient combattue l'année dernière avec la loi El Khomri.

Qui sont les électeurs qui sont dans le "ni-ni" ?

Vous en avez à droite, autour de François Fillon, mais vous en avez surtout du côté de Jean-Luc Mélenchon et probablement encore du côté de Benoît Hamon. À gauche, ce sont assez souvent des électeurs politisés. Cela n'a rien à voir avec l'abstentionnisme sociologique. Ce sont des gens qui face aux choix proposés ne se retrouvent pas. Donc le travail d'Emmanuel Macron est aussi de convaincre et d'aller au-delà de son socle électoral.