Philo, IVG, rap... Dix choses à savoir sur François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux européennes

Le philosophe et élu de Versailles a été choisi pour conduire la liste LR à ces élections. 

François-Xavier Bellamy, adjoint au maire de Versailles (Yvelines), le 28 janvier 2019 à Paris. 
François-Xavier Bellamy, adjoint au maire de Versailles (Yvelines), le 28 janvier 2019 à Paris.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Il sera le visage des Républicains pour les prochaines élections européennes qui auront lieu le 26 mai prochain. A 33 ans, François-Xavier Bellamy, élu de Versailles (Yvelines), a été choisi par Laurent Wauquiez pour diriger la liste du parti. Mardi 29 janvier, son nom a été validé par la commission d'investiture de Les Républicains, selon les informations de franceinfo. Mais cette décision est loin de faire l'unanimité dans les rangs de LR. Qui est ce jeune philosophe conservateur ? Voici dix choses à savoir sur lui.   

Il a grandi à Versailles, entre école privée et scoutisme

François-Xavier Bellamy, fils d'un professeur de français et d'une mère de foyer, est l'aîné d'une famille de quatre enfants, dont trois filles. Il est né à Paris le 11 octobre 1985 mais il a grandi à Versailles (Yvelines), entre école catholique privée (il a été scolarisé à Sainte-Marie des Bourdonnais) et scoutisme. Il a été chef pendant sept ans aux scouts d'Europe, où il a créé une unité de scouts marins, comme l'indique La Vie

Son parcours scolaire est brillant. L'année de son bac, il obtient le Proficiency, un diplôme d'anglais de l'université de Cambridge, dans une filière bilingue de son lycée et effectue un stage au journal The Sunday Times - The Times à Londres. Il enchaîne avec une prépa littéraire au prestigieux lycée Henri-IV, avant d'entrer à l'Ecole normale supérieure en 2005. Trois ans plus tard, il obtient une agrégation de philosophie à la Sorbonne. 

C'est un fervent catholique 

François-Xavier Bellamy ne cache pas sa foi catholique, héritage de ses parents. "Ils sont catholiques pratiquants, mais pas des piliers de presbytère, raconte le jeune homme à La Vie. Ils m'ont transmis la foi, notamment parce que nous priions en famille, tous les soirs." Comme le souligne Le Journal du dimanche, il est l'invité, chaque été ­depuis 2013, de l'Université d'été de Renaissance catholique, qui œuvre, selon son site Internet, à "la défense de l'identité chrétienne de la France contre l'utopie mondialiste et l'islamisme militant".

Il enseigne la philo en banlieue, puis à Paris

Fraîchement agrégé, François-Xavier Bellamy commence à enseigner la philosophie comme professeur associé en classes préparatoires au lycée Sainte-Geneviève et au lycée Notre-Dame du Grandchamp à Versailles. Puis il se frotte pendant deux ans à un public un peu moins favorisé au lycée Auguste-Renoir à Asnières-sur-Seine, au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt.

Une expérience qui lui a inspiré un pamphlet sur l'éducation en 2014, Les Déshérités ou l'urgence de transmettre. Comme le raconte Slate, il y convie Descartes, Rousseau et Bourdieu pour expliquer l'origine de la crise de la transmission dans l'Education nationale en France. Depuis 2011, il a rejoint un établissement où la "transmission" du savoir est peut-être plus aisée : il est professeur en classes préparatoires littéraires au lycée Blomet à Paris. Parallèlement, il a lancé les "soirées de la philo", qui ont lieu le lundi soir au théâtre Saint-Georges à Paris.  

Il entre en politique à l'âge de 21 ans comme "plume" 

Entre l'écriture et l'enseignement, cet intellectuel fait une incursion dans le monde politique dès l'âge de 21 ans, sous la mandature de Nicolas Sarkozy. En 2006-2007, il est "chargé de mission" au cabinet du ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres. Il rédige en réalité ses discours. "Ça m'a permis de découvrir une forme de vacuité de la parole politique. Vous écrivez des discours pour quelqu'un d'autre, donc vous vous rendez compte que tout ceci est très désincarné", souligne-t-il auprès de Slate.

L'expérience ne le décourage pas pour autant. En 2008-2009, il est nommé conseiller technique en charge de la prospective au cabinet de la ministre de la Justice de l'époque, Rachida Dati, puis il travaille auprès de Nathalie Kosciusko-Morizet au secrétariat d'Etat à la Prospective et au Développement de l'économie numérique en 2009-2010. François-Xavier Bellamy se frotte aussi à la vie politique locale. En 2008, il est élu (sans étiquette) sur la liste municipale Divers droite de François de Mazières à Versailles. Il devient maire-adjoint de la ville, délégué à la Jeunesse et à l'Enseignement supérieur.

Il est opposé à l'IVG et à l'extension de la PMA 

Avec son look de "gendre idéal", François-Xavier Bellamy devient peu à peu le symbole de la droite conservatrice, en raison de ses prises de positions sur plusieurs sujets de société. Lors des débats sur le mariage pour tous en 2012, il s'était fendu d'une tribune dans Libération pour dénoncer une "nouvelle forme de dérégulation en matière de droit de la famille". Cinq ans plus tard, il compare l'ouverture de la PMA aux couples de femmes à la "dernière frontière avant le transhumanisme" dans Le Figaro.

Sur la question de l'IVG, François-Xavier Bellamy assume être anti-avortement, tout en assurant ne pas vouloir revenir sur la loi Veil. "Cette question de l'IVG est une conviction personnelle que j'assume. Mais je comprends qu'elle ne soit pas partagée, et vous ne trouverez de ma part aucune parole offensante ni aucun jugement", déclare-t-il au JDD, confirmant avoir participé "deux ou trois fois" aux manifestations d'associations pro-vie. Il s'est ainsi indigné de l'abandon d'une clause de conscience pour les pharmaciens sur la vente de produits contraceptifs et abortifs, ainsi que de l'élargissement à internet du délit d'entrave à l'IVG. 

Sa proximité avec La Manif pour tous s'est traduite sur le plan politique, avec la participation au lancement de Sens commun. Une fois le parti officiellement lancé en octobre 2013, "il a préféré s'effacer pour ne pas nuire à ses activités d'enseignement et d'édition", écrit le JDD.

Il a essuyé un cuisant revers aux dernières législatives

Sa précocité dans l'engagement politique ne le prémunit pas d'un échec cuisant aux législatives de 2017. Investi à Versailles par Les Républicains dans une circonscription jugée imperdable et que la droite possédait depuis 1963, il est battu au second tour par le candidat LREM, avec 48,91% des voix. François-Xavier Bellamy n'a pas réussi à convaincre les électeurs "dans le coin qui est censé être ce qu'il incarne", selon la formule d'un membre des Républicains dans Les Echos.

Le candidat malheureux ne désarme pas et lance fin 2017 un mouvement, Unis pour servir, "en vue de préparer une alternance en 2022", selon LCI. Les grandes lignes du mouvement ? "La culture et la transmission", les "solidarités locales", "l'écologie globale", l'Etat régalien et "les libertés".  Dans son dernier essai, Demeure (Editions Grasset), il se pose en figure de l'anti-macronisme. "Toutes les élections se sont jouées autour de l'idée du changement, de la réforme, de la rupture. Etre 'en marche' est une forme de cristallisation absolue" de cette démarche, analyse-t-il sur franceinfo

Il a affirmé ne pas avoir de carte LR

Comme le révèle le JDD, François-Xavier Bellamy n'a jamais adhéré à l'UMP ni aux Républicains. Samedi dernier, il confiait n'avoir toujours pas pris sa carte LR, malgré l'annonce imminente de sa nomination à la tête de la liste pour les éuropéennes. "Après tout, l'un de nos grands défis, c'est qu'on réussisse à s'ouvrir largement", arguait-il. Pourtant, deux jours après, le parti a assuré, sèchement, que leur tête de liste était bien encarté chez les Républicains, une information confirmée à franceinfo mercredi. 

Envisage-t-il de répondre un jour à l'appel du pied de Marion Maréchal Le Pen, qui voit dans sa personnalité une opportunité "d'alliances" ? L'intéressé conteste. "Je ne crois pas du tout qu'il y ait un quelconque avenir pour la droite dans une alliance de boutiques ou un rapprochement d'étiquettes (...) Lorsque je vois le RN (Rassemblement national) aborder cette campagne avec un vocabulaire de lutte des classes, je me sens bien éloigné de la vision qu'ils proposent !", répond-il dans Le Figaro. Et d'ajouter : "Je suis peiné de voir que quelques élus de droite entretiennent ce mauvais procès, au moment où il faudrait se rassembler (...)" 

Il écoute du rap "pour considérer l'état de la société" et pratique la voile

Dans l'émission "C politique" sur France 5, François-Xavier Bellamy confie qu'il lui "arrive d'écouter du rap pour considérer l'état de la société", citant Orelsan et Big Flo & Oli, notamment sur la question de l'avortement. 

Autre hobby, la voile. Comme il l'indique dans sa biographie sur son site internet, il la pratique "aussi souvent" qu'il le peut. "De cette expérience de la mer, je voudrais conserver l'habitude de garder son cap, la liberté de mouvement jusque dans la tempête et la faculté intérieure de s'émerveiller", poétise-t-il. 

Il a voté "non" au référendum de 2005

En 2005, François-Xavier Bellamy avait voté "non" au référendum sur la Constitution européenne. A l'inverse de sa famille politique d'aujourd'hui. Quelle est donc sa vision de l'Europe désormais, lui qui va porter le discours des Républicains aux élections européennes ? Dans l'interview au Figaro, il estime que l'Europe est "sans aucun doute un projet à renouveler en profondeur, mais un projet plus nécessaire que jamais. Nous devons remettre la construction européenne au service des peuples". Sur les questions migratoires, il prône la fermeté : "Le discours 'Venez chez nous, nous accueillons' produit la catastrophe qu’il dénonce", affirmait-il en juin 2018 sur LCI. 

Il sème la zizanie au sein des Républicains

S'il a reçu le soutien public du président de la CNI (Commission nationale d'investiture), le député Eric Ciotti, ou du sarkozyste Brice Hortefeux et du président du groupe au Sénat, Bruno Retailleau, cet élu peu connu du grand public suscite l'inquiétude de nombreux cadres LR en raison de ses prises de positions conservatrices, notamment son opposition "personnelle" à l'IVG. "On n'a pas envie de passer notre temps à se justifier sur ça", s'inquiète une dirigeante du parti. "Que diront les Marcheurs pendant la campagne ?", s'alarme un autre.

Dans le rang protocolaire, la plus haute réserve est venue du président du Sénat, Gérard Larcher, également élu des Yvelines. "J'ai plutôt de la sympathie pour ce garçon, il était prof de philo dans ma ville de Rambouillet. Il a des prises de positions que je respecte, qui ne sont pas tout à fait les miennes sur un certain nombre de sujets de société", avait-il expliqué lors de ses vœux à la presse, ajoutant que "l'équipe tête de liste" devait selon lui "incarner l'équilibre, l'épicentre du mouvement".

"Bellamy est beaucoup plus conservateur que je ne le suis ou que d'autres le sont", a estimé pour sa part le patron des députés LR, Christian Jacob. Malgré les critiques, Laurent Wauquiez mise sur cette personnalité clivante pour renouveler les générations et les idées au sein du parti, comme l'analyse Libération. Le pari est risqué pour une campagne où la droite est loin d'être favorite, reléguée dans les sondages derrière La République en marche et le Rassemblement national.