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Les dossiers qui divisent la majorité

Nucléaire, Roms, Europe, cumul des mandats... Les sujets de friction ne manquent pas entre les différentes composantes de la majorité, y compris au sein même du PS.

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France Télévisions
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La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 25 août 2012 à La Rochelle (Charente-Maritime). (PIERRE ANDRIEU / AFP)

POLITIQUE - Le PS a beau avoir donné une image d'unité le week-end du 25 août, lors de son université d'été à La Rochelle (Charente-Maritime), les sujets de friction ne manquent pas. Europe, Roms, nucléaire, cumul des mandats... Autant de chapitres qui font débat chez les socialistes et leurs alliés, et sur lesquels la droite est en embuscade. FTVi se penche sur les dossiers qui font tanguer la majorité.

1Le nucléaire

Des panneaux photovoltaïques à Bollène (Vaucluse), devant la centrale nucléaire du Tricastin, en septembre 2011. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

C'est le débat qui empoisonne le plus régulièrement les relations entre les différentes composantes de la gauche. Il avait provoqué un véritable psychodrame l'hiver dernier, lors de la conclusion du fameux accord de gouvernement entre le Parti socialiste et Europe écologie - Les Verts (EE-LV) dans le cadre de la campagne présidentielle. Le candidat François Hollande s'en était alors démarqué, s'engageant simplement à faire passer la part du nucléaire de 75% à 50% dans le mix énergétique d'ici à 2025.

Depuis que la gauche est au pouvoir, certains ministres socialistes se font un plaisir de vanter les mérites de l'énergie nucléaire au nez et à la barbe de leurs camarades écologistes tenus par la solidarité gouvernementale. Dernier exemple en date, celui d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, expliquant dimanche 26 août que "le nucléaire est une filière d'avenir". "Provocation", "décalage total avec la réalité", ont immédiatement hurlé les écolos, qui prônent le démantèlement de cette industrie.

La polémique commencerait-elle à gagner les socialistes ? Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a approuvé son collègue Montebourg, de même que le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone. Quant au porte-parole du PS, David Assouline, il a vu dans les propos de Montebourg un "sentiment personnel" qui ne prête à "aucune conséquence concrète".

2Le traité budgétaire européen

La chancelière allemande Angela Merkel discute avec le président français, François Hollande, le 23 août 2012 à Berlin (Allemagne). (GUIDO BERGMANN / BUNDESREGIERUNG)

C'est le retour de Merkozy et de la règle d'or ! François Hollande et Jean-Marc Ayrault proposent en effet à leur majorité d'approuver le traité budgétaire européen négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel, et que la gauche avait tant critiqué. Le président de la République fait valoir qu'entre-temps, il a obtenu l'adoption d'un pacte de croissance européen. Mais la pilule est trop grosse à avaler pour les parlementaires du Front de gauche, qui ne voteront pas la ratification du traité. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs appelé dimanche à une manifestation pour réclamer un référendum sur le sujet.

Un référendum, c'est aussi ce que réclament une partie des écologistes. Mais ces derniers sont divisés. La semaine dernière, aux Journées d'été d'EE-LV, la question a même provoqué une violente altercation verbale en pleine rue entre François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, et Daniel Cohn-Bendit, pour qui un tel référendum n'aurait "aucun sens".

Le couple exécutif pourrait être encore plus embarrassé par les états d'âme de l'aile gauche du PS. Plusieurs personnalités issues de cette mouvance, comme le député Razzy Hammadi ou la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, ont déjà indiqué qu'elles ne ratifieraient pas le traité. Dans le même temps, une quinzaine de parlementaires réunis sous la bannière de "La gauche durable" - principalement des aubrystes - ont publié une lettre ouverte à François Hollande dans laquelle ils l'interpellent sur sa politique européenne. Les Français "veulent savoir quelle vision du futur inspire chaque étape, pour comprendre le moment présent. Ils ont le sentiment que les sacrifices sont toujours pour aujourd'hui et les contreparties toujours pour demain", égratignent-ils en laissant planer le doute sur leur vote.

3Les Roms

Une famille de Roms face à des forces de l'ordre, le 27 août 2012 devant l'hôtel de ville d'Evry (Essonne). (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Il aura fallu une réunion interministérielle présidée par Jean-Marc Ayrault, la semaine dernière, pour accorder les violons de la majorité sur la question des Roms. A la sortie, les tenants d'une ligne ferme ont été rassurés : les décisions de justice ordonnant des démantèlements de camps seront appliquées. Mais les partisans d'une politique plus souples ont obtenu que le marché du travail soit davantage ouvert à ces populations originaires de Bulgarie et de Roumanie.

Malgré cette unité de façade, ce sont bien deux logiques qui s'affrontent. Lundi 27 août, la police est intervenue pour évacuer un camp à Evry (Essonne) – ville dont Manuel Valls a été le maire de 2001 à 2012 – sans attendre la décision de la justice, qui devait se prononcer mardi matin. Pas sûr que la ministre du Logement, Cécile Duflot, apprécie ce zèle. "Pas de démantèlement sans solutions alternatives", plaidait-elle mi-août dans une tribune dans LibérationLe dossier rom a aussi mis en lumière une certaine gêne au sein du PS. En témoigne la valse-hésitation de sa première secrétaire, Martine Aubry, à propos des deux camps évacués près de sa ville de Lille.

4Le non-cumul des mandats

L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Si Martine Aubry devait choisir une seule de ses réalisations à la tête du PS, peut-être citerait-elle l'interdiction du cumul des mandats, principe qu'elle a fait adopter par un référendum interne en octobre 2009. Avant de quitter ses fonctions, elle mettra un point d'honneur à s'assurer de son application immédiate, comme les parlementaires socialistes s'y étaient engagés, sans attendre le vote d'une loi.

"Dès septembre, j'attends que tous les parlementaires qui en ont pris l'engagement renoncent à leurs exécutifs locaux", a-t-elle grondé dimanche à La Rochelle, tandis que Jean-Marc Ayrault s'était montré beaucoup plus évasif en déclarant : "Le vote des militants, ça serait bien que ça soit respecté". Nombre de députés et sénateurs "cumulards" refusent de devoir choisir entre leur siège à Paris et leur mandat local. Selon un décompte réalisé par FTVi, 60% des députés détenaient un autre mandat électif au lendemain des élections législatives.

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