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Législatives : la 2e circonscription du Gard, terre promise du Front national

La 2e circonscription du Gard fait l'objet de toutes les attentions médiatiques. L'avocat Gilbert Collard, qui part favori, y fait en effet figure de meilleur espoir masculin du Front national. FranceTV 2012 est allé y faire un tour.
Article rédigé par Natalia Gallois, Hervé Pozzo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
Gilbert Collard, candidat FN dans la 2ème circonscription du Gard (SYLVAIN THOMAS / AFP)

La 2e circonscription du Gard fait l'objet de toutes les attentions médiatiques. L'avocat Gilbert Collard, qui part favori, y fait en effet figure de meilleur espoir masculin du Front national. FranceTV 2012 est allé y faire un tour.

Saint-Gilles (Gard), envoyée spéciale - Saint-Gilles, son marché, son abbatiale classée au patrimoine mondial de l'Unesco et…ses électeurs frontistes. Dans cette petite ville de 13 735 habitants, aux portes de la Camargue, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour de l'élection présidentielle, avec 35,33% des voix.

La commune, qui appartient à la du Gard, ne fait pas figure d'exception. Le Gard est en effet le seul département où Mme Le Pen est arrivée en tête au premier tour avec 25,51% des voix, contre 24,86% pour Nicolas Sarkozy et 24,11% à François Hollande.

C'est en cette terre conquise mais non acquise, que le FN a choisi d'investir le médiatique avocat Gilbert Collard aux élections législatives des 10 et 17 juin.

Un succès médiatique qui agace

Mais ce matin à Saint-Gilles, Me Collard, qui fut président du comité de soutien à la candidature de la présidente du parti d'extrême droite, n'est pas là. Il a été appelé pour une affaire urgente à Paris. C'est la candidate socialiste Katy Guyot qui arpente le marché depuis neuf heures. Et ce n'est pas toujours de tout repos.

Katy Guyot en campagne sur le marché de Saint-Gilles (FTV)

"Une dame m'a jeté mon tract", raconte la conseillère municipale de Vauvert. Avant d'ajouter : "Parfois, certains ont des réactions brutales, mais j'aime les gens, donc je m'en fous, je peux parler avec tout le monde".

Consciente qu'elle s'attaque à une circonscription historiquement fidèle au FN - Saint-Gilles fut la première commune de plus de 10 000 habitants gérée par un maire frontiste, Charles de Chambrun, en 1989 - Mme Guyot met un point d'honneur à arriver au second tour aux législatives.

"Ici, les gens ont un caractère bien trempé, le vote FN était un vote de colère, de réprobation, mais je veux les convaincre qu'il s'agit d'un vote stérile", dit-elle, avant d'ajouter : "Nous avons un devoir de réussite ici".

La candidate du PS mise ainsi sur son ancrage local. "Je suis née à Vauvert, les gens me connaissent. Je viens même de retrouver quelqu'un avec qui j'étais en colonie de vacances", explique-t-elle.

Et Gilbert Collard ? "Il arrive de Vichy où il a perdu deux fois. Il pense qu'ici il aura plus d'écoute. Mais il n'a rien de commun avec nous !", s'exclame Mme Guyot. "Il me permet surtout d'avoir une tribune dans les médias, qui ne seraient pas venus jusqu'ici", ajoute-t-elle.

Si Mme Guyot s'en accomode, cet attrait médiatique agace fortement Etienne Mourrut, 72 ans, le principal adversaire de M. Collard. "Ça m'énerve un petit peu parce que ça fait deux mandats qu'on travaille et on ne parle pas du travail du député mais d'une personne : Monsieur Collard", affirme dans Le Figaro le candidat UMP, député depuis 2002 et maire du Grau-du-Roi depuis 1983.

"Les législatives sont une autre élection, on y vote pour le type du coin, qu'on connaît, qu'on voit depuis toujours", se rassure-t-il dans Le Point.

"Collard, il vient attiser les tensions"

Mais il suffit de tendre l'oreille dans les allées du marché de Saint-Gilles, pour se rendre compte que la partie va être serrée entre les trois candidats qui pourraient se retrouver dans une triangulaire au second tour.

"Ici, vous n'avez qu'à tourner la tête pour voir que Collard arrivera en tête au premier tour", lance un retraité, faisant allusion aux femmes voilées arrêtées devant un étal de sous-vêtements. "Je ne suis pas raciste mais je veux garder mon identité, ma Camargue", ajoute-t-il. André, 68 ans, s'approche et renchérit : "Ils nous narguent, ils parlent arabe, alors qu'ils devraient parler français !".

Impression de perdre son identité, là où les populations se côtoient sans vraiment se connaître, mais aussi sentiment d'insécurité provoquent des relents xénophobes. "Je vote 100% FN", glisse fièrement Françoise, 40 ans, avant d'ajouter : "J'habite dans un quartier qui craint, c'est le Bronx, le Maroc".

Une banalisation qui inquiète Souhil, 29 ans. "On sent que ceux qui ont voté Marine Le Pen l'expriment de plus en plus fort depuis qu'elle a fait 35%", affirme-t-il. "Je croise des amis d'enfance qui votent FN aujourd'hui, on se fait des sourires mais c'est hypocrite", déplore ce jeune homme parti travailler à Nîmes après avoir grandi à Saint-Gilles. "Je ne me sens plus chez moi ici", conclut-il.

Yvette, 76 ans, lance de son côté : "Moi je hais le FN, mais il y a beaucoup d'imbéciles à Saint-Gilles, il y a un manque de réflexion".

Des habitués du Café des arts, à Saint-Gilles (NG)

Une tension qui se ressent aussi dans les bars. Au Café des arts, Fathi, gérant de société s'exclame : "A votre avis, pourquoi on est tous dans le même café ? Parce que dans les autres bars on nous regarde de travers".

"Gilbert Collard, il vient attiser les tensions", regrette Toufik, 32 ans, un autre habitué. "Le FN a le même mode opératoire que les sectes : ils vont chercher les gens en détresse, jouent sur les peurs, font croire aux électeurs que les arabes ruinent la France", ajoute-t-il. "Et une population qui est stigmatisée, elle se radicalise", affirme le Saint-Gillois.

"On n'a jamais eu le FN, on veut essayer"

L'équipe de Gilbert Collard prépare la réunion publique du candidat FN (NG)

Quelques heures plus tard, non loin de là, dans la salle polyvalente de Vestric-et-Candiac, située dans la commune de Vauvert, l'équipe de Me Collard se prépare pour la réunion publique du candidat.

"On a choisi de venir ici pour remercier du bon vote du village au premier tour de la présidentielle", explique Patrick Fernandez, son directeur de campagne. "Et c'est aussi emblématique car Nicolas Sarkozy est venu ici en mars", ajoute-t-il.

Pas évident de remplir la salle de ce bourg de 1 352 habitants. "L'hiver a été rude, donc souvent, les gens préfèrent aller à la plage plutôt qu'à une réunion publique", se justifie M. Fernandez.

Arrivé en avance, Robert, retraité, ne voulait pas rater ça. "Ce qui m'a vexé, c'est les drapeaux à la Bastille. On est chez nous ici. Et puis on n'a jamais eu le FN, on veut essayer", dit-il.

"Je veux être un casse-couille démocratique"

Enfin, écharpe bleu marine autour du cou, M. Collard débarque dans une voiture tapissée d'affiches de campagne à son effigie. Un habitant lui lance : "On est venus voir ce que vous allez nous proposer". "On distribue des tickets de loto à la sortie", s'amuse le candidat.

"Je rencontre la même misère que dans mon métier", affirme M. Collard. "Il y a beaucoup de gens ici qui ont des problèmes et qui n'ont pas de défenseur politique ; il y a des misères qui n'ont pas d'avocat".

De fait, le candidat « mariniste » peut compter sur les difficultés d'un département, le Gard, où le chômage atteint 12,7 %, allant jusqu'à 25 % à Saint-Gilles (40 % chez les jeunes), et 21 % à Vauvert.

Traité de parachuté par ses adversaires, tous deux très ancrés localement, M. Collard, qui sent "quelque chose d'affectif dans cette région", tient à rappeler qu'il y a des attaches : "Ma mère est de Pont-Saint-Esprit, moi je vis à Gallician. Je ne suis pas un parachuté, mon arrière-grand-père, M. Bravay était député du Gard".

Gilbert Collard face aux habitants de Vestric-et-Candiac dans le Gard (NG)

Et c'est en justifiant son engagement politique que le Marseillais, qui n'a pas sa carte au FN, entame son discours, rappelant avoir quitté le Parti socialiste lors de l'entrée au gouvernement de Bernard Tapie en 1992 et assurant s'être engagé aux côtés de Mme Le Pen, "une amie", pour défendre la "préférence nationale".

"Il faut que toutes les origines se fondent dans un seul fleuve qui est la France", affirme-t-il à une assemblée qui lui est acquise. "Il faut ramasser le drapeau qui est par terre".

"J'ai envie d'être un casse-couille démocratique", tonne le candidat du "Rassemblement bleu marine" sous les applaudissements de la petite vingtaine de personnes présentes. Avant de lancer "bougez-vous, la France part en quenouilles !".

Le message est passé auprès de cette poignée de convaincus. "C'est clair, net, précis", salue un exploitant agricole. "Ca fait 55 ans que j'écoute tout le monde, et aujourd'hui le FN, c'est le nec plus ultra", ajoute-t-il.

Retrouvez le reportage vidéo d'Hervé Pozzo ci-dessous ou ici.

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