Le tramway de Marseille, victime collatérale de l'affaire Guérini

Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, sommé de démissionner par la direction du PS, a subitement décidé de bloquer des financements locaux. 

Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini (à gauche), et le président de a communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, dans un bus de Marseille, le 16 mai 2011.
Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini (à gauche), et le président de a communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, dans un bus de Marseille, le 16 mai 2011. (NICOLAS VALLAURI / PHOTOPQR / LA PROVENCE / MAXPPP)

Il n'entend pas démissionner de la présidence du conseil général des Bouches-du-Rhône, et compte bien montrer un peu plus le pouvoir que lui confèrent ses fonctions. Jean-Noël Guérini (PS) a adressé mercredi 9 novembre au président socialiste de la communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, un courrier cinglant dans lequel il remet en cause la participation financière du conseil général à deux projets symboliques : la construction d'un tronçon de tramway et la rénovation du Vieux-Port.

Cette attitude illustre le climat délétère qui règne sur la cité phocéenne. Explications en trois questions. 

• En quoi consistent ces projets ?

En avril 2009, le conseil général et la communauté urbaine de Marseille ont conclu un partenariat financier de 250 millions d'euros portant sur différents projets de voirie, de transports et de cadre de vie, sur une période allant de 2009 à 2013.

Parmi ces projets, la semi-piétonnisation du Vieux-Port et la construction d'une portion de tramway d'environ un kilomètre, entre la Canebière et le quartier de la Castellane

• Pourquoi, officiellement, Guérini remet-il en cause leurs financements ?

Dans son courrier, Jean-Noël Guérini critique une délibération votée par la communauté urbaine le 21 octobre projetant une extension future de cette portion de tramway à un quartier un peu plus éloigné, la Capelette, situé à l'est. Selon lui, l'extension future devait se diriger vers le quartier de Luminy, au sud. "Cette décision strictement unilatérale est, à mon grand regret, une rupture de partenariat", écrit Guérini. Selon le quotidien La Provence, la participation remise en cause s'élève à 30 millions d'euros, sur un projet d'environ 80 millions d'euros. 

Concernant le projet de rénovation du Vieux-Port, le président du département est moins catégorique, mais indique que "l'engagement de principe du conseil général, qu['il] renouvelle aujourd'hui, ne pourra être confirmé qu'au vu et en fonction du projet définitif qui sera retenu". Sur ce point, Jean-Noël Guérini ne détaille pas les motifs précis qui le poussent à douter du bien-fondé du partenariat financier qui le lie à la communauté urbaine.

• En quoi ce sujet a-t-il un lien avec l'affaire Guérini ?

Président socialiste de la communauté urbaine, Eugène Caselli a répondu jeudi 10 novembre à Jean-Noël Guérini par une lettre qu'il a rendue publique. Il y dénonce "une tentative de mise sous tutelle des décisions de la communauté urbaine par l'institution" dirigée par Guérini. Mais dans La Provence, Caselli va plus loin et pointe une "attaque politique".

Pourtant, il y a un an encore, Eugène Caselli et Jean-Noël Guérini étaient amis. C'est d'ailleurs avec l'appui du second que le premier a été installé à la tête de la fédération PS des Bouches-du-Rhône en 2004, puis élu à la présidence de la communauté urbaine en 2008. Mais en février, Caselli est placé en garde à vue, suspecté d'avoir embauché un cadre sous la pression d'Alexandre Guérini, le frère de Jean-Noël, mis en examen depuis décembre 2010.

Il en ressort libre, mais met en cause les "agissements" d'Alexandre Guérini, qu'il dépeint comme un homme qui "fait peur à beaucoup de gens" et "génère de la tension". A-t-il parlé à Jean-Noël Guérini de ces "agissements" ?  "Parler de son frère à Jean-Noël, c'est très difficile, il ne lui donnera jamais tort", répond Eugène Caselli aux gendarmes.

A son tour mis en examen le 8 septembre 2011 pour "prise illégale d'intérêt", "trafic d'influence" et "association de malfaiteurs" dans une affaire de marchés publics présumés frauduleux, Jean-Noël Guérini refuse de quitter la présidence du conseil général, comme le souhaite la direction du PS. Un souhait que partagent certains élus socialistes locaux, comme les conseillers généraux Marie-Arlette Carlotti, Janine Ecochard et Michel Pezet, le maire du premier secteur de Marseille, Patrick Mennucci, ainsi qu'un certain... Eugène Caselli.

La prise de position de Caselli a donc tout pour faire enrager Guérini. Sur Twitter, Patrick Mennucci a "appelé ses camarades à refuser le diktat de Jean-Noël Guérini". Et Marie-Arlette Carlotti lui a assuré que "les conseillers généraux socialistes de Marseille n'accepteront pas que dans sa fuite en avant, Guérini nuise aux Marseillais". En attendant, les menaces de blocage de ce dernier devraient en tout cas faire, un peu plus, les choux gras de la droite marseillaise.