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Affaire Aquilino Morelle : la Haute Autorité pour la transparence va examiner le dossier

Ce conseiller politique de François Hollande a annoncé sa démission, après sa mise en cause par le site Mediapart pour un conflit d'intérêts présumé.

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Le conseiller politique de François Hollande, Aquilino Morelle, quitte l'Elysée (Paris), le 5 mars 2013. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Il aura fallu moins de 24 heures. Le conseiller politique de François Hollande a remis sa démission, vendredi 18 avril, après sa mise en cause par le site Mediapart, jeudi, pour un conflit d'intérêts présumé. Le chef du pôle communication de l'Elysée est en particulier soupçonné d'avoir travaillé secrètement pour un laboratoire pharmaceutique alors qu'il était en même temps rattaché à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). 

L'entourage du Premier ministre a annoncé que Manuel Valls a reçu "en-tête-à-tête", vendredi matin, à Matignon, l'ex-plume du président, et lui "a conseillé de quitter l'Elysée, afin de répondre librement aux questions de la presse". Ostracisé, pour éviter que l'affaire ne gêne l'Elysée, le conseiller a finalement publié un communiqué, moins de 24 heures après l'article de Mediapart. "Je veux redire que je n'ai commis aucune faute. Je n'ai jamais été en situation de conflit d'intérêts", affirme vendredi dans son communiqué Aquilino Morelle qui souhaite toutefois "mettre fin à [ses] fonctions" de conseiller du président pour "être entièrement libre de répondre [aux] attaques".

La Haute Autorité pour la transparence a annoncé, dans la foulée, étudier le dossier d'Aquilino Morelle, confirmant une information du Monde. La haute instance dit avoir entamé "une étude plus approfondie de ses déclarations d'intérêts et de patrimoine", remises en janvier dernier par l'ex-conseiller élyséen, comme par tous les collaborateurs du président. Mais que lui reproche-t-on exactement ?

Le conflit d'intérêts

Ce sera à un tribunal de le prouver, si une enquête est ouverte. Le conseiller de François Hollande est pour le moment soupçonné d'avoir travaillé secrètement pour le laboratoire pharmaceutique danois Lundbeck en 2007, alors qu'il était fonctionnaire de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). Une double activité "peu éthique", reconnaît l'ancien dirigeant du laboratoire, mais qu'Aquilino Morelle ne nie pas.

Il aurait notamment organisé des rendez-vous entre des représentants du laboratoire Lundbeck et des membres du Ceps, un organisme interministériel chargé de fixer le prix des médicaments et les taux de remboursement. Des entrevues auxquelles il s'est gardé d'assister.

Son train de vie de "petit marquis"

Le contraste peut déranger. Aquilino Morelle, souvent présenté comme "fils du peuple", classé plutôt à gauche du PS, a privatisé un salon de l'Elysée pour y faire cirer sa trentaine de paires de chaussures en cuir sur-mesure, en mars 2013. Les souliers de luxe sont un marqueur social fort pour qui se souvient des Berluti à 11 000 francs offertes par Christine Deviers-Joncour à Roland Dumas , qui ont fait tant de bruit en marge du scandale de l'affaire Elf.

S'ajoutent à ce goût pour les belles chaussures cirées les deux chauffeurs officiels mis à disposition de sa famille, ses secrétaires qui gèrent ses affaires personnelles et des passages au sauna en pleine journée, toujours selon Mediapart.

Même si "légalement, on ne peut rien lui reprocher" sur son comportement à l'Elysée, il en va autrement "politiquement et moralement", lâche en off un conseiller de l'Elysée, alors que le gouvernement vient d'annoncer aux Français qu'ils devraient se serrer encore la ceinture.

Le mensonge

Il a menti sur sa page Facebook et cela pourrait se retourner contre lui. Aquilino Morelle affirme avoir respecté les règles et demandé l'autorisation de l'Igas pour exercer auprès du labo, mais l'administration n'en a retrouvé aucune trace. Et pour cause : "On n’autorise jamais un inspecteur à travailler pour une entreprise privée. Alors un laboratoire pharmaceutique…", commente l'ancien directeur de l'Igas, interrogé par Mediapart. Seules ses demandes d'autorisation pour donner des cours à l'Université Paris 1 ont été retrouvées dans les archives de l'Igas.

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