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Aquilino Morelle, proche conseiller de François Hollande, accusé de conflit d'intérêts

Selon Mediapart, Aquilino Morelle collaborait discrètement avec un laboratoire pharmaceutique lorsqu'il travaillait à l'Inspection générale des affaires sociales.

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France Télévisions
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Le conseiller de François Hollande Aquilino Morelle, lors d'un déplacement à San Francisco (Californie), le 12 février 2014. (WITT / SIPA)

Il est l'un des plus proches conseillers de François Hollande. Chef du pôle communication de l'Elysée, Aquilino Morelle se retrouve dans le viseur de Mediapart, jeudi 17 avril. Le site d'informations l'accuse notamment de conflit d'intérêts.

Diplômé de l'ENA, dont il est sorti en 1992, Aquilino Morelle est en particulier soupçonné d'avoir travaillé secrètement pour un laboratoire pharmaceutique en 2007, alors qu'il était en même temps rattaché à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). Une double activité fustigée par un ancien directeur de l'Igas, pour qui la situation est la même que si "un directeur d’hôpital entré à l’Igas travaillait parallèlement dans une clinique privée". 

Aquilino Morelle "m'a dit qu'il cherchait à travailler pour l’industrie pharmaceutique, qu’il avait du temps libre, que son travail à l’Igas ne lui prenait que deux jours sur cinq (…). Son profil et son carnet d’adresses nous intéressaient", raconte un ancien dirigeant du laboratoire danois concerné, cité par Mediapart.

Organisation de réunions avec le labo

Dans le cadre de cette collaboration, Aquilino Morelle aurait notamment organisé des rendez-vous réunissant des représentants du laboratoire Lundbeck et des membres du Ceps, un organisme interministériel chargé de fixer le prix des médicaments et les taux de remboursement. Des rendez-vous auxquels Aquilino Morelle n'aurait cependant pas assisté directement. "Il était dans une position tellement compliquée, si peu éthique…", justifie l'ancien dirigeant du laboratoire Lundbeck, dont l'identité n'est pas précisée.

Cette activité était-elle rémunérée ? Et surtout, était-elle déclarée à l'administration dont Aquilino Morelle dépendait ? Contacté par Mediapart, le conseiller de François Hollande assure avoir été payé 12 500 euros hors taxe pour cette prestation, mais ne "pas avoir retrouvé la trace" des déclarations à l'Igas concernant ces activités annexes. "Ce sont des faits anciens – sept ans – et banals", relativise-t-il.

L'Igas n'aurait pour sa part retrouvé aucune autorisation concernant Aquilino Morelle. Et pour cause : "On n’autorise jamais un inspecteur à travailler pour une entreprise privée. Alors un laboratoire pharmaceutique…", commente l'ancien directeur de l'Igas interrogé par Mediapart.

"A aucun moment en situation de conflit d'intérêts"

Face à la polémique, Aquilino Morelle a publié sur sa page Facebook un droit de réponse à Mediapart. "Je suis suffisamment au fait de la vie politique pour ne pas m’émouvoir de la charge dont je viens d’être l’objet", écrit le conseiller du chef de l'Etat, tout en justifiant son activité de quelques mois auprès du laboratoire Lundbeck. "A aucun moment je n'ai été en situation de conflit d'intérêts." "Je respecte le travail de la presse", mais "je n'ai rien à cacher à qui que ce soit", conclut-il, évoquant un article "alimenté par des rumeurs et des contre-vérités".

Mais l'affaire n'est pas du goût de tous, autour du chef de l'Etat. L'un juge "compliqué qu'il le garde". Même si "légalement, on ne peut rien lui reprocher" sur son comportement à l'Elysée, il en va autrement "politiquement et moralement" alors que le gouvernement vient d'annoncer aux Français qu'ils devraient se serrer encore la ceinture. "Vous ne pouvez pas geler les prestations sociales des Français et avoir autant de paires de chaussures", grince un autre membre de l'entourage.

Sur Twitter, plusieurs responsables socialistes ont demandé la démission d'Aquilino Morelle, dont le député des Français de l'étranger et secrétaire national du PS à l'Europe, Philip Cordery, ou encore le député Gérard Bapt.

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