François de Rugy remplacé par Elisabeth Borne : "Le vrai ministre de l’écologie va être Emmanuel Macron", estime Corinne Lepage

L'ancien ministre de la Transition écologique a démissioné mardi et c'est l'ancienne ministre des Transports, Elisabeth Borne, qui a été nommée pour prendre sa succession. 

Corinne Lepage, ministre de l\'Environnement entre 1995 et 1997. 
Corinne Lepage, ministre de l'Environnement entre 1995 et 1997.  (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

Après la démission de François de Rugy mardi, l'ex ministre des Transports, E. Borne devient alors la septième ministre de l'environnement en sept ans. Un ministère pourtant clé au gouvernement. Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement (1995-1997) et présidente de CAP21, s’est dite "très déçue de la politique écologique qui est menée depuis deux ans", mercredi 17 juillet sur franceinfo.

Franceinfo : Quel est votre sentiment sur ce nouveau changement à la tête de ce ministère ? Est-ce que c’est l’écologie qui trinque encore ?

Corinne LepageL’écologie trinque deux fois. Elle a trinqué une première fois, sans parler du reste, parce qu’on a eu un ministre affaibli et pour l’environnement c’est plutôt une bonne chose qu’il s’en aille, et à la place de numéro deux du gouvernement, on n’a plus qu’un ministre qui n’est pas d’État et qui est un haut fonctionnaire. Je n’ai rien contre madame Borne, mais enfin on ne peut pas dire que c’est quelqu’un qui a voué sa vie et sa passion à l’écologie, ce n’est pas vrai. Donc on ne peut pas attendre des fougues et des passions débordantes pour l’écologie de la part du nouveau titulaire qui, évidemment, aura beaucoup moins de poids que n’en a eu ses prédécesseurs. C’est-à-dire que ça va de-crescendo alors même que l’urgence écologie est chaque jour plus grande.

Ça porte un coup à votre optimisme d’il y a deux ans quand vous aviez soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle ?

Oui, j’entendais ce matin sur une autre antenne François Ruffin dire qu’il n’y avait rien dans le programme d’Emmanuel Macron sur l’écologie. Ce n’est pas tout à fait vrai. Sauf qu'il n'y avait rien d'extraordinaire dedans sur le nucléaire, sur les risques phytosanitaires, sur les contrôles etc. Globalement rien n’a été utilisé. Et pour ma part je suis très déçue de la politique écologique menée depuis deux ans.

Ça veut dire qu’Élisabeth Borne n’est pas la bonne personne pour prendre la tête de ce combat ?

Je ne peux pas faire de procès d’intention mais chacun peut comprendre que ce n’est pas une forte personnalité du monde de l’écologie, ou même du monde politique en soi. Ce sont des gens comme Jean-Louis Borloo ou Ségolène Royal qui incarnent quelque chose. Madame Borne ne va pas incarner l’écologie. Cela veut dire que le vrai ministre de l’écologie va être Emmanuel Macron. Or Emmanuel Macron est formidable pour vendre l’écologie au niveau international, mais très franchement au niveau national c’est catastrophique. On est en face d’une œuvre de destruction systématique du droit de l’environnement en France. Que ce soit la disparition des enquêtes publiques, la disparition des commissions nationales du débat public, la réduction des études d’impact, des sites protégés qui ne vont plus être protégés, les normes environnementales qui deviennent à géométrie variable etc. Je ne peux pas faire confiance à des gens qui vont directement dans le sens contraire de ce qu’il faudrait faire. Qu’on nous dise "on n’a pas les moyens d’investir", on peut en discuter, parce que quand on fait EuropaCity ou le contournement [autoroutier] d’Arles par la Camargue on a les moyens d’investir. Mais quand on fait le contraire de ce qu’il faudrait faire, ce n’est pas acceptable.