La ministre Dominique Bertinotti révèle son cancer et reçoit nombre de soutiens

Dans un entretien au "Monde", la ministre déléguée à la Famille explique avoir suivi un traitement depuis mars.

La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, lors d\'une conférence de presse à Paris, le 21 octobre 2013.
La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 octobre 2013. (MAXPPP)

Hormis François Hollande, personne ne savait. Pas même Jean-Marc Ayrault. Dans un émouvant entretien accordé au journal Le Monde, vendredi 22 novembre, la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, révèle être atteinte d'un cancer du sein depuis plusieurs mois.

"A un moment, sans transition, vous devenez un malade"

Après une dernière séance de radiothérapie effectuée cette semaine, "Dominique Bertinotti va bientôt enlever la perruque qu'elle porte. On verra d'un coup ses cheveux très courts", explique Le Monde. Durant ces neuf mois de traitement, personne ne s'est rendu compte de rien. Ni sa ministre de tutelle, Marisol Touraine, ni la garde des Sceaux, Christiane Taubira, avec qui elle a porté la loi sur le mariage pour tous, ni le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à qui elle a révélé sa maladie il y a une quinzaine de jours, dans un coin de l'Assemblée nationale. 

Dominique Bertinotti, elle, a appris qu'elle était atteinte d'un cancer fin février, en plein examen du projet de loi sur le mariage des homosexuels à l'Assemblée. "Je n'avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. Ça vous tombe dessus et ça ne s'arrête plus, les examens, l'IRM, les sueurs froides, les résultats qui font peur. Vous prenez tout sur la tête", témoigne-t-elle aujourd'hui. 

"Ministre, pas ministre, ça vous atteint dans votre chair"

Pudique, elle a préféré garder le silence sur sa maladie. "Instinctivement, je ne voulais pas mettre le cancer au centre. Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre. C'est un tel ébranlement de vous-même… Je ne me sentais pas assez forte pour gérer en plus le regard des autres." Pendant neuf mois, la maladie a donc cohabité avec la politique. Alternance entre les rendez-vous au ministère, les débats au Parlement, et les séances de chimio. L'unique fois où elle n'a pas pu assister au Conseil des ministres, c'était au lendemain de son opération, fin août. "J'avais atteint mes limites physiques."

Au Monde, Dominique Bertinotti confie ne pas se souvenir d'avoir pleuré, mais repense à "ces lendemains de chimio où monter trois marches, c'est l'Everest". Elle évoque aussi l'épreuve du miroir, des cheveux qui tombent, la perte du goût… Elle ajoute que si elle a décidé de raconter son cancer, ce n'est pas pour susciter la compassion. Mais "pour aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène. Pour montrer qu'on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n'est pas forcément la meilleure des solutions. Pour qu'il y ait moins de peur, plus de compréhension. Pour qu'on réfléchisse sur les inégalités face au coût des traitements de confort, comme le vernis spécial pour les ongles ou la perruque, qui sont si importants."

De nombreux responsables politiques saluent son "courage"

"C'est une maladie qu'on ne peut pas oublier, conclut-elle. Ministre, pas ministre, ça vous atteint dans votre chair." "Si j'en parle aujourd'hui c'est que c'est une affaire au passé", a-t-elle précisé à Lille (Nord) dans l'après-midi. 

ITELE / FRANCETV INFO

Les messages de soutien se sont multipliés notamment sur Twitter."Bel exemple de courage de mon amie Dominique qui a tenu bon, dans la discrétion, pour assumer sa tâche ministérielle", écrit Ségolène Royal. Tandis que sa collègue déléguée aux personnes âgées et à l'autonomie au sein du gouvernement affirme: "Je sais ce que représente ce qu'elle révèle aujourd'hui."

 A droite, Nadine Morano elle aussi a salué "le courage" de la ministre. Tout comme Christian Estrosi,"très touché par ce témoignage"

Plus vindicative, Corinne Lepage, après avoir salué "le courage et la dignité de Dominique Bertinotti et de toutes celles et ceux qui continuent à travailler avec le cancer", adresse une pensée "à toutes celles et tous ceux qui de battent contre ce fléau que nos politiques absurdes refusent de prévenir".