"Non, je ne change pas d'étiquette" : des Républicains et des socialistes aux universités d'été de La France insoumise

Des personnalités de plusieurs bords politiques participeront aux ateliers organisés dans le cadre des "Amfis d'été" de La France insoumise à Marseille.

Le député Jean-Luc Mélenchon lors d\'une manifestation contre la politique d\'Emmanuel Macron, le 26 mai 2018, à Marseille.
Le député Jean-Luc Mélenchon lors d'une manifestation contre la politique d'Emmanuel Macron, le 26 mai 2018, à Marseille. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Boudées l'an dernier, les universités d'été politiques reviennent en force en cette fin août. Sous le soleil de Marseille, fief du député Jean-Luc Mélenchon, les "Amfis d'été de La France insoumise" proposent des ateliers, des débats et des conférences jusqu'au dimanche 26 août. Y sont attendus, selon les organisateurs, plus de 3 000 militants ou sympathisants.

De la "transidentité" à la refondation de l'enseignement, de la politique pénitentiaire au traitement des animaux, des dizaines de sujets seront abordés par des universitaires, des associatifs et des politiques. "Nouveauté cette année, précise France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, La France insoumise a joué la carte de l'ouverture en invitant notamment Aurore Lalucq, porte-parole du mouvement Génération.s de Benoît Hamon, le député socialiste Dominique Potier, le député Les Républicains Olivier Marleix, ou encore la députée européenne Karima Delli d'Europe-Ecologie-Les Verts." 

Un credo commun, "l'opposition à Macron"

Cette volonté d'ouverture est confirmée à franceinfo par le directeur des campagnes du mouvement, Manuel Bompard. "A l'exception du Front national, on souhaite accueillir dans les ateliers et les conférences des gens de tous horizons, qui s’inscrivent dans l’opposition à Emmanuel Macron. Cela va du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) aux syndicalistes, aux chercheurs et à deux élus Républicains."

Mais, ajoute-t-il, les deux députés de droite interviendront comme spécialistes : "Olivier Marleix, sur la vente d’Alstom à General Electric, puisqu'il a présidé la commission d'enquête parlementaire sur le sujet" [et dénoncé "un scandale d'Etat" en pointant la responsabilité d'Emmanuel Macron]. Et Marianne Dubois sur le service civique en tant qu'auteure d'un rapport sur la question. Ils ont des points de vue qui peuvent faire avancer la réflexion, même si on n’est pas forcément d’accord avec eux, y compris sur ces sujets-là".

De leur côté, les deux élus issus des rangs des Républicains assument pleinement cette participation à un rassemblement d'une couleur politique opposée à la leur. "Non, je ne change pas d'étiquette, a répondu à France Bleu la députée LR du Loiret Marianne Dubois, "amusée". "Comme c'est un sujet sur lequel j'ai beaucoup travaillé, précise-t-elle à la radio, il me plaît de débattre et je ne veux pas laisser le monopole de la critique aux Insoumis."

N'est-elle pas mue par l'envie de ressusciter cette union des oppositions contre l'Elysée qui a bien fonctionné, à l'Assemblée et au Sénat, lors de l'affaire Benalla ? "Pas du tout, poursuit-elle. Cette invitation est intervenue fin mai, bien avant l'affaire Benalla. (...) Donc vous voyez, il n'y a aucune connivence avec la France insoumise sur ce sujet. (...) Point. N'allez pas y voir plus que ça. Il n'y a pas d'arrière-pensée."

La porte-parole de Génération.s se dit "mal à l'aise"

Même son de cloche du côté d'Olivier Marleix. "Ce n'est pas la convergence des luttes....", a-t-il précisé au Figaro. "On ne refuse jamais une occasion de débattre.(...) Les Républicains ne doivent pas laisser aux Insoumis le monopole de la critique des excès de la mondialisation."

"Connivence" ou pas, ces invitations lancées à deux députés Les Républicains passent mal du côté de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon. “La présence aux Amfis de Marseille d’un proche de Laurent Wauquiez comme Olivier Marleix me met mal à l’aise. Il a un positionnement qui n'est ni écologiste ni social, avec ses positions très austéritaires et proglyphosate, assène la porte-parole du mouvement, Aurore Lalucq. Elle dénonce “une façon de brouiller les pistes de la part de la France insoumise.

Ce bémol n'empêchera pas cette codirectrice de l'institut Veblen (porteur de propositions sur la transition écologique) de participer à Marseille à une table ronde sur "L'Europe des lobbies", aux côtés de son amie Claire Nouvian, qui se bat pour la préservation des fonds marins. "Parce qu’à Génération.s, on discute avec tout le monde à gauche, en particulier sur les thèmes de l'écologie", conclut-elle.

"C'est bon signe pour une démocratie"

Quant au député socialiste Dominique Potier, spécialiste de l'agroécologie, il confie à franceinfo avoir "accepté assez naturellement de venir débattre de l'avenir pour les territoires périurbains. De la part du FN, pour moi, ça aurait été inimaginable, mais j'aurais accepté de la même façon une demande du Modem ou du PC."

Il va même plus loin : "Le quotidien de l'Assemblée, c'est ce type de démarche entre députés de partis différents. Ce qui serait choquant, c'est qu'on refuse ce type d'hybridation dans les universités d'été. Quand il y a le feu comme aujourd'hui sur le plan écologique et démocratique, avec la montée des nationalismes, c'est important que les formations républicaines se parlent de façon respectueuse alors qu'on est tous en recherche de nouveaux horizons, de nouvelles solutions. Le dialogue doit nourrir les réflexions de chacun. C'est bon signe pour une démocratie."