L'assemblée générale de l'ONU est "un miroir qui reflète les fragmentations de l'ordre du monde" selon le politologue Dominique Moïsi

La 73e assemblée générale des Nations unies a lieu du 24 septembre au 1er octobre à New York. Pour Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien, il s'agit d'un "miroir assez brisé qui reflète les fragmentations, la déconstruction de l'ordre du monde".

L\'assemblée des Nations unies à New York
L'assemblée des Nations unies à New York (JEWEL SAMAD / AFP)

L'assemblée générale des Nations unies, qui s'ouvre lundi 24 septembre à New York, est "un miroir assez brisé qui reflète les fragmentations, la déconstruction de l'ordre du monde", a expliqué lundi 24 septembre sur franceinfo Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien, membre fondateur de l’IFRI et conseiller spécial de l'Institut Montaigne.
Selon lui, "les Nations unies ont toujours été en fait les représentants de nations désunies". Pour le politologue, face à la crise du multilatéralisme, la France est "le porte-parole de la modération", "une voix que beaucoup de pays aiment et veulent entendre".

franceinfo : Cette assemblée générale des Nations unies sert-elle encore à quelque chose ?

Dominique Moïsi : C'est un miroir qui reflète l'état du monde. Aujourd'hui, c'est un miroir assez brisé qui reflète les fragmentations, la déconstruction de l'ordre du monde, en particulier sous les efforts négatifs de Donald Trump. C'est un thermomètre de l'état du monde. Cette année, c'est particulier. Le "héros" est celui qui se veut le fossoyeur des Nations unies, Donald Trump. Et le pays qui soutient le plus les Nations unies en particulier financièrement, la Chine, n'est pas représentée au plus haut niveau par Xi Jinping. Quant au pays dont dépend une solution militaire et politique en Syrie, la Russie, il n'est pas représenté non plus par Vladimir Poutine.

Est-ce que le président américain ne fait pas qu'étaler à la face du monde que, quand les Etats-Unis décident de quelque chose, ils font ?

Oui. Mais il y a eu un moment à ne pas négliger : la fin des années 1990. Bill Clinton est président des Etats-Unis. Il a une vision multilatérale du monde. Et on sent qu'il y a une sorte de rapprochement, sinon de mariage, entre la réalité de la force, les Etats-Unis, et le symbole du droit, les Nations unies. À l'époque, Koffi Annan et Bill Clinton sont très proches.

Cette crise du multilatéralisme est l'illustration du faible poids de grandes instances internationales ?

Les Nations unies ont toujours été en fait les représentants de nations désunies. Cette désunion se traduisait, au temps de la guerre froide, par le veto soviétique ou le veto américain. La fin de la guerre froide a donné l'espoir d'un monde plus harmonieux, plus unifié. C'est l'inverse qui s'est produit. On a vu la montée des souverainismes, l'explosion des nationalismes et des populismes.

Du point de vue français, qu'est-ce qui est important pour Emmanuel Macron : son discours à la tribune de l'ONU ou les rencontres avec les différents chefs d'Etat, dont Donald Trump ?

Les deux incontestablement; mais la France aujourd'hui est le porte-parole du multilatéralisme, de la modération, de la rationalité. C'est une voix que beaucoup de pays aiment et veulent entendre.