Manifestations contre G. Darmanin et E. Dupond-Moretti : Emmanuel Macron "méprise les femmes victimes de violences", selon le collectif NousToutes

Pour Madeline Da Silva, membre du collectif NousToutes et maire-adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis), le président de la République n'a pas la volonté de mettre en place une véritable politique publique de lutte contre les violences faites aux femmes.

Une manifestation contre la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l\'Intérieur, place de la Madeleine à Paris, le 7 juillet 2020.
Une manifestation contre la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur, place de la Madeleine à Paris, le 7 juillet 2020. (TAY CALENDA / HANS LUCAS)

Le collectif NousToutes appelle à des rassemblements, vendredi 10 juillet, un peu partout en France pour protester contre les nominations au gouvernement de Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti. Le ministre de l’Intérieur est visé par une enquête pour viol et le ministre de la Justice avait critiqué par le passé le mouvement féministe Metoo. Madeline Da Silva, membre du collectif NousToutes, maire-adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis), chargée de l’égalité, de la culture et de l’éducation, a fortement critiqué ce vendredi sur franceinfo Emmanuel Macron qui, selon elle, "méprise les femmes victimes de violences" et "les féministes" en les nommant au gouvernement.

franceinfo : Vous mettez les deux ministres sur le même plan ?

Madeline Da Silva : Non, ce n'est pas qu'on les met sur le même plan. Emmanuel Macron avait quand même annoncé que la lutte contre les violences faites aux femmes était la grande cause du quinquennat, même si on savait déjà depuis trois ans que c'était une fumisterie. On en a non seulement la confirmation, mais on se prend une claque.

On a le sentiment qu’Emmanuel Macron crache au visage non seulement des victimes, mais également des militantes.Madeline Da Silva, membre du collectif NousToutesà franceinfo

Aujourd'hui, en nommant à la tête de l'institution qui est donc chargée de recueillir les plaintes des femmes victimes, Gérald Darmanin qui est visé par une enquête pour un crime sexuel, il leur dit donc de se taire. Quand il nomme à la tête de l'institution, qui est censée cette fois juger les violences sexuelles, Éric Dupond-Moretti qui lui-même considère que finalement Metoo c'était un peu trop et qui dit que les femmes regrettent de ne plus être sifflées dans la rue, là, le président, évidemment, nous dit que cette parole ne sera jamais prise au sérieux.

Éric Dupond-Moretti ne peut pas comprendre les spécificités des violences faites aux femmes ?

Mais non seulement, il n'est pas à même de les comprendre, mais il (le chef de l'Etat) va s'inscrire dans la culture du viol, puisqu’en nommant quelqu'un qui dit ça des victimes, il va maintenir la chape de silence et de honte qui pèse sur toutes les victimes. En fait, c'est une manière en nommant cet homme de perdurer les violences sexuelles puisque Éric Dupond-Moretti lui-même les banalise.

Est-ce la goutte qui fait déborder le vase?

Le vase a débordé depuis longtemps sur la question des violences parce qu'on sait exactement en France comment faire une vraie politique publique de lutte contre les violences. On l'a fait sur la prévention routière ou sur le tabac. On est les champions en France des politiques publiques. Emmanuel Macron n'a jamais voulu le faire.

Aujourd'hui, le président de la République envoie un message qui ne pourrait pas être plus clair, c'est qu'il méprise les femmes victimes de violences et qu'il méprise et il n'écoute pas, il n'entend pas les féministes.Madeline Da Silva, collectif NousToutesà franceinfo

Globalement, de manière générale, il dit aux femmes de se taire. Et donc, on est loin de la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Là, on est extrêmement en colère, on va nous entendre encore plus fort. Il méprise à deux niveaux les femmes et c'est extrêmement grave que les violences sexistes et sexuelles perdurent du fait de la responsabilité du chef de l'État. C'est grave également qu’il ne s'appuie pas sur les connaissances que nous avons aujourd'hui. Nous saurions mettre en place des politiques publiques de lutte contre ces violences pour qu'elles puissent s'arrêter. Ce n'est pas une fatalité.