La loi contre les "séparatismes" n'est pas la priorité dans les quartiers, pointent des maires franciliens

Trois jours avant la présentation d'un projet de loi contre les "séparatismes", des maires franciliens de villes populaires appellent plutôt à davantage de "justice sociale".

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La mairie de Mantes-la-Jolie (Yvelines), le 7 novembre 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Emmanuel Macron doit présenter vendredi 2 octobre sa stratégie contre les "séparatismes", dont l'islam radical, en vue d'un futur projet de loi. Mais des maires franciliens de villes populaires appellent plutôt à davantage de "justice sociale" et d'"autorité de l'Etat". 

Le président de la République avait annoncé le 4 septembre vouloir lutter contre toute "aventure séparatiste". Puis l'exécutif a préféré évoquer "les séparatismes", pour ne pas cibler, selon elle, "que l'islam radical".

"Séparatisme de quoi, de qui ?"

Malgré le changement de sémantique, la définition reste floue : le séparatisme, "c'est un mot qui est compris par les gens différemment. Avec mes adjoints qui sont un peu de toutes les origines, on ne met pas du tout les mêmes choses derrière", remarque Raphaël Cognet, maire (LR) de Mantes-la-Jolie (Yvelines), ville qui compte "45 nationalités" différentes.

Il peut y avoir des tensions liées à des modes de vie différents, mais ça n'a rien à voir avec du séparatisme.

Raphaël Cognet, maire (LR) de Mantes-la-Jolie

à l'Agence France Presse

"Séparatisme de quoi, de qui, revendiqué par qui ?", s'interroge de son côté Patrice Leclerc. Le maire communiste de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) estime que cette séquence est surtout un "leurre politique" destiné à "orienter le débat public sur des questions que ne se posent pas massivement les citoyens", à l'inverse de thèmes comme l'emploi ou la santé.

Les maires, en prise avec le quotidien, disent être davantage confrontés à certaines manifestations de "communautarisme", sans que cela pose d'ailleurs forcément problème. "Les pratiques religieuses, les obédiences deviennent bien plus importantes dans la façon dont les uns et les autres s'identifient", note aussi Ali Rabeh, maire (Génération.s) nouvellement élu de Trappes (Yvelines).

A Argenteuil (Val-d'Oise), le maire (LR) Georges Mothron constate qu'une "association culturelle turque a construit une mosquée sans autorisation" et une école privée musulmane hors contrat "fréquentée par environ 350 enfants", source d'un contentieux juridique.

Davantage de services publics

Face à la pauvreté et aux inégalités, ces édiles franciliens demandent davantage de services publics (policiers, enseignants) pour que "la République redevienne elle-même" et qu'elle impose aussi son "autorité" face à tout groupe jugé sectaire.

La vraie question, c'est de se demander si les populations qui vivent dans les villes ou quartiers ghettoïsés ont choisi leur sort volontairement. Ont-ils volontairement cherché à se mettre en marge ? (...) Non.

Ali Rabeh, maire (Generation.s) de Trappes

à l'Agence France-Presse

Selon eux, un nouveau texte n'est pas impératif, au regard de leurs outils actuels : la possibilité, par exemple, de "supprimer des créneaux" dans les équipements municipaux à des associations sportives détournées de leur but initial. Et surtout "le dialogue", "l'action politique qui évite la stigmatisation", insiste Patrice Leclerc.

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