Discours de Jean Castex : "Un aveu d'échec" estime la gauche, "une session de rattrapage" dénonce la droite

Le Premier ministre Jean Castex a dévoilé, mercredi après-midi devant les députés, la feuille de route de son gouvernement.

Le Premier ministre Jean Castex dans l\'hémicycle de l\'Assemblée nationale, lors de son discours de politique générale le 15 juillet 2020
Le Premier ministre Jean Castex dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, lors de son discours de politique générale le 15 juillet 2020 (MARTIN BUREAU / AFP)

Face aux députés, Jean Castex a prononcé mercredi 15 juillet sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Le Premier ministre a dévoilé ses mesures afin de "ressouder" la France ébranlée par la crise du coronavirus, en érigeant la "lutte contre le chômage" en priorité "absolue" de la fin du quinquennat et en insistant sur le rôle des territoires. 

"Imprécision totale"

"C'est un aveu d'échec", a estimé sur franceinfo le député de Seine-et-Marne Olivier Faure, premier secrétaire du PS, après la déclaration de politique générale du Premier ministre Jean Castex devant les députés. "C'était un discours qui se tenait, qui avait le mérite d'une forme de clarté", souligne Olivier Faure.

Il a expliqué pendant une heure que tout ce que le gouvernement n'a pas fait pendant trois ans, ils vont le faire en 600 jours. Je reconnais là une forme de lucidité.Olivier Faure, premier secrétaire du PSà franceinfo


Mais le député de Seine-et-Marne a surtout senti un discours d'une "imprécision totale". "On a parlé de tout et surtout de rien", juge Olivier Faure. "Jean Castex avait une feuille devant lui avec tous les mots qu'il devait employer dans son discours. Il a coché toutes les cases. Mais les mesures concrètes, on les voit mal."

André Chassaigne, député communiste, a lui "le sentiment qu'on a aujourd'hui un Parlement qui est humilié et qui ne sert pas à grand-chose". L'élu PCF du Puy-de-Dôme estime que Jean Castex "ne touche pas au système. (...) Aujourd'hui, chichement, c'est le simple prolongement de la politique conduite depuis plusieurs années, c'est d'une pauvreté ahurissante".

"Une France des régions, ce n'est pas une France républicaine"

Invité à réagir sur franceinfo, Alexis Corbière, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis a notamment critiqué "la France des territoires" vantée par Jean Castex. Ce dernier ayant indiqué qu'une loi organique allait instituer "un droit à la différenciation" de ces territoires. "Une France des régions, ce n'est pas une France républicaine", a rétorqué Alexis Corbière qui se dit "en désaccord total" avec le Premier ministre.

Selon lui, ce "droit à la différenciation, annonce une France des régions, en vérité conforme au projet de l'Union européenne". Le député de Seine-Saint-Denis veut "que ce soit la nation qui soit à l'appui de l'ensemble du territoire. Est-ce qu'on est tous pour qu'il y ait la même législation sociale sur le territoire, la même fiscalité sur le territoire?" 

Matthieu Orphelin n'a entendu "que des mots"

Lors de son discours de politique générale devant les députés, le Premier ministre Jean Castex a affirmé croire "en la croissance écologique" mais "pas à la décroissance verte". "C'est une formule qui cherche à cliver, alors que l'écologie, ce n'est pas d'opposer", a fustigé sur franceinfo Matthieu Orphelin, président du groupe Ecologie Démocratie Solidarité à l’Assemblée nationale, et député de Maine-et-Loire. "Au contraire, l'écologie, ça rassemble. Et donc moi, je suis mal à l'aise quand les gens opposent une croissance écologique d'un côté et une décroissance verte de l'autre."

Plus globalement sur le volet écologique, Matthieu Orphelin n'a entendu "que des mots". Mais il veut "du concret". "Comment on aide les collectivités, les communes, les conseils départementaux, les conseils régionaux ? Combien on va mettre en plus sur la rénovation énergétique des bâtiments publics ? Comment et de combien ? On va aider en plus les ménages pour faire face à la précarité énergétique, notamment pour les propriétaires qui ont le moins de moyens ?" Matthieu Orphelin le martèle : "On a besoin d'actes forts. Il reste moins de 600 jours, le Premier ministre l'a dit. Il faut des engagements."

"Confiance rompue" à droite

À droite, le patron des députés LR Damien Abad a déploré à la tribune de l'Assemblée une "confiance rompue" avec l'exécutif "par trois ans de bilan décevant", mettant en doute la capacité du gouvernement du Premier ministre Jean Castex à "redresser" le pays.

Damien Abad, qui a annoncé que son groupe ne voterait pas la confiance au gouvernement, a mis en cause "les incohérences et les inconsistances d'une politique du 'en même temps' et "les nombreux doutes que nous avons quant à la capacité de votre gouvernement à redresser notre pays".

Revenant sur l'interview du chef de l'Etat la veille, Damien Abad a critiqué un "désolant exercice de contrition", fustigeant en particulier le silence d'Emmanuel Macron sur "l'autorité de l'Etat" et estimant que sur ce plan "la maison France brûle et le chef de l'Etat regarde ailleurs".

On a bien compris que c'était un peu la session de rattrapage aujourd'hui (...) mais vous arrivez au chevet d'une France groggy, sonnée et profondément fracturéeDamien Abad, chef de file des députés LRà la tribune de l'Assemblée nationale

"On voit un Jean Castex qui a une mission, tenir la maison pendant deux ans à n’importe quel prix, un peu comme l’idée de faire du rodéo", a estimé sur franceinfo Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national et député du Nord. 
Selon lui, le Premier ministre reprend "des points du programme de Marine Le Pen, des points du programme écologique, le tout étant de tenir le plus longtemps possible quel que soit le résultat".

Sur Twitter, Nicolas Dupont-Aignan, député et président de Debout la France écrit que "Le Premier ministre a enfoncé des portes ouvertes." 

La majorité met en garde le gouvernement

Du côté de la majorité, Gilles Le Gendre, le président du groupe LREM, a mis en garde Jean Castex à la tribune de l'Assemblée. Tout au long de son intervention, le député de Paris a insisté sur l'ampleur de la tâche du successeur d’Edouard Philippe : "Le temps calme ne sera pas au rendez-vous du mandat que vous a confié le chef de l’État pour réussir la reconstruction économique, écologique, sociale, culturelle et républicaine de notre pays et renforcer sa souveraineté", a-t-il prévenu.

Le chef de file des députés En Marche a également encouragé le nouveau gouvernement à se saisir du projet de réforme des retraites, laissé de côté depuis le début de la pandémie : "Nous sommes prêts à reprendre le cours de cette réforme", a-t-il lancé à l’exécutif.