Cabinet McKinsey : le président de la commission d'enquête du Sénat dénonce "une opération de minimisation permanente" du gouvernement

Le Sénat demande plus de transparence c'est-à-dire que les bons de commande aux cabinets extérieurs soient publics comme les paiements. 

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Radio France
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Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation de la fonction publique, lors du point presse relatif au recours aux cabinets de conseil, le 30 mars 2022. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"C’est un phénomène tentaculaire qui donne le vertige", a estimé jeudi 31 mars sur franceinfo Arnaud Bazin, sénateur Les Républicains du Val d’Oise et président de la commission d'enquête du Sénat sur les cabinets extérieurs. Selon cette commission, le gouvernement a dépensé près d’un milliard d’euros en 2021 pour s'offrir les services de cabinets de conseil privés, qui l'ont aidé, notamment dans la gestion de l'épidémie. Le cabinet McKinsey est particulièrement pointé du doigt, accusé par la commission de ne pas payer d’impôts en France. Lors d’une conférence de presse mercredi, la ministre de la Transformation de la fonction publique, Amélie de Montchalin, accompagnée d’Olivier Dussopt, le ministre des Comptes publics, a tenté de justifier ces dépenses et a dénoncé "les attaques de plus en plus fortes et de plus en plus grossières". Une opération déminage à quelques jours du premier tour de la présidentielle. "C’est une opération de minimisation permanente. Le gouvernement n'a toujours pas compris que le phénomène interroge toute la société", affirme Arnaud Bazin.

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franceinfo : Est-ce que le gouvernement vous a rassuré ?

Arnaud Bazin : J’ai été très étonné par une telle opération de déminage assez contradictoire, d'ailleurs. On envoie deux ministres. On fait ça dans l'urgence. Et dans le même temps, on accepte la plus grande partie des propositions du Sénat, en disant "le Sénat a raison, on va le faire". Et puis, quand on entend les questions des journalistes, c'est une opération de minimisation permanente. Le gouvernement n'a toujours pas compris que le phénomène interroge toute la société. C'est un phénomène tentaculaire qui donne le vertige.

Le gouvernement dit que les procédures d’appel d’offres ont été respectées à la lettre, qu'elles sont transparentes. Vous êtes d’accord ?

Ces procédures d'appel d'offres ne sont pas transparentes. Nous avons eu communication des bons de commande dans le cadre de ces marchés et nous avons eu communication des livrables dans une certaine mesure. Mais c'est uniquement dû au fait que nous avons des pouvoirs particuliers en tant que commission d'enquête. Le public n'a pas accès à tout cela. Pourquoi ? Parce que ces marchés sont passés dans ce qu'on appelle des accords-cadres qui consistent à valider des prestataires. Et une fois que les prestataires sont validés, il n'y a plus rien de public, c'est-à-dire que les bons de commande ne sont pas publics, les paiements qui sont faits par la suite non plus. Ces procédures ne sont pas transparentes. C'est ce que nous avons dit dans le rapport et nous souhaitons qu’il y ait une publicité de ces bons de commande.

"Ces procédures ne sont pas illégales. Elles ne sont pas transparentes. C'est différent."

Arnaud Bazin, sénateur LR et président de la commission d'enquête du Sénat

à franceinfo

Dans votre rapport, vous affirmez que le cabinet McKinsey n'a pas versé d'impôt sur les sociétés depuis dix ans, ce qu'il dément aujourd'hui. Qui a raison ?

Ce qui est dit n'est pas démenti. Nous, nous sommes allés dans les services fiscaux et pour nous faire confirmer ce que nous avions par écrit de leur part, à savoir que McKinsey Company et McKinsley SAS, les deux sociétés principales, en tout cas, les deux repérées par Bercy sur notre demande, n'ont pas payé un euro d'impôt pendant les dix années passées. C’est un fait établi. Alors maintenant, on nous évoque une autre société dont on ne connaît même pas le chiffre d'affaires ni les bénéfices, qui aurait payé un peu d'impôt sur les sociétés ? C'est vraiment se ficher du monde. On a posé une question et on a une réponse claire des services fiscaux. Il n'y a pas de démenti sur McKinsey Company et McKinsey SAS de la part de McKinsey, donc les faits sont établis.

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