Mort de Jacques Chirac : "Il se laissait guider par l'intelligence du cœur", témoigne son ami Patrick Sébastien

Après la mort de Jacques Chirac à l'âge de 86 ans, l'animateur de télévision et ami de l'ancien président a réagi sur franceinfo. "L'humain c'est le mot que j'entends le plus quand les gens parlent de Chirac", a-t-il réagi.

Jacques Chirac, accompagné de Bernadette, discute avec Patrick Sébastien à Tulle, en Corrèze, en 1997.
Jacques Chirac, accompagné de Bernadette, discute avec Patrick Sébastien à Tulle, en Corrèze, en 1997. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"Je voudrais qu'il laisse cet héritage d'humanisme", a indiqué vendredi 27 septembre sur franceinfo, Patrick Sébastien. L'animateur de télévision, corrézien de naissance, a tenu à rendre hommage à son ami Jacques Chirac. "L'humain c'est le mot que j'entends le plus quand les gens parlent de Chirac", a-t-il précisé.

"Ce n'est pas être un vieux con que de croire encore à la bienveillance et à l'humain. Chirac est le symbole de cette humanité, de cette bienveillance envers les autres", estime Patrick Sébastien. "Jacques Chirac a été jugé tout de suite comme le grand con sympathique. A la sortie, il a été président plus que les autres", ajoute-t-il. "C'est un ami. Je le connais depuis mon adolescence, même si je n'étais pas un intime, mais on a partagé beaucoup de choses (…) j'ai une grosse tendresse pour lui et je voudrais qu'il laisse cet héritage d'humanisme."


Franceinfo : l'hommage populaire rendu à Jacques Chirac, ça vous touche ?

Patrick Sébastien : Bien sûr que ça me touche, même si je n'aime pas trop les hommages. D'abord c'est un ami. J'étais le premier à l'imiter. Je le connais depuis mon adolescence. Ma mère était militante gaulliste, il était maire de Meymac [Corrèze]. C'était un bel homme, ma mère était amoureuse de lui. J'ai appris à aimer ce que la Corrèze fait de certaines personnes. La Corrèze c'est un pays dur, c'est un pays difficile. À Tulle, il y a eu les pendus de Tulle à la fin de la guerre. Tout ça a fait, avec le côté paysan, qu'il y a une âme chez ces gens-là. Et ce qu'il a hérité Jacques, c'est l'humain et c'est le mot que j'entends le plus quand les gens parlent de Chirac.

Il avait un lien particulier avec les Français, avec les gens ?

Il y a un lien particulier, on est de la même race, c'est pour ça qu'on a été amis. On aime les gens. On va s'apercevoir avec la mort de Jacques qu'il y a un mouvement de sympathie incroyable de toute une France qu'on n'entend pas et qui est de cette race. Ce sont des gens qui sont bienveillants, qui sont humains. Là on les entend un peu plus parce qu'il était leur représentant. Il représente des valeurs, l'amitié. Je n'étais pas un intime, mais on a partagé beaucoup de choses. J'ai organisé ces 5 derniers anniversaires à l'Elysée en lui amenant les numéros du "Plus Grand Cabaret du monde". Il y avait un calcul de sa part, il avait donné l'image... le côté, bière à la main, sourire, chansons de salle de garde. Et en même temps, il avait une culture fabuleuse sur les arts premiers. Mon père était maquignon. En Corrèze, il y a une règle dans les marchés, c'est que celui qui prend l'autre pour un con, il a perdu. Jacques Chirac a été jugé tout de suite comme le grand con sympathique. Ce qui est mon cas. À la sortie, il a été président plus que les autres.

Vous avez souligné qu'il avait été là dans les moments les plus difficiles de votre vie ?

Je sais qu'il a fait plein de choses en tout anonymat pour des gens malades, pour des gens handicapés. Mon fils s'est tué dans un accident de voiture. J'ai reçu plein de messages de soutien et le premier mot qu'il m'a dit en m'appelant 'tu ne vas quand même pas te plaindre', je luis dis pardon ? Il m'a dit 'Patrick, tu es malheureux, mais imagine si ton fils avait été dans un fauteuil pendant toute sa vie'. Il faut avoir un courage formidable pour oser dire ça. C'est un exemple extrême, mais c'était exactement les mots qu'il fallait me dire. Je pense qu'il a eu pour chacun de ses amis les mots qu'il fallait, parce qu'il se laissait guider par l'intelligence du cœur.

On vous a souvent posé des questions sur le fait qu'il a trahi beaucoup de monde en politique ?

Je pense que c'est lui-même qu'il a trahi le plus. Dans le fond c'est un humaniste, c'est un bon mec, mais pour arriver où il est arrivé, il a été obligé d'écraser un paquet (…) c'est une ambivalence aussi bien entre l'apparence et la culture, qu'entre le bon cœur, la générosité et le côté impitoyable qu'il a été obligé d'avoir. Ce n'est pas être un vieux con que de croire encore à la bienveillance et à l'humain. Chirac est le symbole de cette humanité, de cette bienveillance envers les autres. À mon avis si on ne veut pas aller dans le mur, il faudra qu'on passe par ça. Les excès qu'il a eus, la triche, le mensonge - de toute façon ce sont tous des menteurs - à un moment, c'est normal que ce soit le meilleur menteur qui soit président.

Ça c'est pour plaisanter ! Il avait des défauts, des roueries, des fourberies, ça fait partie d'un homme. On a tous des défauts. Il correspondait vraiment aux Français. J'ai une grosse tendresse pour lui et je voudrais qu'il laisse cet héritage d'humanisme.