Cet article date de plus de neuf ans.

Intellectuels et salariés se mobilisent contre la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers

L'opposition à la circulaire du ministre de l'Intérieur sur les étudiants étrangers prend de l'ampleur. Après la pétition lancée par la confédération étudiante en octobre, les salariés d'Altran et une centaine de personnalités ont lancé la leur.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Claude Guéant participe à une émission sur Radio France, le 20 novembre 2011 (AFP - FRED DUFOUR)

L'opposition à la circulaire du ministre de l'Intérieur sur les étudiants étrangers prend de l'ampleur. Après la pétition lancée par la confédération étudiante en octobre, les salariés d'Altran et une centaine de personnalités ont lancé la leur.

La liste est éloquente. Outre le prix Nobel de physique Albert Fert, on retrouve nombre d'intellectuels parmi les plus de 15 000 signataires (jeudi 22 décembre, en fin de journée) de l'appel intitulé "L'université est universelle : notre matière grise est de toutes les couleurs !".

On y trouve notamment Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, Frédérique Bredin, présidente de société de production audiovisuelle, Bernard Faivre d'Arcier, ancien président du festival d'Avignon, René Frydman, professeur de médecine, Yves Jeuland, réalisateur, Jean-Christophe Rufin, écrivain, ou bien encore Daniel Soulez-Lariviere, avocat.

Objectif de leur initiative : le retrait de la circulaire du ministre Claude Guéant du 31 mai 2011 qui empêche, selon eux, les diplômés étrangers de rester travailler en France et qu'ils jugent "moralement méprisable, économiquement suicidaire".

Ils ne sont pas les seuls. Plusieurs chefs d'entreprises et salariés ont fait part de leur farouche opposition.

Les employés d'Altran se mobilisent

Chez Altran, spécialiste du conseil en hautes technologies, 200 salariés ont signé une pétition pour le réexamen de dossiers d'étudiants étrangers recrutés par le cabinet, mais qui n'ont pas eu d'autorisation de travail.

Dans un texte publié début décembre 2011, l'Intersyndicale FO, CFE-CGC, CGT, CFDT de cette société évoque le cas d'un jeune ingénieur diplômé de l'ENSBRB-MATMECA (Ecole Nationale Supérieure d'Electronique, Informatique, Télécommunications, Mathématiques et Mécanique) de nationalité camerounaise.

Embauché en mai en qualité d'ingénieur d'études, ce jeune homme a ensuite répondu à une offre d'emploi chez Altran Technologies et il a été retenu. Il a donc fait une demande pour passer du statut étudiant à celui de salarié, à la préfecture qui, à son tour, a adressé le dossier à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE).

Mais n'ayant jamais eu de réponse, Altran a été amené à le licencier, une application directe de la circulaire du 31 mai, indique l'intersyndicale pour qui, "comble de l'absurdité, ce salarié, qui travaillait pour Altran et cotisait, est désormais devenu chômeur et il n'a pas été remplacé dans son poste".

Le gouvernement fait bloc

La circulaire de Claude Guéant, qui vise à restreindre la possibilité pour des diplômés étrangers d'obtenir un statut de salarié, a reçu un soutien, circonstancié, de François Fillon.

Mi-novembre, le premier ministre a indiqué que "cette circulaire ne traduit en rien une volonté de fermeture" et qu'elle conjugue "trois objectifs de rayonnement, de compétitivité de nos entreprises et de maîtrise de l'immigration".

Mais dans un courrier adressé au président de l'Association française des entreprises privées ainsi qu'à ceux des Conférences des directeurs des ecoles françaises d'ingénieurs, des présidents d'université et des grandes école, le chef du gouvernement indiquait que "certains cas ont été réexaminés" et qu'une "attention particulière sera portée par les services compétents de l'Etat au délai de traitement des dossiers qui seront déposés par les étudiants étrangers diplômés, ainsi qu'à la prise en compte de trois objectifs".

Dans la même veine, le ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, a expliqué, quelques jours plus tard, que l'application de cette circulaire n'a pas été "conforme" à la volonté du gouvernement et que c'était son interprétation par certains préfets avait posé problème.

"Je pense qu'on a tiré les leçons de ce qui n'avait pas fonctionné". "On a eu des difficultés d'application, on les a corrigées.", avait ajouté M. Wauquiez.

Le reportage de Jihane Benzina et Pascal Caron de France 2

Voir la video

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.