Gens du voyage : les députés ont voté la suppression du livret de circulation

Les députés ont voté dans la nuit de mardi à mercredi la suppression du livret de circulation, un document obligatoire depuis une loi de 1969 pour les gens du voyage, et considéré comme discriminatoire par les associations. Le texte devrait également mettre fin l'obligation d'être inscrit dans une commune de rattachement pour pouvoir voter.

(Le carnet, devenu livret de circulation, est un document obligatoire pour toute la communauté des gens du voyage depuis 1969 © Benjamin Illy/France Info)

Ils sont Français, et pourtant ils n'ont pas de carte d'identité pour la plupart. Ce sont les gens du voyage, une commmunauté de 350 000 personnes, qui devraient bientôt vivre la fin d'une discrimination datant de 1969 : il s'agit du "livret de circulation".

Dans la nuit de mardi à mercredi les députés français ont supprimé le livret de circulation imposé à la communauté des gens du voyage en France. Une proposition de loi socialiste que tous les groupes de gauche ont voté. La droite, qui redoute pour les communes l'obligation de construire de nombreuses aires d'accueil, a en revanche unanimement voté contre. 

A Colombes, des citoyens comme les autres

Sur l'aire d'accueil pour gens du voyage de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, des enfants jouent, un jeune s'essaie au jazz manouche. La vie s'organise tranquillement autour des 26 caravanes du site, où environ 200 personnes passent une grande partie de l'année. Beaucoup décrivent un quotidien banal, l'école, le travail, le quotidien de nombreux citoyens français en somme. Pourtant, il y a ce petit livret vert qui remet en cause le principe d'égalité républicaine.

"Il faut que ça change"

Depuis qu'elle a 16 ans, Carmen, qui est née et a toujours vécu en France, a toujours dû garder à portée de main, d'abord un carnet de circulation, qu'elle devait faire tamponner tous les trois mois, obligée de pointer au commissariat ou à la gendarmerie. Carnet supprimé par décision du Conseil Constitutionnel en 2012. Reste toutefois le livret de circulation. "On le fait tamponner tous les ans" . Si elle ne le fait pas, "on nous fout un PV ", dit-elle. "Il faut que ça change" .

"Il faut que ça change", Carmen, 80 ans, née en France, à propos du livret de circulation
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Des difficultés administratives

"C'est comme si on était suivis par la police constamment ! Ils m'avaient demandé 5.000 francs à l'époque parce que je n'avais pas mon carnet de circulation sur moi" . Autre problème : sans ce livret, les gens du voyage ne peuvent pas voter. Un regret pour Robin : "Il faut une pièce d'identité pour voter (...) On est Français, on a notre mot à dire sur la France."

Pour Robin comme pour toute sa communauté à Colombes, la suippression du livret serait vécu comme la fin d'une discrimination, le sentiment de ne plus être des Français à part, mais des Français à part entière.

"La marque de l'humiliation"

Pour le cinéaste et compositeur Tony Gatlif, qui a consacré sa carrière à toutes les communautés de gens du voyages, ce carnet, devenu livret, "est un enfermement. C'est inadmissible de le garder. ;C'est une façon de traquer les familles. C'est la marque de l'humiliation. Si la suppression du livret de circulation a lieu ce sera vraiment comme une libération pour les manouches et les gitans."

Et pour mettre fin à cette discrimination, la majorité de gauche à l'Assemblée envisage donc de supprimer ce livret de circulation, mais veut aussi renforcer l'obligation faite aux communes de plus de 5000 habitants de construire des aires d’accueil pour les gens du voyage. 40 000 places devaient être mises à disposition selon la loi Besson de 2000, 15 ans après seulement 30 000 ont vu le jour.