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Sénatoriales : le FN a séduit au-delà de ses grands électeurs

Le Front national n'a pas seulement gagné deux sièges au Sénat, dimanche. Le parti d'extrême droite a réuni 3 929 suffrages de la part des grands électeurs, alors qu'il ne disposait que d'environ 1 500 voix acquises. Analyse.

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Marine Le Pen, présidente du Front national, le 7 septembre 2014 à Fréjus (Var). (VALERY HACHE / AFP)

"Si nous n'avions compté que sur nos propres forces, nous n'aurions jamais pu obtenir des élus." Marine Le Pen ne s'y trompe pas, l'élection de deux sénateurs du Front national au Sénat n'allait pas de soi, dimanche 28 septembre. Sur le papier, les grands électeurs (seuls appelés à voter lors de ce scrutin) du FN n'étaient pas assez nombreux pour, à eux seuls, faire élire un membre du parti. Il a donc fallu que le parti d'extrème droite récolte des voix ailleurs pour s'imposer dans le Var et les Bouches-du-Rhône. Mais où ?

Le vote étant secret, il est impossible de savoir quels grands électeurs - qu'ils soient de droite, de gauche ou non-inscrits - ont porté leur choix sur le parti d'extrême-droite. En revanche, certaines données permettent d'observer dans quels départements le FN a réussi à élargir son domaine d'influence. Francetv info a mené l'enquête.

Un apport important des maires sans étiquette 

Quand nous avions rencontré David Rachline en campagne dans le Var, à la mi-septembre, le maire FN de Fréjus nous avait expliqué qu'il ciblait les communes rurales gérées par des édiles et des conseillers municipaux sans étiquette. Une stratégie qui semble avoir payé, puisqu'il a récolté 401 voix, alors que le FN ne comptait que 215 grands électeurs dans le Var. Pour Raphaël Liogier, professeur à l'IEP d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) cité par Libération.fr (article payant), mardi 30 septembre, "les voix captées par le FN proviennent en grande partie d'élus proches ou membres de l'UMP, pour lesquels le seuil de réticence vis-à-vis du FN a été franchi."

Dans certains départements qui comptaient très peu de grands électeurs étiquetés FN, le parti d'extrême droite a parfois réussi des scores surprenants. Par exemple, dans les Ardennes, le FN obtient 71 voix (7,6% des suffrages au premier tour) alors qu'il ne disposait que de 4 grands électeurs ; en Ille-et-Vilaine, 81 voix (3,3%) pour 2 grands électeurs ; dans le Calvados, 90 voix (4,5%) pour 2 ou encore l'Aisne avec 167 voix (9,85%) pour 37. Cela ne signifie pas que tous les départements ruraux ont été séduits par le Front national : le parti recueille seulement 0,8% des suffrages en Corrèze, 1,6% dans le Cher, 1,2% dans l'Aveyron ou 1,4% dans les Hautes-Alpes, pour ne citer qu'eux. 

Le Sud-Est, plus gros contingent frontiste

Le fait que les deux sénateurs FN soient des élus du sud-est de la France n'est pas un hasard. C'est ici que le parti fait ses plus gros scores : 19% dans le Var, 12,4% dans les Bouches-du-Rhône, 10,4% dans le Vaucluse. Si l'on combine les voix recueillies au premier tour dans ces trois départements ainsi que dans l'Hérault, le Gard et les Alpes-Maritimes, le Front national y comptabilise 1 405 voix, soit plus du tiers de son score au niveau national (3 929 voix exactement, selon les chiffres fournis par le FN).

Les résultats du Front national dans le Sud-Est de la France, lors des élections sénatoriales du 28 septembre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

Moins de 5% dans deux tiers des départements

Malgré la progression indéniable du Front national aux sénatoriales, celle-ci reste limitée dans la plupart des territoires. Sur 59 départements métropolitains, le parti de Marine Le Pen dépasse les 9% dans seulement 5 départements (Aisne, Gard, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var). Et 42 départements n'ont pas voté à plus de 5% pour un élu frontiste (29 à moins de 3%). Preuve que le mode d'élection des sénateurs (scrutin indirect, majoritaire ou à la proportionnelle) résiste encore au parti d'extrême droite, contrairement à d'autres types d'élections. Lors des européennes de 2014, les listes du Front national avaient séduit 24,85% des électeurs

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