Photos du groupe Etat islamique publiées sur Twitter : une amende de 5 000 euros requise contre Marine Le Pen et Gilbert Collard

Avant d'entrer dans la salle d'audience, Marine Le Pen a dénoncé auprès de la presse un "procès politique" contre son mouvement. Elle a aussi assuré qu'elle "republierait" ces images, si c'était à refaire.

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La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, le 10 février 2021 à Nanterre (Hauts-de-Seine). (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Ils étaient tous les deux jugés pour avoir diffusé des photos d'exactions de l'Etat islamique sur les réseaux sociaux en décembre 2015. Contre Marine Le Pen et Gilbert Collard, le parquet de Nanterre a requis, mercredi 10 février, 5 000 euros d'amende. A la barre, la présidente du Rassemblement national (ex-Front national) a brandi sa "liberté d'expression et d'information" tandis que l'eurodéputé RN a notamment affirmé être "un ennemi de Daech".

Ces responsables politiques comparaissaient pour "diffusion de messages violents" ou portant "gravement atteinte à la dignité humaine, susceptibles d'être vus par un mineur", une infraction passible de trois ans de prison et 75 000 euros d'amende. En cause : des tweets publiés quelques semaines à peine après les attentats revendiqués par l'Etat isIamique à Paris et en Seine-Saint-Denis.

"C'est la réalité de la barbarie"

Marine Le Pen avait relayé trois photos d'exactions du groupe jihadiste, qui montraient un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et le corps décapité du journaliste américain James Foley, la tête posée sur le dos. Elle avait ajouté les mots : "Daech, c'est ça !" en réponse à Jean-Jacques Bourdin. Le journaliste "a fait une comparaison entre le RN et Daech en disant qu'il y a une 'communauté d'esprit' entre le RN et Daech", a déclaré à la barre Marine Le Pen. "J'ai donc rappelé directement sur Twitter M. Bourdin à la raison par deux tweets", a-t-elle raconté.

De son côté, Gilbert Collard, alors député du Gard, avait relayé le même jour sur ses comptes Facebook et Twitter la photo d'un homme gisant au sol, le crâne défoncé, avec ce commentaire : "Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des bobos !" Des photographies "non floutées" et "toutes issues de la propagande de l'Etat islamique", a souligné la présidente de la chambre. "C'est la réalité de la barbarie, on peut faire la politique de l'autruche, mais ces images avec leur violence nous mettaient en face de la réalité du crime et rappelait la stupidité de la comparaison faite" par Jean-Jacques Bourdin, a plaidé David Dassa-Le Deist, autre conseil de Marine Le Pen.

Des photos au "caractère prosélyte"

"Estimez-vous que ces photos portent atteinte à la dignité humaine ?", a également demandé la présidente aux deux prévenus. "Non", a répondu Gilbert Collard. "Si un abruti nie la Shoah, je suis parfaitement capable de lui sortir des photos de camps de concentration". "C'est le crime qui porte atteinte à la dignité humaine, ce n'est pas sa reproduction photographique", a abondé Marine Le Pen, se défendant à la barre comme dans une arène politique, s'adressant à la présidente mais aussi aux journalistes.

"Aviez-vous conscience qu'un public mineur était susceptible de voir ?" les tweets, a alors repris la présidente. "Je n'ai véritablement pas pensé à ça. J'ai pensé à la liberté qui est la mienne d'expression et d'information", a répondu Marine Le Pen. "Et vous n'aviez pas peur que ces photos aient un caractère prosélyte, incitatif ?", a renchéri la présidente. "Pour moi, ces photos sont épouvantablement choquantes et par conséquent elles provoquent le dégoût, le rejet, et pas l'adhésion", s'est-elle encore défendue.

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