Trois économistes proches d'Emmanuel Macron estiment que la politique du gouvernement est "déséquilibrée à droite"

Dans une note confidentielle consultée par "Le Monde", Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry appellent à un rééquilibrage social.

Emmanuel Macron à l\'Elysée, le 17 avril 2018.
Emmanuel Macron à l'Elysée, le 17 avril 2018. (MAXPPP)

"Un pouvoir indifférent à la question sociale." Dans une note confidentielle adressée à l'Elysée le 4 juin et dont Le Monde a obtenu une copie, trois économistes proches d'Emmanuel Macron estiment que la politique menée par le gouvernement d'Edouard Philippe est "déséquilibrée".

"Le thème de la lutte contre les inégalités d’accès, qui était constitutif de l’identité politique du candidat, est occulté", déplorent Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry, tous trois inspirateurs du programme présidentiel d'Emmanuel Macron. "Beaucoup des soutiens du candidat expriment la crainte d’un recentrage à droite motivé par la tentation d’occuper le terrain politique laissé en friche par un parti Les Républicains en crise."

Des ministres "étiquetés à droite"

Les économistes estiment que des "mesures importantes" ont été mises en œuvre comme le dédoublement des classes de CP dans les quartiers défavorisés, mais que d'autres mesures comme la réforme de l'assurance-chômage ne sont pas à la hauteur des "ambitions initiales". Sur la forme, les économistes déplorent aussi que ces réformes soient incarnées par des ministres "étiquetés à droite". "Le message social peine à trouver une voix forte à l’intérieur du gouvernement", écrivent-ils.

Pour minimiser l'image de "président des riches" accolée à Emmanuel Macron, les économistes proposent entre autres "une taxation plus lourde des très grosses successions".

Selon Le Monde, cette note de trois pages a été rédigée à la demande d'Emmanuel Macron après que Philippe Aghion a déclaré qu'il craignait que le macronisme se transforme en "néo-giscardisme" dans une interview à Alternatives économiques fin mai. Le président aurait alors demandé aux trois hommes de lui proposer des solutions. Contactée par le quotidien, l'Elysée confirme avoir reçu la note mais précise qu'elle ne "présage en rien la politique du gouvernement".