Retraites : le nouveau discours de la méthode Macron

Alors qu'un mouvement de grève reconductible se profile à la RATP à partir du 5 décembre, Emmanuel Macron a affirmé sur RTL qu'il n'aura "ni faiblesse, ni complaisance". Toutefois, exit les mots qui fâchent.

Emmanuel Macron, le 18 octobre 2019.
Emmanuel Macron, le 18 octobre 2019. (OLIVIER MATTHYS / POOL / AP POOL)

Quasiment à mi-mandat et alors qu'un nouveau bras-de-fer se profile sur les retraites avec la RATP le 5 décembre prochain, Emmanuel Macron affirme au micro de RTL, lundi 28 octobre, qu'il a appris... mais qu'il ne reculera pas.  

Fermeté affichée face à la grève annoncée    

Les discussions sont toujours en cours et tout sera fait "pour éviter cette grève", confiait récemment un ministre en première ligne sur le dossier. Pour autant, pas question de se laisser impressionner par le spectre d'une capitale et de sa région  paralysées. "Je veux aller au bout de cette réforme. Je pense qu'elle est nécessaire pour le pays donc je la défendrai. Peut-être ça me rendra impopulaire. Je ferai tout pour qu'il n'y ait pas ces blocages. Je ferai tout pour qu'on soit en soutien de nos compatriotes qui seraient bloqués mais je n'aurai aucune forme de faiblesse, de complaisance."  

Opposition à la réforme : "Je comprends"  

Pour "l'acte II" du quinquennat, Emmanuel Macron avait promis un changement de méthode et de ton. Résultat : "Je comprends tout à fait que quelqu'un à EDF, à la RATP ou à la SNCF, qui a 48 ou 50 ans, proteste. Il est rentré avec un pacte avec la Nation. On lui a dit : 'Vous allez travailler dans cette entreprise, voilà vos droits.' Sans doute ne faut-il pas tout bousculer pour lui. Nos policiers, nos gendarmes, nos militaires, nos infirmières aussi sont rentrés avec un pacte. Il faut donner du temps à la transition. Ce qu'il faut gérer c'est l'angoisse des gens qui veulent comprendre où ils vont sachant qu'ils ont parfois 15 ans, 20 ans, 25 ans de carrière."  

Concession sur le fond 

Pour la première fois, Emmanuel Macron évoque lui-même l'un des scénarios qui figurent dans les documents de travail soumis aux partenaires sociaux, celui d'une réforme  qui ne concernerait que les nouveaux embauchés, au lieu des salariés nés après 1963. Quand cette piste avait été dévoilée par la presse, le gouvernement s'était farouchement défendu de lâcher du lest. Cette fois, c'est pourtant bien le président en personne qui fait bouger le curseur. Une concession qu'il tente cependant de conjuguer avec une fermeté affichée à l'égard des futurs manifestants : "Je ne fais pas une réforme qui nie ce que sont les droits acquis d'individus. Mais je leur dis en conscience, vous ne pouvez pas sincèrement et raisonnablement me dire 'on va embaucher avec les mêmes règles'. Ce n'est pas possible, ce n'est pas raisonnable."  

Terminés les mots qui fâchent 

Emmanuel Macron parle de "gérer l'angoisse" et joue sur l'empathie. Une nouvelle méthode dans le discours. Exit en effet les petites phrases sur "ceux qui foutent le bordel" ou sur les "Gaulois réfractaires au changement". L'acte II du quinquennat c'est d'abord un effort de changement de style. Un "J'ai changé" rappellerait sans doute un peu trop un certain Nicolas Sarkozy avec qui le chef de l'État est parfois comparé. Donc Emmanuel Macron lui n'a pas changé, il a appris : "J'ai appris qu'à vouloir faire bouger les choses avec impatience, énergie, j'avais parfois blessé des gens ou donner le sentiment que je voulais changer le pays contre les Français eux-mêmes. C'est l'inverse de ce que je veux faire. Et donc j'ai compris, pris sur moi. Ce que je veux faire maintenant, ce n'est absolument pas d'arrêter les transformations, la vision que je porte, mais de la faire beaucoup plus partager, d'expliquer à nos concitoyens pourquoi on en a besoin, en prenant le temps, en les écoutant davantage, d'être aussi plus respectueux de la part qu'ils ont aussi dans ce changement."    

On n'est pas complétement sorti des fameuses "leçons de pédagogie", qui ont véritablement irrité sur les ronds-points l'hiver dernier. Mais on promet plus de respect. La concession serait considérable mais loin d'être confirmée, associée à une promesse de  considération. C'est la recette d'Emmanuel Macron pour essayer d'éviter un mouvement dur en décembre. Il y aura des manifestations, anticipe quand même le président de la République mais les moins fournies et les moins populaires possibles, espère-t-on au palais.