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Interview d'Emmanuel Macron : Il "va tout faire pour que ne s'installe pas cette image d'un président" favorisant "trop les riches"

Selon le politologue Bruno Cautrès, la première interview d'Emmanuel Macron , dimanche, est une "forme d'obligation. Il voit bien que sa popularité a été fragilisée depuis son élection, qu'un certain nombre d'incompréhensions commencent à s'installer."

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Radio France
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Le politologue Bruno Cautrès, le 28 novembre 2016 (FRANCEINFO)

Emmanuel Macron a donné un entretien à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel où il a expliqué qu'il n'était pas arrogant mais déterminé. Un entretien qui précède sa première grande interview dimanche 15 octobre sur TF1, alors qu'il avait évité depuis son élection cet exercice. "Il y a peut-être une forme d'obligation pour Emmanuel Macron", a estimé samedi sur franceinfo, Bruno Cautrès, politologue, chercheur au Cevipof et professeur à Sciences Po Paris. "Il voit bien que sa popularité a été fragilisée depuis son élection qu'un certain nombre d'incompréhensions commencent à s'installer", a-t-il ajouté. 

franceinfo : Pourquoi le président de la République a-t-il choisi de répondre d'abord à la presse allemande avant, dimanche, de répondre aux médias français ?

Bruno Cautrès : L'interview qu'il a donnée à l'hebdomadaire Der Spiegel est une interview qui est sur une tonalité différente. Demain soir, il va s'adresser aux Français directement sur la mise en œuvre de ses premières mesures. Il va donner du sens à cette première étape de son action et sans aucun doute tracer quelques perspectives. L'interview à Der Spiegel est assez différente. On est sur des propos qui sont souvent d'une très grande généralité, où Emmanuel Macron revient sur son rapport à la fonction présidentielle, son rapport à l'Allemagne, son rapport à l'Europe. Des sujets qui seraient apparus demain soir aux Français très éloignés d'eux et trop généraux.

Il y a eu des propos d'Emmanuel Macron à Athènes sur les "cyniques" et les "fainéants". Cette fois, il s'en prend aux "envieux" qui paralysent le pays. Comment interpréter ces propos pas toujours très agréables à entendre pour une partie de la population française ?

On retrouve à la fois dans la tonalité et dans le fond des thématiques qui sont bien celles d'Emmanuel Macron. Dans l'interview au Spiegel, on trouve de très nombreuses réflexions sur la société française. Emmanuel Macron dit qu'on est des monarchistes régicides, qu'on cherche à élire un roi que l'on veut sitôt abattre. On a des propos qui prêtent à polémique dans une tribune destinée à l'étranger. On retrouve là quelque chose qui est une constante chez Emmanuel Macron, qui est de temps en temps, de montrer depuis l'étranger des grands propos sur la France, la manière dont il la perçoit, une société qui n'est pas assez mobile, qui est un peu bloquée dans ses habitudes, dans ses statu quo. L'interview de Der Spiegel est une interview qui est entièrement dédiée à montrer un Emmanuel Macron qui est un homme d'ambition et non pas d'arrogance et qui est un homme qui veut faire bouger la France et l'Europe.

Cette interview accordée à TF1 et LCI est en quelque sorte un revirement d'Emmanuel Macron qui avait jusqu'ici évité ce genre d'exercice ? Comment interprétez-vous ce changement de stratégie ?

Il y a peut-être une forme d'obligation pour Emmanuel Macron. Il voit bien que sa popularité a été fragilisée depuis son élection, qu'un certain nombre d'incompréhensions commencent à s'installer et surtout pour lui, il y a un enjeu qui est fondamental, tout faire pour que ne s'installe pas de manière définitive cette fameuse image d'un président qui favoriserait trop les classes riches, ceux qui ont déjà beaucoup. Emmanuel Macron va sans doute essayer de montrer demain soir qu'il a une nouvelle perspective qui est la France qui souffre. En montrant que ces prédécesseurs prétendaient lutter contre les inégalités et ne le faisaient pas vraiment et que c'est lui qui doit s'y coller. Par ailleurs, Emmanuel Macron souhaitait faire la différence avec son prédécesseur immédiat, François Hollande, à qui il reprochait sa parole trop abondante dans les médias, sa proximité trop forte avec les journalistes. Emmanuel Macron, jeune président qui n'avait jamais été élu avant, a tout fait pour construire l'image d'un chef de l'exécutif qui est dans le sérieux de sa mission et ce sérieux de sa mission, d'après lui, l'éloigne de l'actualité quotidienne, pour réserver cette parole sur de grands moments.

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