Interview d'Emmanuel Macron au Spiegel : "Il reproche aux médias français d'être du côté des cyniques"

Le président français a accordé une interview à l'hebomadaire allemand "Der Spiegel" publiée samedi. Une façon de contourner les médias français qu'il juge "trop moqueurs, trop blasés ou trop cyniques", analyse un professeur en communication. 

Emmanuel Macron s\'exprime face aux journalistes, le mardi 16 mai 2017, à Berlin (Allemagne).
Emmanuel Macron s'exprime face aux journalistes, le mardi 16 mai 2017, à Berlin (Allemagne). (JOHN MACDOUGALL / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

"Je ne suis pas arrogant, je suis déterminé". Voilà ce qu'affirme Emmanuel Macron dans une interview publiée samedi 14 octobre dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Le président de la République privilégie la presse étrangère. Une manière de contourner les médias français qu'il trouve "trop moqueurs, trop blasés ou trop cyniques", analyse Arnaud Mercier, professeur en communication à l'université Paris 2-Assas, sur franceinfo.

franceinfo : Que cherche Emmanuel Macron en faisant cette interview ?

Arnaud Mercier : Il cherche à contrer la petite musique qui s'est bien installée dans l'opposition et chez une partie des Français. Les discours selon lesquels il a mis le balancier très largement à droite et qui le font apparaître comme un président déconnecté, un peu trop près des puissants, des élites, des riches. Avec cette interview, il veut essayer de réaffirmer une figure de proximité, une figure aussi sacrificielle. Il dit "tant pis s'il n'est pas aimé, les gens verront plus tard le bénéfice de sa politique".

C'est le parler-vrai version Macron ?

Oui c'est une sorte de parler-franc. Il veut dire les choses telles qu'elles sont, mettre les Français face à leurs responsabilités, au sens de regarder lucidement les problèmes qui se posent et de trouver des solutions qu'il considère raisonnables.

Après avoir fustigé les fainéants, les cyniques, les sceptiques, les fatalistes ; voilà qu'il s’en prend aux envieux. Il dit que ce sont les envieux qui paralysent le pays. Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?

Je crois que cela va dans le même sens que les autres adjectifs utilisés. Il considère que la société française n'est pas très favorable à ceux qui réussissent et qu'une partie de la population serait culturellement envieuse des réussites. Il vise quelque part une culture française. Il veut vraiment labourer sur cette idée qu'il faut restaurer un climat de confiance vis-à-vis de ceux qui entreprennent et réussissent de façon à susciter encore plus de vocations à entreprendre. Et donc lutter contre le chômage.

Pourquoi parler à la presse allemande ?

Il y a deux choses. Il a envie de parler aux Allemands, parce qu'on est dans une phase où un nouveau gouvernement doit se créer. Il a un agenda politique très pro-européen. Pour lui, il est important de s'adresser au peuple allemand. D'autre part, c'est un pas de côté qui lui est utile, comme l'utilisation des réseaux sociaux. C'est une façon de ne pas s'adresser directement aux médias français tout en sachant qu'ils vont en parler, qu'ils vont en reprendre. Il reproche aux médias d'être du côté des cyniques. Il considère que les médias croient nécessaires de dévaloriser les grands récits politiques. Il trouve que les journalistes sont trop moqueurs, trop blasés ou trop cyniques. Emmanuel Macron n'accepte pas que les journalistes utilisent leur esprit critique.

Interview d'Emmanuel Macron au Spiegel : "Il reproche aux médias français d'être du côté des cyniques", selon Arnaud Mercier, professeur en communication
--'--
--'--