Harkis : les oubliés de la République

À la fin de la guerre d'Algérie en 1962, 60 000 Harkis et leurs familles ont rejoint la France. Parmi eux, la famille Benouahab s'est installée à Fongrave, dans le Lot-et-Garonne.

Mohamed Benouahab est un homme fidèle à ses principes et à son père Zerroug, un harki enterré ici. Un soldat né en Algérie qui a fait deux guerres sous l'uniforme français. Mohamed a déjà prévu sa tombe près de celle de son père. Impensable pour lui, de se faire enterrer en Algérie. Pendant la guerre d'Algérie, Zerroug, le père et Mohamed, le fils, ont choisi la France contre le Front de libération nationale (FLN). Deux harkis parmi les 150 000 autres combattant des unités paramilitaires.

En 1962, 60 000 Harkis rejoignent la France

En 1962, après la signature des accords d'Évian, 60 000 harkis fuient en métropole. Ils sont répartis dans 42 camps de transit ou de reclassement, dans des conditions indignes. Mohamed, son épouse Rachida et son fils sont d'abord regroupés et oubliés à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). La famille de Mohamed était fortunée. Elle a abandonné tous ses biens en Algérie. Son épouse elle, n'a jamais revu ses parents. Avec leurs six enfants, ils se sont enracinés à Fongrave, dans le Lot-et-Garonne. "On a échappé à la mort", témoigne-t-elle.

Leur fils Rachid s'est engagé dans l'armée, comme ses deux frères. Chaque année, il vient rendre hommage à son grand-père qui a vécu dans l'ancien camp de Bias (Lot-et-Garonne) avec 12 000 autres réfugiés. "On souhaite tous que le gouvernement reconnaisse son erreur, la trahison", relate-t-il. Mohamed, Rachida, Rachid et tant d'autres sont traîtres en Algérie, discriminés ou invisibles en France. La communauté Harki attend cette reconnaissance depuis 1962.

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Des enfants dans un camp de Bias dans les Landes en 1975. 
Des enfants dans un camp de Bias dans les Landes en 1975.  (- / AFP)