Emmanuel Macron grimé en Adolf Hitler : ce que l'on sait de l'enquête qui vise le propriétaire des affiches

L'homme à l'origine de cet affichage a été convoqué par le commissariat de Toulon jeudi et sera poursuivi, annonce le parquet. Le président de la République a porté plainte.

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Le président de la République, Emmanuel Macron, téléphone durant un sommet de l'Union européenne à Bruxelles (Belgique), le 20 juillet 2020. (JOHN THYS / POOL / AFP)

Emmanuel Macron représenté en Adolf Hitler. C'est ce qu'ont pu voir il y a quelques jours des habitants du Var, au bord de certaines routes, sur des affiches collées sur des panneaux publicitaires. Affublé du slogan "Obéis, fais-toi vacciner", l'unique modèle d'affiche placardée représente le président de la République, vêtu d'un uniforme nazi. Moustache et mèche sur le front viennent s'ajouter au détournement et les initiales "LREM" sont assimilées à la croix gammée. L'auteur de ces affiches sera convoqué devant le tribunal correctionnel de Toulon, annonce le parquet, jeudi 29 juillet. Franceinfo revient sur l'enquête en cours autour de cet affichage.

Des affiches qui ont fleuri dans le Var et le Jura

C'est dans le département du Var que cette affiche litigieuse a été repérée pour la première fois. Deux grands panneaux publicitaires de quatre mètres sur trois situés sur une quatre-voies à La-Seyne-sur-Mer et à l'entrée de Toulon ont été repérés par les automobilistes et n'ont pas manqué de faire réagir. L'un des panneaux sur lesquels elle était apposée a même été recouvert de l'inscription "Honte".

Plusieurs panneaux appartenant à un garagiste local ont arboré la même affiche autour de Champagnole, dans le Jura, rapportent L'Est républicain ainsi que des internautes de la région. 

Un afficheur habitué des provocations 

A l'origine de ces affiches, Michel-Ange Flori, installé dans la ville d'Ollioules (Var). Propriétaire de 400 panneaux publicitaires dans le département, il a acquis une solide réputation autour de ses campagnes d'affichage polémiques. A son actif : des publications à l'encontre du président de la République ou de membres du gouvernement, mais aussi de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen, avec toujours, la mention "Affichage satyrique [sic] et parodique" apposée sur le panneau concerné. 

Michel-Ange Flori devant l'un de ses panneaux publicitaires à La-Seyne-sur-Mer (Var), le 25 avril 2019. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

"C'est vrai, j'aime le corrosif, la presse rebelle : celle qui secoue et fait réfléchir. L'affiche, c'est un média à part entière. Une tribune à l'ancienne. Oui, afficher, c'est ma manière à moi de tweeter. Sur tout et sur tout le monde", assurait-il en mai au quotidien local Var-Matin (article pour les abonnés)Une affiche sur l'affaire des paillotes en Corse, en 1999, lui avait valu 36 heures de garde à vue. Plus récemment, une campagne contre la police et la chaîne d'information BFMTV l'a mené devant les tribunaux. Condamné en 2019 par le tribunal de grande instance de Marseille, il avait dû verser 30 000 euros à la chaîne. Il avait également dû supprimer l'affiche en question des panneaux et de ses comptes sur les réseaux sociaux.

Aujourd'hui, c'est au thème des nouvelles dispositions du gouvernement et du Parlement sur le pass sanitaire que Michel-Ange Flori s'attaque. Il justifie cette nouvelle provocation par sa volonté de questionner "cette démocratie où les décisions sont prises sans discussion lors d'un conseil sanitaire""Vous voyez Hitler, mais on peut y voir Staline, ou moi j'y vois Charlie Chaplin dans Le Dictateur", déclare Michel-Ange Flori à l'AFP.

Une enquête ouverte par le parquet de Toulon

En réaction à ces affichages, le parquet de Toulon a ouvert le 20 juillet une enquête pour "injure publique" contre Michel-Ange Flori. "J'ai saisi la sûreté départementale du commissariat de Toulon dans le cadre d'une enquête préliminaire", a précisé le procureur de Toulon, Bernard Marchal, qui a également souligné que la qualification retenue à l'encontre de l'afficheur pourrait évoluer. 

Le premier concerné, Emmanuel Macron, a lui décidé de porter plainte, a révélé mercredi France Bleu Provence. Michel-Ange Flori se dit "serein" face à cette plainte mais n'a pas manqué de réagir sur Twitter "Ainsi, en macronie, on peut se moquer du cul du prophète, c'est de la satire. Mais grimer le président en dictateur, c'est un blasphème."

Il a été convoqué au commissariat de Toulon jeudi pour expliquer son geste, selon son avocat, Didier Hollet, qui défend une "caricature" et non un acte "injurieux". Il serait resté une trentaine de minutes sur les lieux et réserve "ses déclarations à la justice lors de l'audience", rapporte l'un de ses proches à France Bleu Provence

L'afficheur encourt jusqu'à 45 000 euros d'amende

Le parquet de Toulon entend désormais poursuivre l'afficheur varois et précise qu'il sera convoqué devant le tribunal correctionnel de la ville. Il n'existe pas d'infraction particulière lorsqu'une personne s'attaque de cette façon au chef de l'Etat : le délit "d'offense au président de la République" a été abrogé en 2013. Mais Emmanuel Macron reste, comme tout citoyen, protégé de l'injure et de la diffamation publiques par la loi. La diffamation publique est un délit sanctionné d'une amende pouvant aller jusqu'à 45 000 euros, tout comme l'injure.

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