Des dizaines de manifestants ont exigé mardi devant l'Assemblée l'interdiction totale des gaz de schiste

José Bové, Nicolas Hulot et Eva Joly, mais aussi Danielle Mitterrand, étaient présents à cette mobilisation alors que les députés examinent ce mardi le texte gouvernemental. Le vote solennel est prévu mercredi.Le texte ne dissipe pas totalement les inquiétudes des écologistes, très mobilisés depuis des mois.

La croisade de José Bové contre le gaz de schiste (Nantes, 17 avril 2011)
La croisade de José Bové contre le gaz de schiste (Nantes, 17 avril 2011) (AFP/Eric Cabanis)

José Bové, Nicolas Hulot et Eva Joly, mais aussi Danielle Mitterrand, étaient présents à cette mobilisation alors que les députés examinent ce mardi le texte gouvernemental. Le vote solennel est prévu mercredi.

Le texte ne dissipe pas totalement les inquiétudes des écologistes, très mobilisés depuis des mois.

"Il faut éradiquer complètement l'exploitation des gaz de schiste. On ne va pas encore traumatiser la Terre qui déjà n'en peut plus de nous supporter", a déclaré aux journalistes Danielle Mitterrand, la veuve de l'ex-président François Mitterrand, qui a préféré manifester plutôt que commémorer l'arrivée au pouvoir de son époux.

"Tous les écologistes sont unis dans ce grand combat, il n'y a pas de désaccord", a expliqué Eva Joly.

"Sur les gaz de schiste, grâce au mouvement citoyen, il y a plus qu'une prise de conscience, il y a une vraie mobilisation qui va au-delà des clivages politiques: l'écologie devient une évidence", a déclaré de son côté Nicolas Hulot, qui apparaissait pour la première flois en public au côté de sa rivale Eva Joly, depuis sa déclaration de candidature à la primaire écologiste.

Dans la matinée, la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait qualifié d'"erreur" les permis d'exploration octroyés en mars 2010 par son prédécesseur Jean-Louis Borloo. Trois portent sur le gaz de schiste, dans le sud de la France, et trois sur l'huile (pétrole) de schiste dans le Bassin parisien.

Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie-Les Verts) a d'ailleurs appelé mardi sur Canal Plus les députés à "enterrer à 1.000 mètres" l'idée d'exploiter les gaz de schiste, y voyant quelque chose d'"écologiquement très dangereux".

Un texte "examiné en urgence"
Cinq mois après le début d'une contestation qui ne s'essouffle pas, les députés examinent mardi soir "en urgence" une proposition de loi UMP du député de Seine-et-Marne Christian Jacob, élaborée au "non du principe de précaution" et avec la bénédiction du gouvernement. La mission d'information lancée sur le sujet rendra toutefois ses conclusions après coup, puisqu'elle doit le faire le 8 juin.

La technique de fracturation hydraulique condamnée
La dernière mouture adoptée en commission mercredi condamne expressément la technique dite de "fracturation hydraulique de la roche". Celle-ci consiste à injecter de grandes quantités d'eau et des produits chimiques dans le sous-sol pour briser la roche et libérer le gaz.

Selon les écologistes, cette méthode, utilisée notamment aux Etats-Unis, est très polluante pour les nappes phréatiques. Le film "Gasland" (qui montre, entre autres, une flamme sortant du robinet) a fortement alimenté le mouvement, d'abord aux Etats-Unis, puis en France.

Mobilisation parlementaire, y compris au sein de l'UMP
Bon nombre de députés UMP (notamment dans les régions touristiques du Var et des Alpes) se sont mobilisés, jusqu'à signer une motion contre l'exploitation du gaz de schiste (voir le blog de l'un d'eux, Lionel Tardy).

Le bureau de l'Assemblée a un temps été embouteillé par trois propositions de loi (PPL): une du PS -qui se prévaut d'avoir dégainé en premier-, une de Jean-Louis Borloo qui avait accordé trois permis de recherche du temps où il était ministre de l'Ecologie, et celle du groupe majoritaire portée par Christian Jacob. Le PS a finalement retiré sa PPL de l'ordre du jour du 12 mai.

Jean-Louis Borloo devrait être présent" mardi à l'Assemblée. Pour Jean-Paul Chanteguet, député PS et co-rapporteur de la proposition Jacob, le texte est un "compromis". Il "se félicite que "les politiques aient repris le dossier" et réfute toute précipitation. "Il faut stopper ce qui a été mal engagé", estime aussi Michel Havard, rapporteur du texte pour l'UMP.

Exploration autorisée si les industriels changent de technique ?
Le texte prévoit que les permis en cours, trois pour le gaz (sud) et trois pour l'huile (bassin parisien), seront abrogés dès lors que leurs titulaires auront précisé -dans les deux mois suivant la publication de la loi-- qu'ils utilisent la méthode interdite de fracturation hydraulique.

Mais cette nouvelle rédaction de l'article ne satisfait pas Yves Cochet, député Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui y voit un "tour de passe-passe" pour calmer "une révolte populaire". Selon lui, les industriels contourneront l'obstacle en déclarant une autre technique. Dans son texte, le PS prônait l'interdiction de l'exploitation et de l'exploration quelle que soit la technique, a rappelé M. Chanteguet.

Les entreprises dont les permis seront abrogés devront être dédommagées

Ces permis font d'ailleurs peser une menace sur les finances publiques puisque l'Etat devra dédommager les entreprises en cas d'abrogation.

Fin de l'obligation d'une enquête publique
Au passage, fait remarquer Owni ("Loi contre les hydrocarbures de schiste : décryptage d'une usine à gaz") , "les rapporteurs sortent la dynamite : l"article 3 prévoyant l"obligation d"une enquête publique est tout simplement supprimé ! Là, c'est la promesse de la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet qui vole en éclat."

Les partisans de l'exploitation, eux, considèrent que le gaz de schiste offrirait quelques décennies de ressource énergétique supplémentaire alors que la fin du pétrole approche.

Voir aussi : Sur Owni : Loi contre les hydrocarbures de schiste : décryptage d'une usine à gaz Sur LaTelelibre : le film Gasland

>> Sur le blog du député UMP Lionel Tardy : m otion parlementaire contre l'exploitation du gaz de schiste