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Comment l'UMP peut-elle éviter la faillite ?

Souscriptions, économies... Francetv info liste les options dont dispose le parti de Jean-François Copé pour redresser ses finances, mises à mal par la perte de 11 millions d'euros de financement de l'Etat, après l'invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. 

Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Le président de l'UMP, Jean-François Copé, en conférence de presse au siège du parti, à Paris, le 23 novembre 2012. (GONZALO FUENTES / REUTERS     )

Un appel au secours. "Je vous demande de m'aider en vous mobilisant, comme je vais le faire, à cette fin", a écrit Nicolas Sarkozy, vendredi 5 juillet, sur sa page Facebook. La veille, le Conseil constitutionnel a rejeté définitivement ses comptes de campagne pour la présidentielle 2012, et provoqué la colère de l'ancien chef d'Etat qui a annoncé son départ de son siège rue Cambon, ainsi qu'une crise financière sans précédent à l'UMP.

Le montant des dépenses électorales du candidat UMP "excède de 466 118 euros, soit 2,1%, le plafond autorisé", a estimé le Conseil constitutionnel. Conséquence : l'UMP ne sera pas remboursé des 11 millions d'euros dépensés à cette période. Une sentence aux allures de coup de grâce pour la formation exsangue.

Depuis les élections législatives de 2012 et la perte de 125 députés par rapport à la mandature précédente, son budget s'est réduit comme peau de chagrin. La dotation de l'Etat, proportionnelle au nombre d'élus, est passée d'un peu plus de 33 millions à un peu plus de 20 millions d'euros. Comment le parti peut-il espérer se refaire une santé financière ?

Un appel à souscription ?

"Vu le nombre de mails et de coups de téléphone reçus au siège" de la part de donateurs potentiels, l'UMP a pris quatre jours d'avance sur le lancement officiel de sa "grande souscription nationale", selon Jean-François Copé. Dès jeudi soir, les sympathisants étaient invités à effectuer un don en ligne. Que représente traditionnellement les dons dans la trésorerie de l'UMP ? En 2011, les dons de personnes physiques avaient rapporté 10 281 536 euros au parti, soit 19,3% des recettes totales de la formation, selon la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP).

Pour couvrir la totalité des quelque 11 millions d'euros qui manqueront à l'UMP, Catherine Vautrin, trésorière de l'UMP, a calculé qu'il suffirait à chaque adhérent de "verser 35 euros". Un montant raisonnable sachant que la loi prévoit un plafonnement des dons à 7 500 euros par personne privée et par an. Mais le parti peut-il vraiment s'appuyer sur les 315 000 adhérents qu'il revendique ? "C'est très théorique, souligne le politologue Thomas Guénolé, contacté par francetv info. Pour prendre l'exemple de l'UMP Paris, on sait déjà que 80% des adhérents n'ont pas renouvelé leur adhésion."

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DLTFTV_MAM_3298362 - (France 2 - Stéphane Dépinoy)

Pour lui, les souscriptions font office de "Sarkothon". "Nicolas Sarkozy a lancé un appel au peuple de droite. En cas de succès, c'est un plébiscite financier qui ouvre la voix à sa candidature en 2017", note-t-il. Vendredi soir, l'UMP avait déjà récolté 600 000 euros de dons, affirme Le Parisien

Renégocier ses prêts ?

En juillet 2012, l'UMP a été contraint d'emprunter près de 55 millions d'euros pour faire fonctionner le parti. Les banques sollicitées ont exigé que ce dernier s'engage sur un plan de retour à l'équilibre en cinq ans, nécessitant d'économiser près de 10 millions d'euros par an jusqu'en 2017. Avec ce manque à gagner de 11 millions d'euros, le serrage de ceinture s'élève désormais à environ 12,5 millions d'euros par an pendant cinq ans. "Nous allons devoir renégocier avec les banques et étaler les remboursements après 2017", a confié un cadre de l'UMP, interrogé par Le Monde.fr.

Le plan d'austérité ?

Pour "éponger" les 11 millions d'euros qui manquent dans les caisses de l'UMP, Dominique Dord, ex-trésorier du parti, invite la formation à s'appuyer sur "des réductions de dépenses". Problème : le parti est déjà à la diète. "Pour l'UMP, se serrer la ceinture, ce n'est pas simplement intervenir sur le budget des cocktails et des petits fours, souligne le politologue Thomas Guénolé. Des secrétaires, des stagiaires, etc. ont perdu leur travail à cause de la crise financière à l'UMP. Le parti a initié un plan de rigueur, mais aussi un plan social."

Non-renouvellement des CDD, suppression des Journées d'été (près de 4 millions d'euros dépensés en 2011 pour les congrès, universités, etc.), avaient été décidés bien avant la décision du Conseil constitutionnel. "On a revu tous les postes de dépenses", assure la trésorière, interrogée par Le Nouvel Observateur. Et les conséquences frappent directement les fédérations : par exemple, en 2012, l’UMP octroyait à sa fédération du Bas-Rhin "une dotation transports", d'un montant de 7 210 euros, a expliqué à Europe 1 son trésorier, Dominique Pignatelli. "En 2013, elle est supprimée."

Enfin, ce n'est pas le moment d'organiser de coûteuses consultations internes : les primaires à Paris en vue des élections municipales de 2014 ont coûté 150 000 euros à la formation, auxquels s'ajoutent entre 20 000 et 30 000 euros de frais annexes, rapporte Le Figaro.fr. Or, les 20 074 électeurs et leur contribution de 3 euros chacun n'ont pas permis d'amortir l'opération.

Un déménagement ?

En vendant son siège de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), dit "le Paquebot", en avril 2011, le Front national avait remis de l'ordre dans une trésorerie dans le rouge. Avec cette somme, le parti d’extrême droite avait indiqué pouvoir purger ses nombreuses dettes, alors estimées à plus de 8 millions d’euros. L'UMP peut-il envisager de se séparer de son siège de la rue Vaugirard, acquis en 2011 pour 40 millions d'euros (20 millions à l'achat et 20 millions de travaux) ? Cela ne serait pas à l'ordre du jour. D'ailleurs, ce départ de la rue La Boétie avait été présenté comme un investissement, censé soulager la trésorerie du parti d'un loyer de 4 millions d'euros par an.

D'autre part, la formation "a déjà cédé le contrôle [de ce bien immobilier] à ses banques", révélait en janvier Rue 89, qui évoquait "une cession provisoire, mais qui deviendra définitive, si le parti ne rembourse pas 55 millions d’euros d’ici 2017".

Jouer sur les cotisations ?

Des adhérents. En 2011, les cotisations des adhérents ont rapporté 5 670 022 euros (10,7% des recettes). Or, leur nombre devrait fortement baisser. Après une année 2012 marquée par un échec à la présidentielle et aux élections législatives, suivi d'une guerre de succession entre l'ancien Premier ministre, François Fillon, et l'actuel président du parti, Jean-François Copé, les renouvellements traînent, a révélé Le Point à la mi-juin. "Nous sommes à peine à 30% de renouvellement. C'est effarant", s'inquiétait un poids lourd du parti, tandis que le cabinet du patron de l'UMP rassurait : "Par rapport à mai 2012, nous sommes sur la même tendance à 2% près. Il n'y a pas d'effondrement".

Avec des tarifs d'adhésion bas (10 euros pour les moins de 30 ans et 25 euros pour une adhésion simple, à laquelle s'ajoutent 10 euros facultatifs pour "la reconquête des territoires"), le parti ne peut prétendre baisser les prix pour attirer de nouveaux adhérents, mais dispose d'une marge de manœuvre pour leur augmentation.

Des élus. "Les élus du PS donnent trois ou quatre fois plus que les nôtres", estimait l'ancien trésorier du parti, Dominique Dord, interrogé par Le Figaro en décembre. Les chiffres de 2011 indiquent en effet que les contributions des élus ont rapporté 1,7 millions d'euros à l'UMP, contre 15,5 millions d'euros au PS. Le trésorier d'alors préconisait par ailleurs de réviser à la baisse l'enveloppe de 500 000 euros par an versée aux "personnalités morales ou clubs associés".

De la gestion de cette crise financière dépend l'avenir du parti. Au-delà du renflouement des caisses, la souscription permettra, mieux que tout sondage, d'évaluer ce que les militants et sympathisants sont prêts à investir pour le retour de Nicolas Sarkozy. Avec cet appel aux dons, l'UMP pourrait bien prendre la température des Français, opposition inclue, si l'on en croit ce qui est inscrit sur certaines courriers envoyés au siège du parti.

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