Les habitants du quartier de Hautepierre à Strasbourg ont le sentiment d'être délaissés : "on peut dire ce qu’on veut, ça ne bouge pas !"

Comment vit-on dans les quartiers classés prioritaires ? Illustration à Hautepierre, à Strasbourg.

Article rédigé par
Antoine Jeuffin - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Vue aérienne du quartier de Hautepierre à Strasbourg. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

À quinze minutes en tramway du centre-ville de Strasbourg, à Hautepierre, les tours de sept étages côtoient des petites maisons. Sandrine vit dans ce quartier depuis vingt ans, dans un logement HLM trop petit, avec son mari et ses deux grandes filles. Elle veut partir car c'est trop sale. "J’ai des cafards qui viennent de temps en temps, des punaises de lit, beaucoup de rats…Ce n’est pas nettoyé et il y a des gens qui jettent des déchets par la fenêtre, des couches par exemple, raconte-t-elle. La mairie de Strasbourg ne fait pas grand-chose. Je n’ai pas encore vu la maire de Strasbourg, j’aimerais bien la rencontrer une fois."

Ce sentiment de délaissement dans les quartiers classés prioritaires, c'est ce qui ressort de l'enquête menée par la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France, avec l'association Question de Ville et publié vendredi 10 septembre. Pendant deux ans, les centres sociaux et socioculturels de 22 quartiers à travers la France ont interrogé leurs habitants pour répondre à cette question : comment vit-on dans les quartiers classés prioritaires ?

Rosa qui habite depuis 40 ans à Hautepierre, ne se sent pas écoutée non plus. Elle a un problème avec son bailleur social, alors elle en a fait part à un élu de la ville. "Il m’a dit d’écrire une lettre mais cette lettre mon bailleur n'en a jamais entendu parler", regrette-elle. Elle n'a pas manqué de le faire savoir à l'élu qu'elle avait interpellé.

"Je lui ai dit une fois : on ne vous voit jamais, mais au moment des élections vous venez nous serrer la main. En attendant, on peut dire ce qu’on veut, ça ne bouge pas !"

Rosa, habitante du quartier de Hautepierre

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Shila, elle, vit dans une petite maison du quartier depuis 37 ans. Elle ne supporte plus les trafics de drogue. Sa voix ne trahit pas sa colère. "On les voit à côté de l’école. Ils font leur petit business. Ils ne se gênent plus. Ils sonnent, ils rentrent dans les cages d’escaliers. Les voisins ne peuvent rien dire parce que… ils ont peur ! Je suis très fière de mon quartier, très très fière … mais ça craint."    

"Le quartier n'est pas tout à fait mauvais", insiste Mohamed, mais sur le trafic de drogue, cet habitant estime que l'État les abandonne. "Je vois l’absence de l’État, de l’autorité publique. Quand je vois des attroupements, je ne vois pas la police. Et s’il y a des attroupements qui se répètent au même endroit, ça veut dire que c’est un lieu sûr pour eux, pour les trafiquants". 

Selon ce père de famille, il n'y a pas assez d'activités sportives et culturelles pour les jeunes. Ludovic partage cet avis. La trentaine, ancien boxeur professionnel, il fait figure de grand frère à Hautepierre. 

"Il n’y a plus rien à faire quand on a plus de 16 ans. Les jeunes après 16 ans sont livrés à eux-mêmes. Il n'y a pas de boulot, personne ne s’intéresse à eux... Il n’y a que la police pour venir s’occuper d’eux."

Ludovic, habitant du quartier de Hautepierre

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"Quand je demande des coups de main, à gauche à droite, c'est toujours la même chose, déplore Ludovic : pas de réponse ! Il y a des subventions qui tombent mais le quartier ne bouge pas, les projets ne bougent pas.". Par exemple, il attend une aide depuis cinq ans afin de louer un local pour son association de boxe. Cela lui permettrait d'occuper les jeunes, et de les aider à trouver un travail.

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