Emploi dans les quartiers en difficulté : "On sent une responsabilité" chez les grands patrons, selon président d'Adecco France

Christophe Catoire, président France d’Adecco, entreprise spécialisée dans l'emploi intérimaire, déplore sur franceinfo mercredi que dans les politiques de responsabilité sociale au niveau des entreprises, la dimension "Quartiers prioritaires de la Ville" soit mal identifiée aujourd'hui.

Christophe Catoir, le président France du groupe Adecco, mercredi 25 avril sur franceinfo.
Christophe Catoir, le président France du groupe Adecco, mercredi 25 avril sur franceinfo. (RADIO FRANCE)

Alors qu'Emmanuel Macron a reçu, mardi soir, les dirigeants des cent plus grandes entreprises françaises afin les convaincre d'augmenter l'apprentissage et les embauches dans les quartiers en difficulté, Christophe Catoire, président France d’Adecco, entreprise spécialisée dans l'emploi intérimaire, affirme mercredi 18 juillet, sur franceinfo, qu'un sentiment de responsabilité est en train de naître chez ses homologues face à l'emploi dans ces territoires.

franceinfo. Que vous demande le président ?

Christophe Catoir. Très clairement, le message du président était de dire que, dans un environnement économique dans lequel un certain nombre de lois ont été prises pour faciliter l'embauche en France, il y a des publics pour lesquels on voit, on sait, de par les statistiques, qu'ils sont moins bien insérés sur le marché de l'emploi. Pour donner juste une statistique, 10% de la population active vit dans les quartiers prioritaires la ville, et, aujourd'hui, ils représentent 15% des demandeurs d'emploi. Le message du président était donc simple : "De mon côté j'ai essayé de faciliter l'insertion par une adaptation des textes, maintenant j'attends des entreprises qu'elles s'engagent. "

Ces engagements sont demandés dans le cadre d'une confiance mutuelle, il n'y a pas de contrainte. Est-ce que cela peut fonctionner ?

Cela peut marcher, dans le sens où un effort pédagogique a été fait, hier, pour expliquer la situation, la teneur de ces jeunes et leur niveau de compétence. De l'autre côté, on voit que dans les politiques de responsabilité sociale au niveau des entreprises, la dimension "Quartiers prioritaires de la Ville" est très peu identifiée aujourd'hui. Clairement, notamment quand notre groupe a signé la loi PAQTE [Pacte avec les Quartiers pour Toutes les Entreprises] la semaine dernière, malgré le fait que 27 000 personnes issues de ces quartiers travaillent chaque année en équivalent temps-plein au sein de notre entreprise, nous avons voulu aller plus loin, en ayant un focus plus important notamment sur l'alternance, avec 500 alternants issues de ces quartiers, mais aussi le CDI-intérimaire, avec 1 000 personnes engagées au sein de notre groupe.

Quel était l'état d'esprit des grands patrons, hier soir, à l'Élysée ?

On sent une responsabilité. Ce qui justifie de cette responsabilité, c'est que les entreprises ont besoin de trouver des compétences pour accompagner leur croissance, et aujourd'hui, le frein majeur à cette croissance est le manque de talents. Et, de l'autre côté, il y a aussi un État qui se mobilise, des associations qui se mobilisent, elles étaient toutes présentes hier. La particularité de cet événement, c'est que, au-delà des cent chefs d'entreprises, il y avait des associations, des parlementaires et des jeunes. C'est bête, mais quand vous organisez cette rencontre entre des parties qui ne se connaissent pas toujours très bien, cela permet de créer des contacts, et, dans l'emploi, le fait de se connaître, de pouvoir se coopter, est une des valeurs pour rentrer sur le marché.


Le chef de l'État est revenu sur une mesure concrète : les stages de troisième. Il avait promis 30 000 places, il assure qu'elles sont déjà toutes trouvées. Est-ce suffisamment ambitieux ?

Le stage de 3e tout seul ne suffit pas. En revanche, c'est une bonne première pierre. C'est probablement le mode d'insertion sur le marché qui tient le plus à la cooptation, aux parents, aux amis, qui vont vous trouver dans leur réseau une possibilité d'insertion. Aujourd'hui, les jeunes des quartiers prioritaires ont peu accès aux entreprises, et quand c'est votre première découverte de l'entreprise et que vous loupez la première marche, même si elle ne consiste qu'en quelques jours dans l'entreprise, quelque part, vous prenez déjà un peu de retard, donc ça ne suffit pas. Dans la signature, la semaine dernière, du PAQTE, nous avons pris un engagement de 400 stages pour les élèves de 3e issue des quartiers prioritaires de la ville, en partenariat avec une association qui s'appelle Tous en stage. Ce n'est pas la première année, mais nous allons accentuer notre effort, et ces jeunes vont passer dans plusieurs entreprises, et pas uniquement une seule.