Au mont Beuvray, les supporters d'Arnaud Montebourg entre espoir et résignation

Après son retour médiatique sur France 2, Arnaud Montebourg a lancé un appel pour construire un projet alternatif, lundi 16 mai, lors de sa traditionnelle ascension du mont Beuvray.

Arnaud Montebourg prononce un discours au mont Beuvray (Saône-et-Loire), le 16 mai 2016.
Arnaud Montebourg prononce un discours au mont Beuvray (Saône-et-Loire), le 16 mai 2016. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Arnaud ! Arnaud ! Arnaud !" Devant le musée de Bibracte, à Saint-Léger-sous-Beuvray (Saône-et-Loire), lundi 16 mai, une petite foule s'est formée pour accueillir le héros du jour. Les fans ne sont pas des adolescentes dans la fleur de l'âge, mais plutôt des têtes grisonnantes, chaussures de randonnée aux pieds et bâtons de marche à la main. En arrière-plan : la nature verdoyante du Morvan. La star, elle, s'appelle Arnaud Montebourg. Comme tous les ans, l'ancien ministre de l'Economie a donné rendez-vous à ses soutiens pour gravir le mont Beuvray. Et cette année, à moins d'un an de l'élection présidentielle, le rendez-vous est très attendu. D'autant qu'il y a une semaine, sur France 2, l'ancien locataire de Bercy est revenu sur le devant de la scène, dans un costume de présidentiable, se déclarant "prêt à prendre ses responsabilités"

"Mais il n'annoncera pas sa candidature aujourd'hui, c'est trop tôt", glisse un militant de la première heure. "Moi, de toute façon, Mitterrand m'avait dit : 'Une bonne campagne, c'est une campagne courte, pas plus d'un mois'." 

"On vient de Besançon, raconte un peu plus loin un couple de trentenaires. On veut l'écouter car il a un profil intéressant. C'est un honnête homme. Il n'a pas fait que dénoncer les dérives du gouvernement. Il a assumé ses actes en démissionnant."  "C'est le seul qui a une vision, acquiesce une autre militante. Il a une capacité à sentir les choses, à anticiper, il l'a fait dans le département [Arnaud Montebourg a présidé le conseil général de Saône-et-Loire de 2008 à 2012] mais il peut le faire à une autre échelle."

La primaire, "la seule solution"

Alors qu'Arnaud Montebourg, entouré de ses amis frondeurs, les députés Christian Paul et Philippe Baumel, sont encerclés par une nuée de caméras, de photographes et de micros, ses supporters ont eux bien du mal à approcher leur mentor. "Mais c'est complètement dingue, on n'a jamais vu autant de journalistes !", s'époumone une militante.

Après deux kilomètres d'ascension, les pèlerins du mont Beuvray atteignent le sommet. Le plateau surplombe le Morvan et offre une vue magnifique. Le député Philippe Baumel monte le premier sur l'estrade improvisée. Et cite François Mitterrand : "La politique, c'est entendre la misère sociale." Loi Travail, recours au 49.3... Philippe Baumel dresse une attaque en règle contre le gouvernement, et met en garde face à "une gauche en danger". Christian Paul, en chef de file des frondeurs, lui emboîte le pas et déroule ses critiques acerbes à l'égard de l'exécutif. Le député de la Nièvre réclame de ses voeux une primaire, "seule solution" selon lui pour épargner à la gauche un naufrage, et souligne "la très grande responsabilité d'Arnaud Montebourg" à proposer un projet alternatif.

"Cela manque de souffle"

"Mieux vaut un projet sans candidat, qu'une foultitude de candidats sans projet", ironise l'intéressé à la tribune, ajoutant qu'il sera "bien temps ensuite de se décider sur les candidatures". Pour le moment, l'ancien ministre préfère lancer un appel aux Français "pour élaborer un projet alternatif à la pensée unique qui a fusionné la droite et la gauche". Objectif : "Réconcilier la France qui va bien et la France qui va mal".

France 3

Mais dans l'assistance, quand Arnaud Montebourg achève son discours, un espoir résigné semble flotter sur le mont Beuvray. Robert, un élu de la Drôme venu spécialement pour l'occasion, se montre partagé : "Ça manque un peu de souffle quand même. Pour un projet comme celui-là, il part trop tard, la place est déjà occupée !" Pascal, lui aussi, apparaît assez peu confiant : "Les Français sont tellement désabusés... Ça va être difficile de les faire adhérer. Enfin, l'espoir fait vivre !" Maryse acquiesce : "Il y aura beaucoup de travail à faire, il aura du mal à réunir toutes les bonnes volontés. C'est un peu tard."

Arnaud Montebourg, lui, s'éclipse rapidement après sa prise de parole. Cette année, pas de tartine de pâté partagée avec les militants. Mais rendez-vous est déjà donné pour la traditionnelle Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, fin août. Un rendez-vous à l'occasion duquel certains l'imaginent déjà annoncer sa candidature à la présidentielle.