Enregistrement de Cahuzac : Bruguière y est "certainement pour quelque chose"

Pour Michel Gonelle, l'ancien juge, qui dit avoir détruit la bande, n'est "pas crédible".

Jean-Louis Bruguière, le 20 décembre 2011, à Toulouse (Haute-Garonne).
Jean-Louis Bruguière, le 20 décembre 2011, à Toulouse (Haute-Garonne). (PASCAL PAVANI / AFP)

Après le "corbeau" et le ministre, un ex-juge réputé fait son irruption dans l'affaire Cahuzac. La semaine dernière, l'ex-maire de Villeneuve-sur-Lot, Michel Gonelle, le "corbeau" de Jérôme Cahuzac, a admis être le détenteur de l'enregistrement dans lequel un homme, présenté par Mediapart comme Cahuzac, reconnaît posséder un compte en Suisse. Et depuis les langues continuent de se délier.

Cette fois, c'est l'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière qui révèle, dans une interview publiée dimanche 23 décembre sur le site de Paris Match, que Michel Gonelle lui avait remis, en 2007, un enregistrement concernant le ministre du Budget. Est-ce la bande divulguée par Mediapart le 5 décembre ?

Bruguière dit avoir "détruit" la bande sans l'écouter

L'ancien juge, alors candidat face à Jérôme Cahuzac dans le Lot-et-Garonne aux législatives, affirme qu'au "début de la campagne", Michel Gonelle lui avait "notamment parlé d’un enregistrement" concernant le ministre.

"Il y avait un aspect fiscal, mais il ne m’a pas donné plus de précisions, notamment sur les conditions dans lesquelles cet enregistrement était en sa possession", raconte jean-Louis Bruguière, qui précise cependant ne pas avoir écouté la bande.

"Michel Gonelle est toujours très mystérieux. Je pense aujourd’hui qu’il s’agit de l’enregistrement diffusé par Mediapart, mais je ne peux le certifier car je n’ai jamais écouté le contenu du support audio que Michel Gonelle m’a remis en 2007. Je ne l’ai ni utilisé, ni conservé, considérant ce type de procédé douteux, contestable, non éthique", a ajouté l'ancien juge.

Il dit avoir "détruit" l'enregistrement et exclu Michel Gonelle de son équipe de campagne, car "jamais" il n'aurait "voulu être élu avec des procédés à (son) sens déloyaux".

Pour Gonelle, l'ancien juge n'est "pas crédible"

Des déclarations qui n'ont pas laissé indifférent Michel Gonelle. L'ancien élu du Lot-et-Garonne, également avocat, a immédiatement riposté, affirmant que le magistrat était "certainement pour quelque chose" dans la publication de l'enregistrement par Mediapart. "Je ne sais pas comment cet enregistrement a atterri chez Mediapart. Je n'y suis pour rien mais le juge Bruguière y est certainement pour quelque chose", a-t-il déclaré. "Mes rapports avec Cahuzac étaient devenus normaux et apaisés, je me suis retiré du jeu politique et je n'avais pas de rancœur", explique-t-il. Les deux hommes avaient été adversaires pour la mairie de Villeneuve-sur-Lot en 2001, remportée par Jérôme Cahuzac.

"Il prétend avoir détruit cet enregistrement, c'est une attitude singulière pour un magistrat et ce n'est pas crédible", dit-il. Jean-Louis Bruguière "évoque son éthique, cela fait rire tous ceux qui le connaissaient et en particulier ceux qui ont participé à sa campagne électorale en 2007", quand il s'était présenté face à Jérôme Cahuzac aux législatives dans le Lot-et-Garonne, ironise l'ancien élu.

"Il a fait campagne aux frais du contribuable avec sa voiture blindée et ses gardes du corps, il a fait peur à tout le monde, c'est un manipulateur qui n'a pas d'éthique", ajoute Michel Gonelle. Il dément aussi avoir été remercié par Jean-Louis Bruguière : "Il ne m'a jamais évincé, c'est moi qui ai pris mes distances avec lui au cours de la campagne parce que son entourage n'était pas très recommandable, il y avait des repris de justice."

Gonelle n'a "jamais reçu de consigne de l'Elysée"

Revenant sur le contact qu'il a eu avec l'Elysée dans cette affaire, Michel Gonelle a indiqué "n'avoir parlé qu'à Alain Zabulon", le directeur de cabinet adjoint de François Hollande, le 15 décembre. "Je l'ai appelé, je lui demandé la marche à suivre, il m'a dit 'Je vais en référer, je reviendrai vers vous'""Le mardi suivant, j'ai reçu un appel de la secrétaire de Zabulon qui a voulu me le passer, mais il était en ligne et ensuite il ne m'a jamais rappelé. Je n'ai jamais reçu de consigne de l'Elysée", a-t-il assuré.

"Je ne sais quel juge saisir, car je ne suis pas une victime, si ce n'est que je subis la pression des médias, raconte Michel Gonelle. Mais si un juge veut m'entendre, j'accepterai volontiers de parler."