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Ce qu'il faut retenir de l'audition de Jérôme Cahuzac

L'ancien ministre du Budget a déclaré ne pas se souvenir de la tenue d'une réunion à l'Elysée le 16 janvier sur son compte caché, évoquée par Pierre Moscovici. Une "amnésie" qui a choqué certains membres de la commission d'enquête.

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Jérôme Cahuzac prête serment devant la commission d'enquête parlementaire, à Paris, le 23 juillet 2013. (MARTIN BUREAU / AFP)

Acte 2. Mardi 23 juillet, Jérôme Cahuzac a de nouveau été interrogé par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire de son compte en Suisse. Au cœur de cette audition : la réunion du 16 janvier, révélée par la journaliste Charlotte Chaffanjon et reconnue par Pierre Moscovici, lui-même interrogé par la commission.

Lors de son audition, le 16 juillet, le ministre de l'Economie a confirmé la tenue d'une rencontre "informelle" à la sortie du Conseil des ministres, en présence de Jérôme Cahuzac, François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Ces derniers lui ont demandé de lancer la procédure d'entraide administrative avec la Suisse pour déterminer si le ministre du Budget y avait eu un compte. Pour le ministre de l'Economie, cela n'a toutefois pas fissuré la "muraille de Chine" érigée le 10 décembre autour de Jérôme Cahuzac, afin de l'exclure de toutes les questions concernant les mesures prises à la suite du scandale.

Mais pourquoi donc le ministre du Budget n'a-t-il pas évoqué cette rencontre lors de sa première audition, le 26 juin ? C'est peu dire que sa réponse a déçu la commission d'enquête, mardi. Francetv info résume cette nouvelle audition, qui s'achève dans une impasse. Ou face à mur.

L'enjeu : le fonctionnement de la "muraille de Chine"

"Je n'ai pas le souvenir de l'échange décrit par Pierre Moscovici à l'issue du Conseil des ministres", a lancé Jérôme Cahuzac, questionné par le président centriste de la commission, Charles de Courson. En une phrase, l'ancien locataire de Bercy a déçu les attentes des membres de la commission, qui comptaient sur cette audition pour faire la lumière sur une question de taille, susceptible de faire vaciller la théorie de la "muraille de Chine". 

Par ailleurs, l'ancien ministre du Budget a dit n'avoir aucun souvenir d'une rencontre dans le bureau même du chef de l'Etat, une autre version citée dans le livre de Charlotte Chaffanjon, Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux. "Dès lors que je n'ai aucun souvenir dans le bureau présidentiel, pour moi, cette réunion n'a pas eu lieu", a-t-il ajouté. Il maintient donc avoir été tenu à l'écart des décisions le concernant. Ou alors, nuance, ne pas se souvenir d'avoir été informé des procédures lancées par l'exécutif sur son compte caché. 

LCP

En revanche, Jérôme Cahuzac a assuré que, quelle que soit la bonne version, "à aucun moment il n'y a eu prise en défaut de la 'muraille de Chine'" que Pierre Moscovici dit avoir dressée.

 Le style : arrogance d'un côté, ironie de l'autre 

Les propos de l'ancien ministre du Budget ont fait sortir de leurs gonds les députés, qui l'ont invité à sortir de son "amnésie". L'opposition a dénoncé une "incohérence" entre les déclarations de Jérôme Cahuzac et celles de Pierre Moscovici. "Monsieur Cahuzac, permettez-moi de vous dire que nous vous avons connu pendant des années en commission des Finances et que vous aviez une très bonne mémoire", a ironisé Charles de Courson. 

Le député UMP Daniel Fasquelle a quant à lui comparé cette audition à celle du 26 juin, jugée décevante pour la commission : "La première fois, vous vous êtes réfugié derrière l'enquête judiciaire. Aujourd'hui, vous avez des trous de mémoire", a-t-il attaqué. "Cela ne peut pas nous satisfaire", a pour sa part commenté l'UMP Georges Fenech, qui se souvient d'un Cahuzac jadis "drapé dans le secret de l'instruction". 

Face à cette offensive, l'intéressé est resté impassible : "Ni l'ironie, ni la menace ne me feront dire des choses dont je n'ai pas souvenir." S'il y a eu réunion ou "échange" entre François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici, "j'étais peut-être à deux ou trois mètres", a avancé Jérôme Cahuzac, soutenant ne pas se souvenir d'y avoir pris part, "même si [le fait de se souvenir] faciliterait le travail de la commission, et même vous faciliterait la vie", a-t-il lancé à l'adresse de membres de la commission de plus en plus méfiants. "Mon histoire personnelle récente me permet de faire la différence entre un mensonge et un oubli", a-t-il argumenté. Un mensonge devant la commission d'enquête entraînerait le lancement d'une procédure pénale.

En filigrane, un affrontement politique 

Pour Charles de Courson, si cette réunion a bien eu lieu, elle constitue un signe de plus que François Hollande était sans doute "le mieux informé", au sein de l'exécutif, des agissements de son ministre du Budget. Et il n'est pas le seul à mettre en doute le rôle de l'exécutif dans la gestion de l'affaire Cahuzac.

Le député UMP Philippe Houillon a demandé une audition commune de Pierre Moscovici et de Jérôme Cahuzac. "Puisqu'il y a une contradiction totale entre les déclarations de monsieur Cahuzac et celles de monsieur Moscovici, on ne peut pas faire l'économie de les entendre ensemble. (…) On ne peut pas en rester là", a-t-il expliqué, évoquant aussi "la nécessité, maintenant, d'entendre le Premier ministre", audition jusqu'alors refusée par la majorité au sein de la commission. "La vérité, elle ne se vote pas. Elle se construit", a-t-il martelé.

Car si la version de Pierre Moscovici et celle de Jérôme Cahuzac diffèrent, c'est "qu'il y a l'un des deux qui ment aujourd'hui", a tranché l'UMP Daniel Fasquelle. "Ce n'est pas dans cette configuration-là que nous prendrons une décision sur la suite de nos auditions", a relativisé le rapporteur de la commission, le député PS Alain Claeys, tout en reconnaissant que la question d'une confrontation entre les deux hommes se posait. La commission débattra donc de ce sujet dans les prochains jours.

Des réponses sur le rôle de quelques acteurs 

Sur d'autres points, l'ancien ministre du Budget a apporté des réponses sur lesquelles ne sont pas revenus les membres de la commission. Comme sur le rôle du publicitaire et patron d'Havas Worldwide France, Stéphane Fouks, communicant de crise et ami de Jérôme Cahuzac."[Il] m'a conseillé de recevoir [le journaliste de Mediapart] Fabrice Arfi, ce que j'ai fait", a indiqué Jérôme Cahuzac. 

La commission cherche par ailleurs à savoir qui a informé Le Journal du dimanche. L'hebdomadaire a affirmé le 10 février que la Suisse blanchissait le ministre dans sa réponse à la France sur la détention ou non d'un compte caché. "J'ignore qui a donné ce document, j'avais très clairement indiqué mon souhait d'une très grande discrétion", a répondu Jérôme Cahuzac. 

Quant au rôle de Michel Gonelle, l'ex-maire RPR de Villeneuve-sur-Lot, détenteur de l'enregistrement dans lequel on entend Jérôme Cahuzac parler de son compte en Suisse, l'ex-ministre s'est simplement interrogé : "A qui profite le crime ?" Accusant ainsi implicitement son ancien adversaire politique d'être à l'origine des révélations.

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