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Affaire Cahuzac : quels scénarios de sortie de crise pour Hollande ?

Remanier, dissoudre l'Assemblée, faire un référendum... Retour sur six décisions que François Hollande pourrait prendre (ou pas) pour reconquérir l'estime des Français.

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François Hollande, lors de sa visite à Casablanca (Maroc), le 4 avril 2013. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Véritable crise morale et politique, l'affaire Cahuzac a des effets dévastateurs. Les aveux de l'ex-ministre du Budget concernant son compte à l'étranger ont discrédité l'excécutif tout entier, et confortent les Français dans leur défiance vis-à-vis du pouvoir. Un coup dur pour François Hollande, déjà au plus bas dans les sondages. Dans cette situation, comment peut-il réagir ? Retour sur six décisions que le président pourrait prendre (ou pas) pour reconquérir les Français.

1 Annoncer de nouvelles mesures pour moraliser la vie politique : déjà fait, mais insuffisant

L'idée : Annoncer une série de réformes, dont l'interdiction d'exercer un mandat pour les élus condamnés pour corruption ou fraude fiscale. Cela a permis au président de montrer "sa volonté de remettre de l'ordre" et de se placer en "garant de la stabilité des institutions", analyse Benoit Lafon, maître de conférence en science de la communication à Grenoble, interrogé par francetv info

Le problème : Ce n'est pas suffisant. Eva Joly, ex-candidate écolo qui a fait de la lutte contre la corruption la mère de ses batailles, a d'ailleurs estimé sur Canal+ que les mesures annoncées par François Hollande étaient "du pipi de chat" qui ne permettront pas "d'engager vraiment la lutte contre la fraude fiscale". Une impression probablement partagée par ses compatriotes. Selon Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'Opinion Way joint par francetv info, "dans cette période de grande défiance, les Français en demandent plus". 

2 Remanier le gouvernement : oui, mais pour faire quoi ?

L'idée : Renouveler le personnel gouvernemental pour diminuer le nombre de ministres et écarter ceux qui gênent. A droite comme à gauche, cette option est de plus en plus envisagée. Mais attention, pas question de s'adonner à un simple jeu de chaises musicales. Bruno Jeanbart prévient : "Il faut que le remaniement soit synonyme d'un changement de politique, sinon ça n'aura aucun effet." Pour cela, il faudrait donc l'élargir soit au centre, soit à gauche.

Le problème : Il est impossible de faire entrer des membres du Front de gauche au gouvernement, ils ont trop de désaccords avec François Hollande. Quant au centre, l'UDI se place dans l'opposition tandis que le MoDem n'a que très peu de députés. En clair, si des ministres "d'ouverture" étaient recrutés, "ils n'auraient pas de base politique", observe Bruno Jeanbart.

Dans tous les cas, un remaniement effectué aussi rapidement après les aveux de Cahuzac ne peut être envisagé au PS. "On a besoin de stabilité", explique le président du groupe socialiste au Sénat, François Rebsamen, contacté par francetv info.

3 Changer de Premier ministre : oui mais... qui mettre à Matignon ?

L'idée : Quitte à remanier le gouvernement, autant changer de Premier ministre, car sinon cela donnerait "l’impression qu'on ne change pas complètement", selon Bruno Jeanbart. D'autant que l'actuel occupant de Matignon, Jean-Marc Ayrault, subit la même impopularité que le président. Surtout, son autorité a encore été mise à mal ces derniers jours. Il a ainsi reconnu avoir gardé Arnaud Montebourg dans son gouvernement alors que ce dernier l'avait accusé de gérer la France "comme le conseil municipal de Nantes".

Le problème : C'est une impasse. Le PS ne veut pas laisser penser que Jean-Marc Ayrault est évincé parce qu'il a mal géré l'affaire Cahuzac. Le député PS Pascal Terrasse, joint par francetv info, avance que le Premier ministre n'a "pas à s'excuser" pour les fautes de l'ex-ministre du Budget. Autre problème : qui placer à la tête du gouvernement ? Parmi les noms souvent cités, Martine Aubry reste mise en examen dans le dossier de l'amiante, le directeur de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, n'a pas assez de soutiens parlementaires, et les ministres Manuel Valls et Pierre Moscovici sont affaiblis par l'affaire Cahuzac. 

4 Faire un référendum : tellement risqué...

L'idée : Pour rétablir la confiance, rien de tel qu'une réforme approuvée par une majorité de Français. François Bayrou, le président du MoDem, a ainsi lancé une pétition pour obtenir une loi de moralisation de la vie publique, votée au Parlement ou par référendum. Il propose que cette réforme comporte notamment la création d'une autorité de déontologie, la réduction du nombre de ministres et de parlementaires et l'instauration d'une dose de proportionnelle aux législatives.

Le problème : Ce référendum risque fort de se transformer en plébiscite. Les Français pourraient voter "non" quelle que soit la question, dans l'unique but de renier le président. "Est-ce qu'on fait plusieurs petits référendums sur chaque aspect de la réforme, ou est-ce qu'on soumet une seule question qui comprend plusieurs dispositions ?", s'interroge par ailleurs Bruno Jeanbart. "Car si l'on ne pose qu'une question, un ou deux points contestés pourraient empêcher l'ensemble de la réforme de passer." 

5Dissoudre l'Assemblée nationale : suicidaire

L'idée : Renouveler l'ensemble des députés en convoquant de nouvelles élections législatives. C'est l'option préférée de la présidente du FN, Marine Le Pen, "pour retisser un rapport de confiance avec les Français".

Le problème : C'est trop risqué pour le PS. François Hollande garde en mémoire la dissolution ratée de Jacques Chirac en 1997, qui a entraîné la seconde cohabitation. L'UMP, toujours en quête d'un leader, n'aurait pas forcément plus à y gagner. Le sénateur UMP Jean-Pierre Raffarin a ainsi estimé que son parti était en "convalescence", dans une interview repérée par le Lab. "Et si l'on ne change pas de mode de scrutin, même en cas de nouvelles législatives, ce sont les gros partis [PS et UMP] qui seront encore favorisés, au risque de provoquer de nouvelles frustrations", note le directeur des études politiques d'Opinion Way.

6 [Bonus] Démissionner : faut pas pousser

Les options qui s'offrent à François Hollande sont minces, mais l'heure n'est évidemment pas encore à la démission. N'est pas de Gaulle qui veut. François Hollande doit mettre rapidement en place les mesures de moralisation de la vie politique qu'il a promises. Mais c'est surtout sur sa capacité à faire face à la crise qu'il est attendu. Car le chômage reste la préoccupation principale des citoyens. Plus que dans la gestion de l'affaire Cahuzac, l'avenir politique du président se joue dans sa capacité à relever économiquement le pays. Un défi de taille. 

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