Un ex-arbitre de l'affaire Tapie porte plainte pour "menaces"

Pierre Mazeaud assure avoir reçu une visite "intimidante" d'un envoyé de Jean Peyrelevade, l'ancien président du Crédit lyonnais. Lequel dénonce "une manœuvre de diversion".

Pierre Mazeaud, le 10 mars 2004, au Conseil constitutionnel, à Paris. 
Pierre Mazeaud, le 10 mars 2004, au Conseil constitutionnel, à Paris.  (JEAN-LOUP GAUTREAU / AFP)

Ex-arbitre dans l'affaire Tapie, Pierre Mazeaud a porté plainte pour "menaces", rapporte Le Canard enchaîné daté du mercredi 31 juillet. L'ex-président du Conseil constitutionnel figurait dans le trio d'arbitres qui a octroyé 403 millions d'euros à Bernard Tapie, pour solder son litige avec le Crédit lyonnais.  

La plainte vise indirectement l'ancien président du Crédit lyonnais Jean Peyrelevade, précise l'hebdomadaire. Que sait-on de ce nouveau volet judiciaire qui s'ouvre en marge de l'affaire Tapie

L'arbitre dit avoir été menacé début juillet

Pierre Mazeaud, qui a porté plainte le 13 juillet, assure avoir reçu, au début du mois, la visite d'un ancien dirigeant du club des amis de Jacques Chirac, Pierre Habib-Deloncle. Ce dernier aurait alors déclaré :"Peyrelevade m'a chargé de vous dire de faire très attention", selon Pierre Mazeaud. Ce dernier aurait alors éconduit son interlocuteur, ajoute Le Canard enchaîné : "On n'est pas en Corse ici, je n'ai pas à me retourner quand je marche dans la rue."

Jean Peyrelevade dénonce une "manœuvre de diversion"

Interrogé par l'hebdomadaire, Jean Peyrelevade s'est défendu de toute intimidation, expliquant que Pierre Habib-Deloncle, l'un de ses anciens collaborateurs, lui avait juste demandé la permission de donner à Pierre Mazeaud "son opinion".

L'ex-patron du Crédit lyonnais a déclaré à l'AFP qu'il s'agissait d'une "manoeuvre de diversion pour détourner l'attention des éléments du dossier". "Je ne connais pas M. Mazeaud, je n'ai pas son adresse, je n'ai pas son numéro de téléphone, je ne l'ai jamais vu. Si j'avais eu quelque chose à lui dire, je le lui aurais dit en face", a-t-il ajouté.

D'après Pierre Mazeaud, le motif de cette visite est clair : elle fait suite aux propos peu amènes qu'il a tenus à l'égard de Jean Peyrelevade devant les policiers, argumente-t-il.

L'arbitre a en effet été interrogé, le 4 juin, dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage controversé favorable à Bernard Tapie. Mazeaud souligne alors que Peyrelevade a reconnu devant le juge avoir fait, en tant que président du Crédit lyonnais, du "portage, c'est-à-dire créer des sociétés dans les paradis fiscaux, Bahamas et îles Caiman", selon le PV d'audition dont l'AFP a eu connaissance. "C'est lui [Peyrelevade] l'escroc qui a voulu faire une entourloupe à monsieur Tapie et permettre au Crédit lyonnais de s'approprier Adidas", a poursuivi Mazeaud.

Jean Peyrelevade assure pour sa part qu'il n'était "absolument pas au courant de ce que M. Mazeaud aurait dit à la police judiciaire". Mais "si M. Mazeaud a bien tenu devant la police les propos qui sont rapportés dans la presse aujourd'hui, et dont je n'avais aucune connaissance jusqu'à ce jour, ce serait une preuve supplémentaire du peu de sérieux de la procédure d'arbitrage car lors de la vente d'Adidas, je n'étais pas président du Crédit Lyonnais".

Tapie évoque une volonté de nuire à Sarkozy

Invité à réagir sur Europe 1, Bernard Tapie a dit voir dans cet épisode la preuve d'une "opération totalement organisée" visant à déstabiliser les trois arbitres. Il a, à son tour, accusé l'ex-président du Crédit lyonnais, d'être "à la manœuvre", avec notamment le président du MoDem François Bayrou et le député UDI Charles de Courson.

"C'est leur méthode, ne pas hésiter à utiliser les menaces, le chantage, pour qu'à un moment donné un arbitre dise : 'Oui, finalement, je ne suis pas sûr'", a-t-il dit sur Europe 1. 

L'homme d'affaires a répété qu'on cherchait, à travers lui, à atteindre Nicolas Sarkozy, qui était président au moment où l'arbitrage a été rendu, en 2008. "Il faut impérativement que de près ou de loin tout ce qui a touché Nicolas Sarkozy soit abattu."