Denis Baupin condamné pour procédure abusive : "C'est une victoire pour toutes les femmes", se réjouit Sandrine Rousseau

"C'est le premier jour du reste de notre vie", a réagi vendredi sur franceinfo Sandrine Rousseau, ancienne dirigeante d'Europe-Ecologie-Les-Verts, alors que la justice a relaxé les journalistes et les femmes poursuivis pour diffamation par Denis Baupin.

Sandrine Rousseau, à Lille, en octobre 2017.
Sandrine Rousseau, à Lille, en octobre 2017. (MAXPPP)

"C'est une victoire collective, une victoire pour toutes les femmes", a déclaré vendredi 19 avril sur franceinfo Sandrine Rousseau, ancienne dirigeante d'Europe-Ecologie-Les-Verts. Elle avait accusé l'ex-député écologiste Denis Baupin d'agressions sexuelles et de harcèlement. La justice a relaxé vendredi les journalistes poursuivis pour diffamation par Denis Baupin et les huit femmes, dont quatre élues écologistes.

Denis Baupin a été condamné pour procédure abusive, "la justice a dit que ces femmes étaient légitimes à parler et Denis Baupin était illégitime à porter plainte contre elles en diffamation", s'est réjouie Sandrine Rousseau, pour qui cette affaire "va libérer la plume des journalistes".

franceinfo : Est-ce une décision qui vous réjouit ?

Sandrine Rousseau : C'est la première fois qu'il y a un jugement comme ça qui dit à ce point-là que la procédure pour diffamation ne peut pas être utilisée pour faire taire les femmes. C'est quand même historique pour le droit des femmes. La justice a dit que ces femmes étaient légitimes à parler et Denis Baupin était illégitime à porter plainte contre elles en diffamation. Il y a quand même quelque chose de très fort qui s'est passé, c'est le fait de protéger les femmes qui parlent. J'espère que ce jugement servira à beaucoup d'autres victimes de violences sexuelles. C'est aussi un signal très fort envoyé à la presse : allez-y, enquêtez sur ces sujets-là, vous avez le droit de le faire, c'est la justice qui le dit, d'enquêter et y compris sur des faits prescrits. Ça va libérer aussi la plume des journalistes.

Pour vous, c'est une victoire collective, une victoire pour toutes les femmes ?

Ça c'est sûr, je pense que c'est une victoire collective, c'est une victoire pour toutes les femmes. C'est le premier procès un peu fort de l'après #metoo et finalement on a devancé les Etats-Unis avec l'affaire Baupin puisqu'elle est sortie avant l'affaire Weinstein. Je pense qu'on a été porté par ce mouvement-là. Aujourd'hui, il est clairement dit, oui, les femmes ont le droit de parler et qu'en plus, la justice les protègera. C'est extrêmement fort, c'est pour ça que ce jugement me rend très heureuse. Pour nous c'est aussi la fin d'une période de trois ans de procédure qui a été particulièrement difficile à vivre. C'est le premier jour du reste de notre vie et j'espère bien qu'on nous regardera comme des femmes avec plein de compétences autres que juste victimes de violences sexuelles.

C'est un poids qui est enlevé, vous vous sentez libérée ?

C'est un poids, il y avait de l'incertitude. On ne savait pas où on mettait les pieds. On ne savait ce qu'on risquait et aujourd'hui on a l'impression qu'on a bien fait, et que ce que l'on a fait a pu servir à la société dans son ensemble. C'est quand même une forte source de satisfaction. Il y a une jurisprudence, il y a un procès qui fait date et encore une fois, cette condamnation pour procédure abusive [de Denis Baupin], c'est vraiment un message très fort lancé aux agresseurs et aux harceleurs, de dire que vous ne pouvez pas utiliser la justice, instrumentaliser la justice à vos fins. C'est très fort dans la vie des victimes qui ont peur de déposer plainte. Il y en a très peu qui le font et une des peurs, c'est que le procès se retourne contre elles. Nous sommes heureuses et merci à la justice. Aujourd'hui la décision de justice répare quand même quelque chose, ce défaut de procès pour cause de prescription. À l'issue de l'affaire Baupin, la prescription a été doublée [passée de 3 à 6 ans par la loi du 16 février 2017] pour les délits d'agression sexuelle et de harcèlement. Ce jugement-là répare et remplace un procès sur le fond. C'est une condamnation symbolique de Denis Baupin, c'est un avertissement à tous les harceleurs et agresseurs. J'ose espérer que c'est aussi le premier jour d'une nouvelle ère pour les femmes.