Affaire Joël Guerriau : ce que l'on sait des faits reprochés au sénateur, soupçonné d'avoir drogué une députée

Le sénateur de Loire-Atlantique, suspendu samedi du parti Horizons et de son groupe parlementaire, a été mis en examen vendredi. De l'ecstasy a été retrouvée à son domicile parisien.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Le sénateur centriste de Loire-Atlantique Joël Guerriau, à Paris, le 17 janvier 2018. (IBO / SIPA)

Coup de tonnerre au sein du parti d'Edouard Philippe. Le sénateur Horizons de Loire-Atlantique, Joël Guerriau, 66 ans, est soupçonné d'avoir drogué la députée du MoDem Sandrine Josso. Il a été mis en examen vendredi 17 novembre pour "administration à une personne, à son insu, d'une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes, afin de commettre un viol ou une agression sexuelle" et "détention et usage de substances classés comme stupéfiants".

A l'issue d'un bureau politique, samedi matin, le parti Horizons a suspendu "immédiatement" Joël Guerriau. Dans un communiqué, les membres du parti d'Edouard Philippe se sont dits "profondément choqués par les faits à l'origine des accusations". La même journée, le groupe parlementaire Les Indépendants - République et Territoires (Lirt) a annoncé la suspension du parlementaire. Placé sous contrôle judiciaire, le sénateur nie avoir eu "l'intention d'administrer cette substance". Son avocat, Rémi-Pierre Drai, a déclaré samedi qu'il s'agissait d'une "erreur de manipulation" de l'élu, qui se défend d'être "un prédateur sexuel". Franceinfo vous résume ce que l'on sait de cette affaire.

La députée Sandrine Josso l'accuse de l'avoir droguée

Selon les propos d'une source proche du dossier à franceinfo, la députée de Loire-Atlantique Sandrine Josso a raconté aux enquêteurs avoir été invitée par Joël Guerriau à son domicile parisien dans la soirée de mardi. L'élue, "prise de malaises après avoir bu une coupe de champagne", a aperçu Joël Guerriau "se saisir d'un petit sachet en plastique contenant quelque chose de blanc, dans un tiroir de sa cuisine", d'après le récit de son avocate, Julia Minkowski. "Elle a alors compris qu'il était en train de la droguer à son insu", a affirmé vendredi Julia Minkowski auprès de l'AFP. Après ce malaise, la députée a décidé de quitter l'appartement.

Sandrine Josso a ensuite déposé plainte. Ses examens médicaux ont révélé qu'elle était positive à l'ecstasy. Elle n'a fait mention d'aucun fait sexuel lors de son audition. Une confrontation a été organisée vendredi entre le sénateur et la députée. Celle-ci "a permis à [Joël Guerriau]  de confirmer avec force sa version des faits, qui ne permet pas à ce stade de l'enquête de caractériser une quelconque infraction. L'enquête se poursuivra comme il se doit", a fait valoir l'avocat du sénateur, Rémi-Pierre Drai, auprès de l'AFP.

De son côté, "Sandrine Josso est toujours en état de choc", selon son avocate. "Elle a dû déployer des forces physiques et intellectuelles monumentales pour surmonter sa terreur et s'extirper in extremis de ce guet-apens. A cela s'ajoute un sentiment de trahison et d'incompréhension totale. Joël Guerriau était un ami depuis une dizaine d'années, en lequel elle avait toute confiance", ajoute Julia Minkowski.

De l'ecstasy retrouvée à son domicile

Joël Guerriau a été entendu par les enquêteurs du 3e district de police judiciaire. Lors de la perquisition effectuée à son domicile en sa présence, un sachet d'ecstasy a été retrouvé. Une perquisition a également eu lieu dans son bureau du Sénat, toujours en sa présence. Mais aucune drogue n'y a été retrouvée. "Sur le fond, je ne donnerai aucune information", a déclaré l'avocat Rémi-Pierre Drai. Ce dernier s'est aussi "indigné de voir que des éléments de l'enquête se retrouvent dans la presse". "Donc soit le parquet en est responsable et cela me scandalise encore une fois, soit le parquet n'y est pour rien et alors, il doit s'interroger sur l'identité de l'auteur de cette violation et enquêter", a-t-il ajouté.

Suspendu du parti Horizons et du groupe parlementaire Les Indépendants

Samedi, lors d'un bureau politique, le parti Horizons a annoncé qu'il suspendait "immédiatement" le sénateur. "S'ils sont avérés, les faits évoqués sont très graves et absolument inacceptables. Horizons ne tolérera jamais la moindre complaisance vis-à-vis des violences sexuelles et sexistes", écrivent dans un communiqué les membres du bureau politique, qui se disent "choqués par les faits à l'origine des accusations". Ils annoncent en outre le lancement d'"une procédure disciplinaire pouvant conduire à une exclusion définitive".

La même journée, le groupe parlementaire Les Indépendants - République et Territoires (Lirt) a annoncé la suspension du sénateur. "Dans l'immédiat, le groupe Les Indépendants au Sénat, qui s'est réuni ce jour (samedi), a décidé, conformément à ses statuts, la suspension du sénateur Guerriau (...) et l'engagement d'une procédure disciplinaire pouvant déboucher sur une exclusion", a-t-il déclaré dans un communiqué. Pour l'infraction dont il est soupçonné, Joël Guerriau encourt cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Son avocat défend "une erreur de manipulation"

Selon Rémi-Pierre Drai, le sénateur "n'a jamais voulu administrer à son amie, à sa collègue de travail, une substance en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle". "C'est une erreur de manipulation", défend-il. L'avocat a expliqué, samedi, au micro de France Bleu Loire Océan : "Il avait acquis cette substance dont il ne connaissait pas la nature. Il ne savait pas que c'était de l'ecstasy. Quelqu'un au Sénat lui avait donné comme un euphorisant en pleine période de campagne électorale, une campagne difficile pour les élections sénatoriales. Il l'avait conservée."

Dans la version des événements défendue par Joël Guerriau, il assure qu'il avait eu l'intention de consommer cette substance le 13 novembre au soir, après une journée "extrêmement compliquée". "Son chat était mort le jour même, le lundi", a-t-il ajouté. Il aurait également vu un ami "ayant subi une troisième chimiothérapie". Il a mis le produit dans une coupe à champagne, avant de décider de "ne pas la consommer". Sandrine Josso "a bu la mauvaise coupe, c'est tout".

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